Il y a quelque temps, un aimable et fidèle lecteur (comme c’est gratifiant !) m’a écrit pour me demander comment rejoindre les rangs de l’humanologie. Se sentant en pleine communauté d’esprit avec moi, il me sollicitait pour savoir comment devenir humanologue et s’il était possible de suivre une sorte de cursus en l’humanologie.
À ce jour, je ne lui ai pas encore répondu. Pour dire vrai, la réplique la plus simple et honnête aurait dû être : « Désolé, cher ami, mais le cursus en humanologie n’existe pas. Et il a peu de chances de voir le jour ! » Mais cette justification me restant en travers de la gorge, j’ai préféré procrastiner et laisser son mail en attente. Bien sûr, je pourrais le renvoyer à la lecture de mes articles et de mes livres 1, mais il est évident que cette pirouette autopromotionnelle ne répond pas vraiment à sa demande. Les mille et un sujets traités au fil du temps (des mœurs des Pachtounes à la théorie des émotions, de la philosophie de David Hume à la vie des moutons, pour ne prendre que mes billets récents) se rapportent sans doute à un dessein global – comprendre les humains –, mais force est d’admettre que le lien ne s’avère pas flagrant. Les thèmes abordés sont trop dispersés pour rendre compte du projet humanologique : sa démarche, ses principaux domaines d’études, ses questions fondamentales et ses idées clés.
À la vérité, ce grand projet humanologique n’existe qu’à l’état de chimère. Il n’est qu’une fantasmagorie scientifico-littéraire que je cultive en secret depuis des lustres (il faut bien combler ses loisirs et trouver des raisons de vivre…). Dans mon esprit – qui s’attarde dans un rêve d’adolescent alors que j’ai passé l’âge depuis longtemps –, cette entreprise prend la forme d’une « somme humanologique » dont je repousse en permanence la publication.
Une somme humanologique ? Mon modèle (je n’ose dire mon héros !) est Thomas d’Aquin ! Sa Somme théologique se révèle une vaste entreprise (des milliers de pages découpées en centaines de questions) qui compile tout ce que le saint homme pensait savoir sur Dieu et sa création (et il en connaissait un rayon sur les rapports entre l’âme et le corps, les voies du salut, le paradis, l’enfer, le purgatoire, le nombre des anges et leur sexe, etc.).
Pour ma part, je m’intéresse à l’échelon du dessous : les humains. Ce qui est aussi un gros sujet… J’aimerais pouvoir exposer ce que je considère avoir appris sur notre étrange espèce. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? À quoi pensent-ils ? Qu’est-ce qui les fait agir ? Dans quel genre de société vivent-ils ? Dans quelle histoire sont-ils embarqués ?
En trente ans de carrière humanologique, j’imagine avoir appris, compris des choses que je crois éclairantes et parfois utiles (sans que ce soient des vérités éternelles : tout le monde peut se tromper…). Mais je dois admettre que toutes mes leçons humanologiques restent dispersées : certaines disséminées dans mes articles et mes livres, certaines dans quelques recoins de mon cerveau, d’autres sous forme d’ébauches stockées dans les arcanes de mon ordinateur ; d’autres encore à l’état de dossiers qui s’empilent sur les étagères de mon grand bureau.
Ayant pris conscience tardivement que le temps m’était compté, me voilà donc devant un dilemme. Soit laisser la demande de mon ami lecteur sans réponse, soit… me remettre au travail.
En ce moment, j’essaie donc de trouver une solution humainement acceptable. Comment exposer les idées principales de l’humanologique ? Sous la forme d’un séminaire en ligne ? (une « chaire humanologique » façon Collège de France !) ; un livre d’introduction à l’humanologie ? (façon Freud et son Introduction à la psychanalyse) ; une série de questions/réponses (à la manière de la Somme théologique de saint Thomas, des assistants mettaient ses propos par écrit). Et pourquoi pas une encyclopédie humanologique ! (à la façon de Denis Diderot 2) Que sais-je encore ? Un conte nocturne en mille et un épisodes (à la manière de Shéhérazade), un testament humanologique dicté à un disciple consciencieux et admiratif ? (et dont le manuscrit sera volé puis redécouvert des décennies plus tard).
En bref : quel corpus et quel cursus pour s’initier à l’humanologie et apprendre à mieux comprendre nos semblables ?
Si vous avez des idées et propositions, je reste à votre écoute.
Notes
- Le dernier en date : La Marche de l’histoire. Évolution des sociétés, cultures et idées, des clans préhistoriques au 21e siècle, un dialogue rédigé avec mon ami Vincent Citot. (ed. Sciences Humaines, 2025).[↩]
- Ça ne fait pas trop peur, j’ai déjà publié un Dictionnaire des sciences humaines et un Dictionnaires des sciences sociales (aux éditions Sciences Humaines). [↩]




La pauvre Margot travaille depuis trop longtemps dans l’administration, elle ne peut pas comprendre votre entreprise. LIMOU s’emballe et veut recréer Radio Sorbonne.
Je suis assez d’accord avec pierre caro mais il est hors sujet: il vous apprécie comme gourou alors qu’on vous suggère de créer une discipline, une sorte de Socrate qu’on voudrait transformer en Aristote. Un oiseau qui picore en mouton qui tond.
Je suis trop vieux pour y voir clair dans les manips d’internet mais vous pourriez demander à un de vos aficionados de créer un FTP humanologique ou chacun pourrait venir chercher son bien, en vrac, comme dans les célèbres dialogues.
Vous parlez très, très, très abondamment de vous sans citer votre nom ni vos qualifications d’historien ou autre? C’est très regrettable.
Chère Margot. Voici quelques précisions. Mon nom ? Jean François Dortier. Mes qualifications ? Sociologue de formation, mais touchatoutologue de vocation (je préfère dire « humanologue »). Mon cursus honorum ? Fondateur du magazine sciences humaines (que j’ai dirigé pendant 30 ans). Auteur de nombreux articles et livres dont vous pouvez consulter la liste sur mon ancien blog : « la quatrième question. Pour le projet de l’humanologue. Vous pouvez le découvrir en tete de ce site: rubrique LE PROJET.
Bien à vous
Jean François, humanologue
Bonjour, des cours en ligne ou on pourrait vous écouter des heures entières afin d’essayer de comprendre ce que l’humain fait sur cette terre ! Un corpus sonore aidé de textes, images, partages, … et pourquoi pas des niveaux en fonction de sa connaissance sur le sujet. Merci !
Cher aimable et fidèle « auteur et conteur de l’humanologue… surtout, ne changez rien… continuez comme vous le faites si bien pour ma permettre d’apprendre tout au long de ma vie…
Bien à vous Pierre