Le temps des patriarches

Qu’est-ce que le patriarcat ?

Le mot « patriarcat » est galvaudé ; on l’utilise souvent pour désigner la domination masculine en général (expression elle-même assez floue 1 ). Mais pour les historiens, le son sens est plus précis : il renvoie au pouvoir des « patriarches ». Dans le passé, le patriarche désigne le chef d’une grande maisonnée, qui règne en maître sur le domaine et les gens qui l’habitent. Le pater familias romain en est un prototype. Mais il s’en est trouvé, à quelques variantes près, en Chine, en Inde, en Afrique et au Moyen-Orient. Et il n’a pas grand-chose à voir avec les papas-poules et les papys-gâteaux d’aujourd’hui.

Le pater familias romain

Le prototype du patriarche est le pater familias de la Rome antique. Chez les Romains, il est le propriétaire d’un domaine comprenant une grande maison (la villa), des terres, des troupeaux et toutes les personnes qui y vivent : l’épouse, les enfants, les épouses des fils, les domestiques et les esclaves. Tout et tous lui appartiennent. Ce qui signifie qu’il en fait ce qu’il veut. Il a le pouvoir de battre sa femme (c’est même recommandé si elle ne lui obéit pas !) ; il peut la répudier (par exemple, si elle ne lui donne pas de descendance, l’infertilité est toujours de la responsabilité des femmes !). Il peut violenter ses enfants et si par mégarde il en tuait un (parce qu’il a cogné trop fort), il n’est pas poursuivi, car il a droit de vie et de mort sur sa progéniture.

Vis-à-vis de ses enfants, il se comporte différemment selon qu’il s’agit d’une fille ou d’un garçon. Une fille, cela ne vaut pas grand-chose, c’est une bouche inutile. Il arrive qu’on les abandonne dans un panier à un coin de rue. S’il on la garde, il faudra assez vite penser assez vite à la marier. La moyenne du mariage des jeunes filles est de 13-15 ans. Il lui choisit un époux qui est un proche (parfois un cousin ou un allié) en général plus âgé que la demoiselle. Le mariage est accompagné d’une dot, c’est-à-dire de l’argent ou des biens meubles qui serviront à s’installer : c’est une petite part d’héritage anticipé, car les filles en sont exclues.

Les terres, les biens, les titres iront à ses fils et en priorité à l’aîné (c’est la loi de la primogéniture masculine). Car parmi ses enfants, il en est un que le pater familias chérit par-dessus tout, c’est son premier-né.

Pour le patriarche, avoir un fils est l’accomplissement de sa vie 2. Voici ce qu’écrit l’historien Yan Thomas dans Histoire de la famille (1986) : « Lorsqu’un contemporain de Cicéron ou de Sénèque énumérait les biens qui l’attachaient à ce monde, il nommait ses fils en premier. Suivait les honneurs reçus dans la cité, ainsi que son patrimoine, (…) en dernier lieu venait l’épouse.  » À ce fils chéri (s’il n’a pas de garçon, il peut en adopter un), le père va transmettre son nom, ses titres, ses biens. Son fils prendra sa relève à sa mort. Cela signifie que même adulte, un citoyen romain reste sous la dépendance de son père : il ne pourra diriger la maisonnée que quand son père sera décédé ou trop vieux pour diriger.

Voilà le noyau organisateur du patriarcat : c’est un père (puis grand-père) tout-puissant ; il exerce son pouvoir quasi absolu sur sa femme, ses enfants (garçons et filles), ses belles-filles, domestiques et esclaves (au passage, il peut faire main basse sur les jeunes domestiques qui passent à sa portée et profiter d’elles). Enfin, le patriarche romain est aussi un chef politique (il représente la famille dans les assemblées) et même un chef religieux : la religion romaine comporte un culte des ancêtres. Et chaque lignée familiale a les siens ; le patriarche est le responsable de ce culte.

Ajoutons, mais c’est une évidence, qu’il n’est pas un papa-poule ou un papy-gâteau. Les Romains sont élevés à la dure comme dans toute société guerrière, prédatrice telle que la Rome antique. Et il a l’habitude de mener son monde comme un général d’armée.

Où trouve-t-on les patriarches ?

Ce modèle du pater familias n’est pas une spécificité romaine. Chez les Grecs, la famille n’était guère différente. Chez les Hébreux, la Bible offre un condensé des lois patriarcales avec sa variante propre : à la différence des Romains, les filles reçoivent une part d’héritage (la moitié de celle d’un garçon, il ne faut pas exagérer !). Par contre, le mariage hébreux est polygame. Les Romains, eux, devaient se séparer d’une épouse avant d’en prendre une autre (ce qui n’empêche pas d’avoir des concubines).

Des patriarches, on en trouve dans le Moyen-Orient ancien, en Arabie, en Anatolie (l’ancienne Turquie), en Mésopotamie (maintenant l’Irak et la Syrie), en Perse (l’actuel Iran), et ce, bien avant l’arrivée de l’islam sur ces terres.

Des patriarches, on en trouve aussi en Chine, en Inde, en Afrique. Dans l’Europe du Moyen Âge et des siècles suivants, le patriarche est un « seigneur » (« signore » en italien ou « sir » en anglais). Que ce seigneur règne sur un grand ou un tout petit domaine.

Faisons un petit tour du monde pour voir quels sont les points communs et les différences entre ces figures patriarcales.

Dans la Chine ancienne, celle de l’époque impériale, le père de famille est l’équivalent du pater familias romain. C’est un monarque absolu, qui doit être respecté par sa femme et ses enfants, même lorsqu’ils sont adultes. Sa femme ? C’est sa servante. (Un vieux proverbe chinois dit : « Mari et femme la nuit, maître et servante le jour »). Ses filles sont mariées (très jeunes, à partir de 13 ans) à un époux choisi par le père (avec la collaboration de son épouse). Pour la jeune mariée, le mariage n’est qu’un transfert de pouvoir : elle passe de la tutelle paternelle (ou d’un frère si le géniteur est mort ou d’un oncle) à celle de son époux. Désormais, la jeune fille vivra chez son mari, souvent avec sa belle-mère et son beau-père. Ses fils restent sous le toit du père ou à proximité : ils doivent à leur père un respect filial qui est sacré.

Pour donner une idée de l’autorité que ce père tout-puissant exerce sur sa maisonnée, on peut citer quelques histoires qui datent de la dynastie des Song (960-1279) (l’époque de notre Moyen Âge). Dans les archives juridiques de la période, les historiens ont retrouvé des affaires familiales bien particulières. Un homme est allé se plaindre auprès du juge parce que son père avait violé sa femme. Un jugement a été rendu : le fils et la belle-fille ont été condamnés à subir des coups de bâton ! Le juge a considéré que les époux avaient contesté le sacro-saint principe de piété filiale. Le plaignant a déshonoré son père, ce qui est un crime. Dans un cas similaire, la belle-fille abusée (qui a eu le toupet de protester) a été condamnée à la répudiation pour être remariée à un soldat (celui qui aura gagné un concours de tir à l’arc). Il faut comprendre que les soldats en garnison étaient célibataires, ne rencontrant pas facilement de femmes. Ils n’étaient donc pas trop difficiles sur la marchandise : une divorcée pouvait faire l’affaire 3.

En Inde, le patriarcat a été (et reste encore dans certaines régions) très oppressif. L’infanticide des petites filles y a longtemps été pratiqué (comme en Chine), de même le mariage précoce (souvent, les unions étaient scellées dès l’enfance). Les veuves étaient assujetties au terrible sacrifice du sati. À la mort de son cher époux, l’épouse était invitée à s’immoler sur son bûcher de crémation. Celles qui ne le faisaient pas menaient une vie misérable, devaient se raser les cheveux et servir de domestique à la famille du défunt. Le sati a été interdit par la loi indienne en 1829, mais a continué de se pratiquer pendant encore des décennies.

peinture fanstamatique des harems orientaux vus par les peintres européens

Dans les pays musulmans (Arabie, Turquie, Iran, Afghanistan, etc.), le patriarcat pourrait être associé à l’image du harem : un foyer polygame où les femmes sont assignées à résidence. Mais le sérail a une image fantasmatique 4. Les Occidentaux y ont vu une maison de plaisir où de belles femmes, fardées et parfumées, attendaient le retour du seigneur dans des postures lascives. C’est ainsi que le représentaient les peintres du 19e siècle. Bref, on l’a assimilé à une maison close. En fait, il n’est rien d’autre que la partie de la maison réservée aux femmes (il existe aussi une partie réservée aux hommes, le « selamlik »).

Dans les grandes maisons grecques ou romaines, on trouve aussi un espace masculin et un espace féminin, appelé gynécée. Le confinement des femmes dans les maisons, les sorties publiques voilées et accompagnées ne sont pas une invention musulmane (lisez l’épître aux Corinthiens de l’apôtre Paul). Certains commentateurs islamistes vantent leur religion pour avoir amélioré la condition de la femme. Ce n’est pas faux : le Coran reproche aux pères de pratiquer l’infanticide des petites filles (sourate 81), il recommande de ne pas avoir plus de quatre épouses, mais Mahomet en a eu douze ou treize (selon les sources) ; il était conseillé de limiter leur nombre pour pouvoir toutes les traiter correctement. 5.

Les patriarches africains. Le patriarcat a existé (et existe encore) dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, du Centre, du Sud. Beaucoup de familles rurales vivent sur des terres organisées en « concession ». Une concession est une exploitation qui appartient à un chef de famille, l’aîné d’une grande fratrie comprenant sa ou ses épouses, ses fils et leurs épouses et les petits-enfants. Comme à Rome, en Chine, en Inde, etc., le patriarche marie ses filles (souvent à des proches). Il transmet les terres, les troupeaux à un ou plusieurs fils et le premier-né reprend la place du père. Ses frères peuvent partir fonder leur propre concession comme cela arrive couramment 6. Comme le pater familias romain ou chinois, le patriarche africain est responsable du culte des ancêtres. Car chaque lignée a son ancêtre fondateur qui fait l’objet d’un culte.

Au passage, vous remarquerez que le patriarcat n’est pas lié à une religion ni à une culture : il est présent en terre d’Islam comme dans l’Inde hindouiste, dans la Chine confucéenne ou bouddhiste ou encore en Afrique animiste. La Rome ou la Grèce antique étaient païennes.

Le trait commun, la vertèbre du système, c’est l’existence d’une famille patrimoniale organisée autour de terres et de titres qui appartiennent au chef, qui cherche à les transmettre à la génération suivante, celle des fils.

Et l’Europe. Du moyen âge au 19e siècle

En Europe, le modèle patriarcal a prévalu du Moyen Âge jusqu’au 19e siècle et même une grande partie du 20e siècle – on y reviendra dans les prochains épisodes –, mais on peut souligner quelques variations importantes.

Ces variantes concernent la monogamie. Depuis l’Antiquité, il est de coutume de se marier avec une seule femme à la fois (en Chine, il n’est pas interdit pas d’avoir des maîtresses et des concubines). L’Église a aussi cherché à promouvoir le libre choix du conjoint à partir du 12e siècle (et les conciles de Latran). Mais la règle n’a été respectée que très tardivement par la noblesse, qui a continué à imposer des unions aux très jeunes gens pendant des siècles : les princes et princesses des cours européennes ont été mariés en fonction des alliances diplomatiques jusqu’au 19e siècle.

Les variantes patriarcales concernant aussi l’héritage. Le droit d’aînesse masculin a été dominant, mais avec d’importantes différences régionales. Dans le nord, le partage de l’héritage était plus égalitaire 7. Dans certains endroits, le droit d’aînesse concernait autant les filles que les garçons. Dans les familles souches du sud de la France, la fille aînée pouvait donc se retrouver à la tête du domaine 8. Dans certaines maisons, l’héritage était réparti entre tous les garçons, c’est le cas des familles dites « communautaires ». Ensemble, ils devaient gérer le domaine, des règles d’indivision empêchaient son éclatement en parcelles.

Pour résumer, le modèle patriarcal a compris de nombreuses variantes. Elles concernent le degré de coercition des femmes 9. L’héritage peut être presque entièrement dévolu au fils aîné ou plus équitablement réparti. L’autorité du père était plus ou moins sévère (on a vu quelques papas-poules au Moyen Âge 10 et des patriarches turcs qui ont chéri leurs filles). Mais quelques traits communs se sont perpétrés au fil des siècles.

  • La détention par le patriarche des biens de la famille, et la tutelle juridique sur la maisonnée. Et ce, même quand ses enfants sont adultes.
  • Une forte emprise sur le destin des enfants à travers le contrôle de leur mariage. La transmission de biens ciblés vers les fils, surtout l’aîné qui est censé prendre la relève du père.
  • Le destin presque exclusif des filles de devenir épouses et mères.

Ce système a pour vertèbre un patrimoine familial : une ferme, un atelier (forgeron ou joaillier), une boutique (boulanger ou apothicaire) ou une charge (notaire ou magistrat). On comprend que le contrôle parental sur les enfants est lié organiquement à cette famille patriarcale, qui se révèle une « famille entreprise ».

Pour nous, une famille est un petit cocon formé des parents et des enfants vivant dans un même foyer (unis par l’amour, du moins on l’espère). Mais dans un système patriarcal, la famille est une entreprise. C’est aussi un rang à tenir dans un milieu de gens qui vous ressemblent et peuvent se montrer alliés ou rivaux. Ces contraintes pèsent étroitement sur les individus. Même le plus favorisé dans ce modèle, le fils aîné, n’a pas vraiment de choix : il est autant prisonnier du carcan. Le domaine lui appartient, mais il appartient au domaine.

Le système patriarcal est-il universel ?

À première vue, le patriarcat semble omniprésent. On l’a rencontré à peu près partout : en Europe du temps des Grecs et des Romains, puis au Moyen Âge jusqu’à une époque récente. Au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie. Je ne vous ai pas parlé du Japon, des Aztèques ou des Incas, mais croyez-moi (ou allez vérifier), on retrouve ce même schéma. D’où cette question : le patriarcat est-il universel ? En apparence, cela semble le cas. Mais l’apparence première cache peut-être d’autres réalités.


Les familles  Ashanti : matrilinéaires mais patriarcales.

Chez les peuples premiers, comme les Iroquois ce sont des matrones qui semblent diriger une maisonnée11,. Elles possèdent et transmettent les biens et les titres (système dit « matrilinéaire »). Souvent les maris viennent habiter chez leurs épouses, ou y faire des apparitions (système dit « matrilocal »). Ce modèle a existé en Afrique, dans l’Empire ashanti (Ghana), ou dans le sud de l’Inde, dans la caste noble des Nayars 12. Chez les Ashantis, le contrôle de la maisonnée appartient à la femme, mais le chef de famille est le frère de la « matrone ». De même, les chefs d’un clan (qui rassemble de nombreux foyers) sont des hommes. Quant au royaume, il est dirigé par un roi et non une reine. Ce roi va transmettre son titre non pas à son fils, mais a un neveu (le fils de sa sœur, ou un autre de la lignée maternelle). Chez les Ashantis, les hommes sont polygames, les filles sont mariées par leurs parents en échange d’un prix de la fiancée…, bref toutes les caractéristiques du patriarcat sont présentes. Les femmes servent en fait de relais de transmission dans une société qui reste largement dominée par les hommes.

Pas de patriarcat dans les milieux populaires

Dans le passé, certaines familles ont semblé échapper au modèle patriarcal. Elles sont restées longtemps ignorées des historiens, qui ont concentré leurs investigations sur les familles aristocratiques, celles qui avaient laissé des archives et des traces. Mais c’était négliger tout un monde. Mais depuis, les historiens se sont penchés sur les familles populaires.

Or, qu’en était-il dans les couches inférieures de la société sur les terres d’Islam dans les siècles passés ? (cf. Mohammed Hocine Benkheira et al., La Famille en Islam d’après les sources arabes, 2013). À Bagdad ou au Maroc au 18e siècle, seuls les riches commerçants et les grandes familles de propriétaires terriens possédaient d’importants domaines. Une large majorité de la population n’avait pas grand-chose. L’un ne possédait qu’un âne et une charrette et faisait le coursier dans les ruelles. Un autre ne profitait que d’une parcelle de terre louée à un propriétaire. Un autre encore était marchand ambulant, fabriquant des paniers ou vendant des fruits. Tous ceux-là, n’ayant pas de patrimoine, n’avaient rien à transmettre à leurs enfants, qui étaient donc très tôt livrés à eux-mêmes. Les hommes étant peu présents, les femmes devaient se débrouiller seules. Ces familles n’avaient donc rien de patriarcal. L’emprise d’un homme sur une maisonnée restait faible.

« Le Dîner de l’ouvrier », tableau de Francesco Sardà Ladico, 1911

Ces familles populaires et pauvres, on va les retrouver dans d’autres sociétés : la plèbe à Rome, les pauvres en Europe médiévale, les basses castes et les intouchables en Inde, le monde des métayers ou des petits métiers de villes en Chine.

Dans ces milieux, les familles tendaient à se réduire à une union précaire : par exemple entre une domestique et un garçon de ferme. Une fois partis de la maison du maître, la femme pouvait devenir blanchisseuse ou nourrice, lui pouvait se faire embaucher comme journalier sur des chantiers de construction ou lors des récoltes. S’ils réussissaient à s’installer dans un appartement ou une petite maison, ils pouvaient constituer une famille. Leurs enfants, n’ayant rien à attendre de leurs géniteurs, devaient rapidement quitter le foyer et se débrouiller seuls. Pas de patrimoine à transmettre, pas de liens étroits avec des parents proches. Frédéric Le Play, qui a étudié ce milieu au 19e siècle dans les villes européennes, l’appelait « famille instable ». Appelée aujourd’hui « nucléaire », elle préfigure la famille actuelle. Et on va bientôt en reparler.

Résumons-nous. Dans l’histoire, le patriarcat a pris un sens précis : celui de la figure dominatrice, autoritaire, monarchique du chef de famille.
La famille patriarcale a été une figure centrale dans les sociétés du passé : du pater familias des Latins au « padre padrone » des Italiens. Sous ses formes variées, il a existé dans d’autres civilisations de la planète, de la Chine à l’Afrique en passant par le Moyen-Orient.

Ce modèle a été étroitement lié à un patrimoine à transmettre de génération en génération. Il poussait à faire des filles, de futures mères (notamment de garçons). Il conduisait les fils à reprendre le flambeau paternel.

Mais pourquoi les filles, grandes perdantes de ce système séculaire, n’ont-elles pas réussi à s’en extraire plus tôt ? À utiliser leur pouvoir stratégique : après tout, ce sont elles qui mettaient au monde les garçons tant désirés et qui s’occupaient du travail domestique. Pourquoi ne sont-elles pas parvenues, ou si peu, à reprendre les rênes ? C’est ce qu’il nous faut voir maintenant, en décortiquant d’un peu plus près la condition des filles, des épouses, des mères, des belles-mères, des veuves et des héritières dans ce modèle patriarcal.

Notes

  1. La notion de « domination masculine » est elle-même ambivalente, car elle peut désigner le pouvoir des hommes sur les femmes ou le pouvoir au masculin. Les pouvoirs politique, policier, militaire, économique, religieux ont longtemps été de façon exclusive masculins, mais ce pouvoir masculin s’exerce contre la société dans son ensemble et non seulement contre les femmes. Ainsi, la police, qui est majoritairement masculine, l’exerce contre une délinquance qui est aussi en majeure partie masculine (96 % des détenus sont des hommes). []
  2. Ian Thomas, « À Rome, père citoyen et cité des pères », Histoire de la famille, vol. I.[]
  3. Lau Nap-yin, « Droit et famille en Chine à l’époque des Song (960-1279) », Annales. Histoire, sciences sociales, 2006/6.[]
  4. Fatema Mernissi. Le Harem et l’Occident. Albin Michel, 2000.[]
  5. Plusieurs pays musulmans comme la Turquie ou la Tunisie ont interdit la polygamie ou l’ont rendue plus difficile (comme au Maroc).[]
  6. Voir Mary Smith, Baba de Karo. L’autobiographie d’une musulmane haoussa du Nigeria, Plon, coll. « Terre humaine », 1977[]
  7. Témoin l’héritage de Clovis entre ses fils qui a conduit à l’éclatement du royaume franc.[]
  8. Souvent, quand c’était une fille, le frère cadet prenait les commandes de la maison.[]
  9. Elles peuvent être assignées à résidence et étroitement surveillées. De ce point de vue, la brillante civilisation athénienne n’était pas beaucoup plus avancée que celle des sultans turcs. Au 18e siècle, les jeunes femmes de l’aristocratie européenne pouvaient être mariées par leurs parents à des maris deux fois plus âgés, mais restaient libres de prendre des amants (notamment de jeunes poètes ou musiciens fréquentés dans leurs salons).[]
  10. Jean Delumeau et Daniel Roche (dir.), Histoire des pères et de la paternité, Larousse, 1990.[]
  11. Voir « Patriarcat et matriarcat chez les peuples premiers », L’Humanologue, 23 janvier 2025. En ligne[]
  12. Sur les systèmes matrilinéaires, voir par exemple Francis Zimmerman, Enquête sur la parenté, PuF, 1993.[]

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2 commentaires au sujet de “Le temps des patriarches”

  1. Un détail : « Un »utilisé comme pronom doit être précédé de l’article défini. « L’un ne possédait qu’un âne et une charrette et faisait le coursier dans les ruelles » et non « Un ne possédait qu’un âne et une charrette et faisait le coursier dans les ruelles ». Sans l’article, le lecteur a l’impression qu’il manque un nom (Un quoi? Un pauvre? Un misérable?).
    Pour le reste, cet article et les précédents sont fort intéressants et traduisent bien la complexité des réalités, masquée sous des appellations générales comme « le patriarcat ».

    Répondre
  2. Le fait que le fils aîné, longtemps soumis et dominé – jusqu’à la mort du patriache – devienne ensuite patriarche doit bien avoir une incidence psychologique sur son exercice patriarcal par la suite. A comparer avec les enfants ayant subi des violences et devenant violents eux-mêmes…
    Merci pour cet intéressant article.

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