L’amour romantique en Orient

Extrait de L’amour: les lois d’une attraction universelle paru dans L’Humanologue n°1.

« L’Asie a produit des histoires d’amour qui n’ont rien à envier au romantisme occidental. Le premier grand roman de la littérature japonaise est même antérieur aux occidentaux. Le Dit du Genji, a été écrit aux alentours de l’an mil par une femme ; il raconte l’histoire d’un empereur éperdument amoureux de sa concubine et qui fait passer sa passion avant les exigences de sa fonction. En épousant un jeune femme de condition modeste, il met en péril tout l’ordre impérial. Leur fils Hikaru Genji, le « prince de lumière », tombera lui aussi amoureux de la belle Fujitsubo, sosie de sa propre mère. S’il se présente comme une série d’aventures galantes et d’intrigues de cour, Le Dit du Genji est salué pour la finesse psychologique déployée par l’auteure pour décrire les sentiments de ses personnages.

Un autre grand classique de la littérature japonaise, Les Cinq Amoureuses, a été rédigé par d’Ihara Saikaku au 17e siècle. L’intrigue se situe dans le milieu de la bourgeoisie marchande. Les cinq amoureuses mettront elles aussi, les conventions sociales à l’épreuve par amour. Toutes le paieront d’une fin tragique.

Au moment même où fut écrit Les Cinq amoureuses, Racine composait ses grandes tragédies. A la même époque, on jouait à Pékin Le Palais de la longévité (1687), pièce qui relate l’histoire d’amour entre l’empereur Xuanzong et sa concubine, la sublime Yang choisie parmi des milliers d’autres concubines. Pour plaire à sa belle, l’empereur a même nommé frère de celle-ci Premier ministre. Mais ce dernier se révèle un dirigeant brutal et corrompu ; les officiels du régime forcent l’empereur à l’éliminer. L’empereur doit s’y résoudre et le condamne à mort. Pour la belle Yang, le drame est déchirant : son frère tué par celui qu’elle aime ! La belle Yang finit par se suicider. Ce qui plonge l’empereur dans le désespoir. Heureusement, un happy end survient in extremis. Les dieux émus par ce chagrin infini, décident de redonner vie à la concubine. Les amoureux se retrouvent alors pour ne plus jamais se quitter. À la différence des tragédies raciniennes, l’histoire se conclut souvent en Chine par une fin heureuse.

Il est tout de même  surprenant de constater qu’à la même époque, dans des lieux aussi distants, sans contact aucun, les mêmes thèmes se retrouvent : celui du conflit entre l’amour et l’ordre  social. Dans Le Pavillon rouge, dû en partie à Cao Xueqin (v. 1760) raconte une saga familiale centrée sur l’amour impossible du héros Jia Baoyu et de sa cousine.

Le thème des retrouvailles des amants séparés est classique dans la littérature chinoise. Selon Tseng Yongyi, professeur de littérature chinoise à l’université de Taïwan, « il s’agit d’une expression ultime de la perception que les Chinois ont de l’amour. L’amour devrait être animé par une foi absolue qui peut dépasser les limites du temps, et ne peut être compromis par un départ vers une destination lointaine ou même la mort. Le vivant peut mourir par amour alors que la personne défunte peut revenir à la vie par amour ». (2)

L’Inde classique a produit une littérature où l’on rencontre l’amour courtois, romantique ou libertin. Durant l’Empire moghol, la littérature et la peinture font bonne place à l’amour courtois : celui pratiqué par les rois, princes et nobles hindous. Déjà le Mahabarata mettait en scène les amours entre Krishna et sa bien-aimée Radha.

L’amour au temps des Bédouins

Traversons les époques et les océans. Au VIème  siècle apr. J.-C., dans les tribus bédouines pré-islamiques, l’amour courtois fut aussi chanté par les poètes.

Dans une société clanique où régnait la sévère loi du clan et des codes d’honneurs, il arrivait souvent qu’un homme s’éprenne d’une femme qui lui était interdite. Les amants, s’ils voulaient respecter ces règles, ne pouvaient alors que se pâmer d’une passion qui devait rester chaste et platonique.

Les poètes ont tenté de donner une forme littéraire à ces émotions qu’ils ont connues directement.Ainsi Djamil et Bouthaïna, qui vécurent au viie siècle, représentent le prototype de l’amour courtois. Ils « se sont aimés passionnément, jusqu’ à la mort, sans jamais se toucher. » Djamil deviendra l’archétype de l’amour « oudhri » amour courtois ou amour virginal car il est chaste, que certains auteurs modernes ont rendu par l’expression “sublimation virginaliste” » (Malek Chebel, Encyclopédie de l’amour en islam). Bien d’autres couples – aussi célèbres que Roméo et Juliette ou Héloïse et Abélard – sont devenus des couples mythiques de la littérature arabe. Outre Djamil et Bouthaïna, ils ont pour nom Madjoun et Laïla, Kousseïr et Ozza, Vâmeq et Azrâ, Soliman et Balqîs. On trouve dans la littérature et la poésie arabo-musulmanes toutes les variantes du pathos. »

 

—> Lire la suite de l’article « L’amour n’est pas une invention de l’Occident » et du dossier « l’Amour,  les lois d’une attraction universelle » dans dans L’Humanologue n°1.

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