
Que sont mes résolutions de début d’années devenues ?
Comme tous les ans, depuis ma belle jeunesse, je prends des résolutions. Malgré l’expérience, les demi-succès et les échecs patents, je continue à croire à ma prochaine transformation en un « homme nouveau ».
Cette année, j’ai résolu de me recentrer sur deux objectifs humanologiques fondamentaux : rédiger un livre sur les pensées intérieures et jeter les bases d’une histoire de la condition humaine (d’Homo erectus à Homo numericus). Ces deux mégaprojets viennent s’ajouter aux autres tâches en cours. Cela impose une nouvelle organisation du travail : moins d’exploration (lectures, réflexions, prises de notes : j’ai suffisamment de matériaux accumulés) et plus d’exploitation (mise en forme, diffusion et promotion). Depuis que j’ai quitté la direction de Sciences Humaines, mes contraintes professionnelles se sont considérablement allégées. A priori, la destinée est entre mes mains.
Du moins en principe… Si je ne cède pas à mes petits démons.
Autre résolution pour cette année : la meilleure version de moi-même m’invite à faire du sport et perdre du poids. Tous les ans, la même rengaine. Tous les ans, ça ne marche qu’une partie de l’année. Et tous les débuts d’année, Sisyphe doit regravir la montagne.
22 janvier • Des mains peintes sur une paroi
Hier matin, un titre de presse a attiré mon attention : sur l’île de Sulawesi (Indonésie), des chercheurs ont découvert la trace de deux mains peintes sur la paroi d’une grotte. Elles ont été datées de près de 70 000 ans (68 700 ans exactement).
C’est un bond en arrière considérable (de 15 000 ans) dans les débuts de l’art rupestre. Pour donner une idée de la profondeur du temps : 68 000 ans, c’est deux fois plus vieux que Chauvet ! Autrement dit, il s’est écoulé autant de temps entre ces peintures indonésiennes et Chauvet qu’entre Chauvet et nous !
Arte diffuse justement un documentaire sur ces peintures indonésiennes qui ont révolutionné l’étude de l’art rupestre depuis quinze ans : Sulawesi, l’île aux images 1. Magie du documentaire, le spectateur peut visiter les grottes, situées à des milliers de kilomètres, sans quitter son canapé. Le paysage est verdoyant, l’entrée des grottes se trouve à quelques heures de marche du village le plus proche. Nous y voilà, en compagnie des chercheurs. Grâce à leurs yeux d’experts, nous devinons des traces sur la paroi. Un échantillon est prélevé. La minute d’après, nous sommes dans un laboratoire en Australie. Là, un chercheur explique les nouvelles méthodes de datation uranium-thorium qui permettent de dater avec précision les concrétions calcaires accumulées sur les peintures. Et l’information tombe : 67 800 ans !
Le fait que ces premières peintures représentent des mains rend la découverte aussi émouvante que déconcertante. Pourquoi aller peindre au fond des grottes ? Et pourquoi y laisser la trace de mains ? Avec les animaux et les signes graphiques, les mains sont présentes dans l’art des cavernes sur plusieurs continents. Voilà une alléchante énigme à résoudre, un beau sujet d’exploration en perspective. Autant dire une tentation irrésistible pour un humanologue qui s’était promis il y a quelques jours de ne plus se disperser.
Puissance de l’acrasie (terme venant du grec qui désigne ce fâcheux penchant à vouloir une chose et faire son contraire) : je laisse en plan l’article en cours (« La tête dans les nuages, anatomie des pensées intérieures ») pour me replonger dans l’art des origines, un de mes sujets de prédilection.

23 janvier • Y a-t-il un paradis pour les chiens ?
Pour étudier les pensées intérieures, il ne suffit pas de s’observer soi-même, il faudrait pouvoir lire dans les pensées d’autrui. Mais comment faire ? La plupart des gens gardent leurs pensées intimes pour eux. Sauf peut-être les enfants (avant 5 ans), Donald Trump et… Lucette, ma belle-mère.
L’autre jour, nous sommes retournés la voir à Chambéry. Il a fallu annoncer à Lucette que sa chienne Fossette avait été euthanasiée. Depuis qu’elle est à l’ehpad, nous assurions la garde de l’animal. MC craignait sa réaction, mais Lucette a pris les choses avec un certain détachement. Apparemment. Le lendemain cependant, elle nous a raconté son rêve de la nuit. « J’ai rêvé que Fossette arrivait au paradis (!). Je l’accompagnais. À l’entrée, Dieu nous a reçues. Derrière Lui, il y avait tous mes autres chiens qui attendaient. J’ai dit à Dieu de veiller sur elle : elle est gentille mais craintive, elle risque d’être effrayée. »
Lucette a toujours dit qu’elle ne croyait pas en Dieu ni à la vie après la mort, au paradis et à l’enfer, mais, manifestement, son inconscient a une autre opinion : il existe un paradis pour les chiens !
Outre ses rêves – dernièrement, elle a rêvé s’être disputée avec Giorgia Meloni ! –, Lucette ne fait pas mystère de ses pensées intérieures. Et pour cause : elle pense à voix haute, ce qui offre un accès direct à ses cogitations et ruminations. Chez elle, je l’ai souvent entendue parler toute seule dans sa cuisine. « Bon, à midi je vais faire les pommes de terre et les haricots que Jean m’a ramenés de son jardin. » Puis, en épluchant les légumes : « Ah, Trump, mais il est complètement fou ! Mais comment les Américains ont-ils pu élire un idiot pareil ? » Un peu plus tard, une autre idée lui traverse l’esprit : « Comment je vais m’habiller pour le mariage de Violette,? » Puis, passant du coq à l’âne : « Ce soir, il y a un match de rugby sur Canal. Il est petit, mais qu’est-ce qu’il est fort, Antoine Dupont ! » Le fiancé de Violette étant rugbyman, je suppose que ces pensées apparemment décousues sont liées par des relations cachées.
Les pensées intérieures de Lucette confirment ce que les psychologues (comme Julien Varendonck [1879-1924] ou Eric Klinger) ont découvert sur la rêverie éveillée : pour l’essentiel, elle est focalisée sur des préoccupations ordinaires de la vie quotidienne. Pour Lucette, ses préoccupations sont (sans ordre de priorité clair) : les repas, la famille (surtout les petits-enfants), les chiens et chats (« mais où est passée Chipie ? »), le sport et la politique (liés au temps passé devant la télévision : le « temps de cerveau disponible » ne se limite pas au temps d’écran, il empiète sur le reste de la vie mentale). Une partie des pensées de Lucette m’échappent et resteront intimes et silencieuses. Elles affleurent parfois à la surface, comme ses considérations existentielles : « C’est vraiment moche d’être vieux » ou « La mort, j’y pense et ça m’angoisse ».

27 janvier • La détresse (supposée) des HPI
De passage à Grenoble, j’ai pris rendez-vous avec Laurent Bègue. Une des figures de proue de la psychologie sociale en France, il dirige la Maison des sciences de l’homme de Grenoble. Il me propose d’assister à une conférence qu’il organise ce soir, puis d’aller dîner ensemble avec le conférencier Nicolas Gauvrit, spécialiste des HPI. Nous nous retrouvons donc à la bibliothèque de Grenoble parmi un public d’une centaine de personnes. Les HPI (haut potentiel intellectuel) sont à la mode. Ils ont remplacé ceux qu’on a appelés « précoces », qui avaient déjà pris la place des « surdoués ». Selon les normes académiques, pour être HPI, il faut avoir un QI supérieur à 130, ce qui correspond à 2 à 3 % de la population. A priori, c’est un sort enviable que de faire partie des gens supérieurement intelligents. Mais par un curieux paradoxe, être HPI est devenu un trouble ! Les HPI seraient en souffrance, si on en croit le livre de Stéphane Devillaine : Pourquoi les gens intelligents sont-ils malheureux (2025)
Nicolas Gauvrit a consacré son exposé à démontrer le mythe des HPI fragilisés par leur intelligence. Il y a presque un siècle, le psychologue américain Lewis Terman a lancé une vaste enquête portant sur des milliers de personnes possédant un QI très élevé. Cette enquête est sans doute la plus longue de toute l’histoire de la psychologie : elle s’est poursuivie pendant 80 ans ! Que sont devenus ces enfants à « haut potentiel » des années 1930 ? Les résultats s’avèrent sans équivoque : en moyenne, ils ont mieux réussi que les autres leur scolarité et leur carrière professionnelle. Ils ont eu aussi de meilleures conditions de vie et une meilleure santé. Si tous n’ont pas connu le succès, rien ne permet de suspecter que ces HPI souffrent plus que les autres. Au contraire. Une enquête de grande ampleur menée en Grande-Bretagne (et à laquelle a participé Nicolas Gauvrit) confirme ces données 2.
Que s’est-il donc passé pour que les HPI deviennent aujourd’hui une épidémie contagieuse ? Selon Nicolas Gauvrit, le tournant a eu lieu en 1975, quand le ministre de l’Éducation René Haby a mis en place le collège unique. Tous les enfants ont désormais suivi le même cursus jusqu’en troisième. Les bons et les moins bons se sont retrouvés mélangés. Un rêve de mixité sociale ? Pas pour les parents d’élèves HPI (souvent autodéclarés !) qui ont commencé à se plaindre que leur chérubin « s’ennuyait en classe ». Et comme les HPI seraient aussi des êtres hypersensibles, on est passé de l’ennui au mal-être, et du mal-être à l’échec scolaire !
Pourtant, les études récentes montrent qu’être HPI ne mène pas à la damnation : en moyenne, ils réussissent mieux à l’école, font de meilleures carrières professionnelles, sont en meilleure santé que la moyenne. Et rien n’indique qu’ils sont plus atteints que les autres par la dépression ou tout autre trouble mental.
L’exposé s’avère très convaincant et semble avoir conquis le public.
Après la conférence, nous allons manger dans un restaurant chinois. En commandant les plats, je découvre que Laurent est végan suite à une résolution de début d’année prise il y a sept ans. Il s’abstiendra de prendre les nouilles au poulet. Quant à Nicolas, il suit le régime du Dry January. Il s’abstiendra d’un verre de vin.
Je ne peux qu’admirer la force de caractère de ces gens qui respectent leurs règles de conduite. Je songe à mes résolutions de début d’année qui sont pour l’essentiel déjà parties en fumée.
28 janvier. L’art rupestre est un art vivant !

L’article sur l’énigme des mains peintes de la préhistoire avance bien. La piste de l’art aborigène se révèle très prometteuse. Elle me confirme d’abord que l’art rupestre n’appartient pas qu’à la préhistoire. En Australie, les Aborigènes ont peint sur les parois jusqu’au milieu du 20ᵉ siècle. J’ai reçu ce matin le petit livre de Charles Mountford (1890-1976) sur les Peintures aborigènes d’Australie, commandé sur Internet. On y voit (p. 15) un Aborigène en train de restaurer une peinture sur une paroi. Charles Mountford est un de ces ethnographes qui ont assisté à la réalisation de l’art rupestre, qui était dans certaines régions encore un art vivant. En 1948, il a participé à une expédition en terre d’Arnhem (dans le nord de l’Australie). À cette occasion, il a photographié et filmé des Aborigènes qui vivaient encore selon le mode de vie traditionnel ; sur YouTube, j’ai retrouvé un extrait de ce documentaire réalisé à l’époque.
D’autres ethnographes ont contribué à faire connaître la culture et l’art aborigènes. Baldwin Spencer et Francis Gillen, les pionniers de l’anthropologie aborigène, dont le livre (The Native Tribes Of Central Australia, 1899) allait avoir un retentissement considérable chez les intellectuels européens (comme je l’ai expliqué dans L’Humanologue, n° 1). Norman Tindale a sillonné toute l’Australie pour cartographier les territoires. Il a montré que les Aborigènes n’étaient pas des nomades errants, comme on imaginait alors les chasseurs-cueilleurs. Chaque clan occupait un territoire, et une partie des peintures et gravures laissées sur le paysage constituent une sorte de marque de propriété. George Chaloupka a reconstitué la chronologie de l’art rupestre de la terre d’Arnhem (marquée par les styles aux rayons X). Il a surtout recueilli les témoignages d’artistes qui, au début des années 1960, pratiquaient encore la peinture sur paroi ! Ces artistes, on connaît leurs noms et leur vie.

En poussant mes investigations, je découvre un nouveau filon. Il se trouve qu’une chercheuse, Sally May, a repéré la présence d’une petite fille sur des photos d’artistes prises par George Chaloupka. Or, Sally May en a retrouvé la trace. Née en 1952, Josie – c’est son nom – se souvient très bien que, quand elle était enfant, elle a vu son père peindre sur les parois. Il a même reproduit par deux fois les mains de sa fille sur la paroi ! Je télécharge les articles en ligne de Sally May 3. En 2018, de rertour sur les les lieux où la photo a été prise, Josie pu identifier les motifs des peintures peints sur les parois. D’autres spécialistes de l’art rupestre australiens travaillent aujourd’hui avec des vieux aborigènes qui connaissent la signification des peintures réalisés par leur parents. J’envoie un message à Sally May pour lui proposer une interview. Je me précipite dans ma bibliothèque pour ressortir mes livres sur l’art aborigène (ils font partie de ma collection de beaux livres sur les arts premiers), je retrouve des témoignages similaires qui m’avait échappés. Je remplis quelques pages de notes.
Attention Jean-François, te voilà de nouveau embarqué. Freine tes ardeurs !
30 janvier
Rien n’y fait, la voix de la déraison a triomphé. Voilà presqu’une semaine que je me suis laissé envouté par l’art aborigène. Il est temps d’en sortir et reprendre le boulot laissé en plan. Avant de repartir sur une autre piste, je tente de récapituler ce que j’ai appris ces dernier jours, avec l’espoir (sans doute vain) d’en tirer un beau texte de synthèses.
- L’art rupestre était encore un art vivant jusqu’au 20ᵉ siècle dans certaines régions (terre d’Arnhem, Kimberley). Ce qui confirme une idée qui m’est chère : la préhistoire ne s’est pas terminée il y a 5 000 ans, avec l’invention de l’écriture. Le mode de vie des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique s’est prolongé en Australie jusqu’au 20ᵉ siècle.
- La peinture sur les parois n’est que l’expression d’une expression artistique très variée : les Aborigènes ont pratiqué la peinture sur écorce, sur la peau, les gravures sur les propulseurs, les boucliers, les rhombes. Les danses et chants, bien que ne laissant aucune trace archéologique, font aussi partie de leur riche répertoire artistique.
- L’art rupestre n’est pas de l’art. Les Aborigènes ne peignent pas sur les parois pour décorer. Ils reproduisent les esprits du temps du rêve (les Wandjina au Kimberley, le Serpent arc-en-ciel, les esprits Mimi). Ils peignent des animaux (comme dans le Kimberley) lors de rituels destinés à régénérer la nature à chaque nouvelle saison. Certaines peintures sont aussi des marques de propriété sur un territoire (comme les cercles concentriques des déserts centraux).
Une analogie me vient à l’esprit. Finalement, l’art aborigène n’est pas si éloigné de ce qu’était l’art du Moyen Âge chrétien. En voyant les représentations de la Vierge, de Jésus, des saints, en écoutant les chants des fidèles dans les messes, nul ne songerait à dire que c’est uniquement « de l’art ». Même si la dimension esthétique est présente dans les vitraux, les chants, les statuaires, il est évident que ces représentations relèvent de la religion. Leur fonction première est de marquer les esprits, de transmettre un message.
L’art aborigène est associé à la mythologie du « temps du rêve » (dreamtime). Le dreamtime désigne à la fois le temps des origines – celui de la création du monde – et un lieu : l’au-delà où vivent les esprits et l’âme des ancêtres. Même chose pour le paradis chrétien : il représente le temps originel (le paradis perdu) et l’au-delà (où se trouvent Dieu, la Vierge, les anges, l’âme des ancêtres). Comme pour la religion aborigène, la religion chrétienne n’est pas simplement une croyance et une vision du monde, mais un ensemble de règles morales, de commandements qui devaient régler la vie en société. Pour les Aborigènes, le temps du rêve n’est pas qu’une cosmogonie, c’est la « loi ». Une loi reçue par les ancêtres des esprits et qu’il faut perpétuer de génération en génération. Chez les Aborigènes, les hommes âgés sont les dépositaires de cette loi sacrée qui doit s’imposer à toute la communauté. Les cérémonies collectives, les peintures, les gravures, les scarifications, les rituels d’initiation sont organiquement liés à cette loi communautaire.
31 janvier
Où sont passées mes bonnes résolutions ?
J’ai commencé l’année en fanfare et en fanfaron. À nous deux, 2026 !
Un mois plus tard, où en suis-je ? Le projet de livre sur les pensées intérieures s’est transformé en projet de hors-série pour Sciences Humaines (Héloïse l’a programmé pour cet été). J’avais prévu de me mettre tout de suite à l’ouvrage, mais trois semaines plus tard, je dois constater que je n’ai presque pas progressé dans la rédaction… Au lieu de cela, je me suis diverti avec les Mayas, les Aborigènes, l’intelligence artificielle (un de mes nouveaux terrains de jeu).
Concernant ma nouvelle organisation du travail, le compte n’y est pas. Mes matinées sont toujours consacrées à la lecture, à remplir des carnets de notes, à fomenter de nouveaux articles. Mais le temps de l’exploitation (mise en forme, diffusion, promotion) est réduit à la portion congrue.
J’ai suivi le fil de mes pensées et cédé aux tentations. Démon de la dispersion, vade retro satanas !
Finalement, j’ai tenu une seule résolution : la perte de poids. L’infection attrapée au Maroc m’a forcé à quelques jours de jeûne. Sur la lancée de cette restriction involontaire, j’ai réussi à poursuivre la courbe : mange moins, bouge plus. Et les résultats commencent à se faire sentir. Il faudrait que j’applique le même régime à mon cerveau.
- Hasard de la programmation ? Pas vraiment. Le reportage a été manifestement retardé pour coïncider avec la publication scientifique. L’article est paru dans Nature, ce qui atteste de la validité de la découverte. ↩︎
- Camille Michèle et al., « High intelligence is not associated with a greater propensity for mental health disorders », European Psychiatry, novembre 2022. en ligne ↩︎
- Sally May et al., « “This is my father’s painting” : a first-hand account of the creation of the most iconic rock art in Kakadu National Park », Rock Art Research, octobre 2019, et « Survival, social cohesion and rock art. The painted hands of Western Arnhem Land, Australia », Cambridge Archaeological Journal, mai 2020. ↩︎





L’insatiable soif de connaissance, l’envie d’apprendre, le besoin de comprendre, trouver tout intéressant, papillonner et s’emplir de savoirs…Tout ce qui me nourrit, toute cette accumilation de pensées qui me remplit sans jamais sortir. Je suis une barique pleine, nauséeuse, qui ne demande qu’à déverser ses mots mais n’en trouve pas le moyen. Je me résouds jusqu’alors à l’indigestion, mais saurai, j’espère un jour, prendre cette résolution, et parviendrai à recracher dans sa forme magnifiée tout ce que j’ai pu absorber, avec autant d’aisance que vous.
Et voilà ! c’est tout à fait cela : « homme monde » écoutant dialoguer Safemme, sa belle-mère, ses enfants, ses petits enfants…