Que restera-t-il de moi quand je ne serais plus là ?

Merci de vos réponses au précédant questionnaire. « Et après ? Que va devenir votre corps » (à ici )

Cela m’encourage à poursuivre l’enquête sur ce thème (afin d’alimenter un prochain sujet à paraître prochainement : « Passeport pour l’éternité »)

Cette fois, j’aimerais savoir « comment voyez-vous l’après ? » Pas celui de votre corps, ni même votre âme (trop grand et vaste question), mais celui de votre personne : ici-bas.

Chacun d’entre nous va laisser un héritage : des biens, des objetsdes souvenirs, des gènes des traces … 

Un coffret à souvenir

Que restera-t-il de moi après ma mort ? 

D’abord quelques biens. Mes héritiers devront se partager « l’héritage » : la maison, les meubles, l’argent sur les comptes. Cela se fera, comme il se doit, devant un notaire. 

Mais il restera à distribuer tous ces objets qui m’entourent et me sont chers : que va devenir ma bibliothèque ? Mes livres, trop nombreux, seront forcément dispersés. Mes objets fétiches ? Les bibelots qui ornent mon bureau, ma collection de billes, mes statuettes d’animaux. De mon père, il me reste une paire de lunettes, une montre, une pipe, et une médaille du travail, une carte d’identité. C’est tout. 

Tout cela finira sans doute dans des cartons, entreposés à la cave ou au grenier : ce purgatoire des objets qui, dans les générations suivantes, finiront à la décharge publique ou, au mieux, sur les étals d’un vide-grenier (ce qui n’est pas si mal).

Mes traces ? J’ai écrit des livres, des centaines d’articles dans Sciences Humaines, la collection de L’Humanologue. Je ne nourris pas le mythe de l’œuvre immortelle (Dieu m’en garde !) et je n’ai pas la vanité de féconder l’humanité future de mes idées de génie. Mes écrits seront donc progressivement engloutis sous l’avalanche des livres, articles, mémoires qui s’accumulent dans des bibliothèques publiques de plus en plus numérisées. Elles forment un immense océan de plus en plus étendu et profond. Chaque œuvre (sauf rare exception) y est peu à peu engloutie et rejoint des abysses de plus en plus sombres. Quant à mes carnets de notes et disques durs, ils deviendront vite illisibles : j’ai moi-même du mal à relire mon écriture et les disquettes sur lesquelles on enregistrait nos premiers textes informatiques se sont toutes volatilisées.

Les souvenirs ? Mes parents et grand parents, morts il y a plus de trente ans, continuent de me hanter sous la forme de flashs de pensées. Chacun d’entre nous reçoit régulièrement la visite inopinée d’un père, ou d’une grand-mère, disparus. À mon tour, je vais donc me rappeler au bon souvenir de mes enfants et petits-enfants comme un fantôme furtif. Puis, les générations passant, mon souvenir s’effacera à jamais.

Il ne restera alors que des photos dans des albums et un nom sur des registres d’État civil. 

Chacun transmet aussi ses gènes aux générations successives et avec eux quelques ressemblances : un visage, une personnalité. Mélanger à d’autres, ils font partie d’une chaîne de transmission dont on n’a pas toujours conscience.

Finalement on ne maîtrise pas grand-chose dans cette transmission. Certains écrivent leur testament pour contrôler leur succession. D’autres écrivent leurs mémoires en espérant laisser des traces plus durables de sa vie. Mais écrire ses mémoires est une entreprise difficile réservée à une petite élite. 

Je me dis que chacun devrait pouvoir se confectionner un « coffret de souvenirs », une forme de testament différent que celui adressé au notaire. Il contiendrait quelques photos (ou vidéo ?). Quelque dates clés qui ont jalonné notre vie, (une sorte de CV postmortem), quelques souvenirs marquants, quelques lieux que j’ai fréquentés le nom et le visage des êtres aimés. Juste quelques traces. Elles permettraient à ceux qui viendront après de savoir qui furent ceux qui les ont précédés. 

N’ayant pas de grandes leçons de vie à transmettre, (je trouve ça pompeux et parfaitement inutile), je me contenterais donc de ce petit coffret à souvenirs. 

10 réactions sur “Que restera-t-il de moi quand je ne serais plus là ?

  1. Bonjour,

    Si je puis me permettre je trouve votre idée intéressante mais quelque peu incongrue. Si je comprends bien vous transmettriez un coffrets à souvenirs à ceux qui vous ont connu (ou qui auraient pu vous connaître). Mais les autres ? Ils projèteront ce qu’ils sont et non ce que vous êtes (ou plutôt ce que avez été dans ce bas monde). Ensuite, il ne s’agit pas de vous, il s’agit d’objets même si dans le cas où il s’y trouverait des écrits, des fragments de votre pensée. En définitive, j’ai bien peur que cette transmission ne relève au mieux d’œuvre sociologique.

    Je vous lis de temps en temps et après réflexion, je me demande qu’elle est votre conception de la nature humaine. J’ai l’impression que les propos et idées que vous rapportez ne donnent pas de définition précise. Je pressens bien qu’il y a un ensemble conceptuel spécifique malheureusement, il m’apparaît non identifiable par moi.
    Régulièrement vous faites référence à Dieu, aux Dieux avec une certaine condescendance. Votre approche humaniste semble ne pas se poser de question en ce sens si ce n’est en la déclinant par la négative quand jusqu’à il y a à peine 100 ans, tout homme se la posait en Occident et y répondait de manière affirmative. Qu’en est-il de cette approche des profondeurs de l’être humain dans vos propos ? La question que vous posez en titre de cet article « Que restera-t-il de moi quand je ne serais plus là ? » ne peut souffrir qu’une seule réponse si on suit la logique qui se détache de l’approche que vous indiquez : rien ! Puisque si je ne suis plus ni corps, ni esprit voire ni âme, rien ne peut subsister. Car le souvenir s’efface. Et les objets deviennent des reliques quant on les conservent avec la pensée secrète (et magique) de nous conférer un peu des qualités et vertus de celui à qui ils ont appartenu. Mais là non plus ce n’est pas moi ! C’est au mieux, une idée de ce j’ai pu être. Et rien n’est dit de la justesse de celle-ci. Voyez les grands hommes qui nous ont transmis des « biens » et dont les historiens ont découvert après coup, la monstruosité ( ou la tyrannie, c’est selon).
    Pour ma part, je suis chrétien, catholique et je pense que l’anthropologie qui trouve son fondement dans la Bible a plus que jamais un sens à donner à la dérive de la pensée contemporaine que déjà les grecs dans leurs mythes avaient identifiée.
    Par conséquent, il apparaît que la question reste entière car son fondement n’est pas assuré par la raison mais une croyance un peu magique qu’il subsiste de moi quelque chose dans ce que je laisse après moi.

    Alors certainement que vous trouverez mes propos outranciers voire caricaturaux. Soit, mais je me demande simplement comment parler de l’homme quand on s’interdit de parler du divin par principe. On continue d’en parler sans le savoir. Tout simplement parce qu’on se fait une représentation mentale de ce qu’il est (et donc qu’il n’est pas!). C’est un peu comme dit Freud, « le retour du refoulé » ! Dans la Bible celui qui nie l’existence du divin comme étant le divin est nommé Satan. Encore faut-il chercher ce que Satan désigne et signifie. Considérer qu’il s’agit de superstition est bien présomptueux à l’égard de la pensée de nos anciens. Pour avoir une idée intelligente de la profondeur de la pensée de ces anciens considérés avec mépris, il suffit simplement de réfléchir au fait, un qu’ils ont élaboré des calendriers, deux qu’ils ont construit un alphabet (et beaucoup plus complexe que celui des grecs…).
    Alors, oui j’en conviens avec vous, comprendre les textes sacrés exige beaucoup d’intelligence et de ténacité et un peu moins de sensiblerie, ce qui peut manquer à nombre de mes coreligionnaires. Cela étant les images figurées dans les textes sacrés sont des images (des signes) à décoder par analogie. Un peu comme un panneau de signalisation et la réalité qui est figurée. Chose qui est peu réalisé.

    C’est pourquoi, je m’interroge au final sur la nécessité de léguer quelque chose à nos descendants de manière ritualisée comme vous le suggérez au travers du coffret à souvenirs. Des objets, des gestes, des paroles tout ce qui constitue un rituel et qui fait de l’homme.
    Souvent, je me demande comment nous en sommes arrivés à nous considérer comme des singes évolués. Malgré tout le respect que je dois à ces créatures, il leur manque la parole. Et c’est justement là que « ça » pèche. Pas de parole pas d’humanité. Même avec un énorme cerveau.
    Je travaille avec des personnes adultes dites non verbales. La plus grande difficulté qu’éprouvent les professionnels qui les accompagnent au quotidien consiste à trouver à chaque instant leur humanité dans le manque de parole.
    Y aurait-il du Divin dans la parole et non de l’animal ? C’est un peu ce que nous enseigne toute la Bible dont on nous dit que la Divinité est assimilée au Logos (= Parole).

    Si ce commentaire me sert de tribune, je caresse l’espoir qu’il serve de tremplin à une réflexion ultérieure pour l’humanologue que vous êtes.
    Cordialement,

  2. Bonjour ,

    Un coffret de souvenir c’ est une très belle idée ! Génial !
    Celá permetrait à ceux qui viendront après de savoir l’ histoire de ceux qui les ont précédés. La mémoire préservée de notre vie , des photos, des musiques, un livre ou un parfun , etc. Génial c’ est CV post- mortem.

  3. Suite mèl précédent, pour être + précise :

    Longo Maï qui vit des potentialites locales en les transformant, par ex à partir des moutons faire fromage, de leur laine du textile, etc.

  4. Bonsoir
    N’ayant pas de descendance la question est encore + cruciale, paradoxalement. J’ai fait un testament très tôt dès que j’ai eu une maison à 21 ans. J’ai changé plusieurs fois les bénéficiaires : les conjoints successifs et différentes ong. Depuis qqs années j’ai trouvé ma solution : je transmets ma ferme (sans activite agricole) à une communauté dont je sais qu’elle poursuivra ses actions depuis plus de 40 ans dans la même éthique, et qui me convient. Longo Maï qui vit des potentialites locales : moutons, laine, fromage, textile ds les Alpes par exemple. Je suis rassurée au moins que cette bâtisse dans laquelle je me suis investie plus de 4 décennies, ne finira pas dans les mains d’un promoteur qui pourrait avoir un business à l’envers de mes valeurs. Je laisse tout ce que j’ai accumulé y compris de vieilles voitures. Sur mon testament est noté que les amis peuvent se servir mais….ils seront peut être peu nombreux si j’ai une longévité conséquente !
    Je ne veux pas de traces dans un cimetière, je légue « mes restes » à la science, comme on dit !
    Ne croyant pas à un au delà, j’ai tjs eu une vision utilitaire : dons de sang, dons d’organes, essais vaccinaux / VIH, et donc post mortem autant que faire ce peut…

  5. Il est difficile d’apporter du neuf après un billet de l’Humanologue. J’ai l’impression qu’il épuise le sujet, mais ce n’est qu’une impression; il y a quand même des failles, voire des contradictions dans son discours. Par exemple lorsqu’il déclare qu’il « n’a pas de grandes leçons de vie à transmettre » alors que, dans le numéro 4 de la revue dont il est l’auteur unique, il nous indique comment « réussir sa vie en 10 leçons ».
    Oui, nous laissons une trace dans les mémoires de ceux qui nous ont connus; oui, elle s’effacera après eux. En revanche, elle restera disponible plus longtemps dans nos écrits. Et il n’est pas exclu que nos publications diverses inspirent des lecteurs dans le futur car même si les supports disparaissent, d’énormes capacités de stockage des documents assurent la pérennité des écrits et des images.
    Alors, dans mon hypothétique coffret à souvenir je placerais en priorité une sélection de mes textes sur papier avec peut-être quelques images et objets fétiches. Evidemment, et heureusement, nous n’avons pas tous les mêmes priorité.

  6. Ce qu’il restera de moi quand je ne serai plus là? Une maison construite, une autre rénovée, de nombreux arbres que j’ai plantés et regardé grandir, un fils que j’ai essayé d’éduquer le mieux possible et qui ne me déçoit pas. Des graines que j’ai semées par mon enseignement, pour montrer la beauté d’un texte, d’une idée, d’un poème, pour donner l’envie de lire, d’écrire, et j’espère ne pas y avoir trop mal réussi. L’attitude d’anciens élèves à mon égard me montre que je n’ai pas trop perdu mon temps.
    Tout un réseau d’amitiés, d’échanges, de partage, et une moindre empreinte carbonne par ma vie raisonnable soucieuse de l’environnement.
    Voilà ce qui m’est pêle-mêle venu à l’esprit.

  7. Il devrait rester de moi la perception intime , pour tous ceux que j’ai bien connus, de l’idée qu’ils se font de moi, de ma personnalité, de mon aspect, des défauts ou qualités qu’ils m’attribuent, de ma froideur ou empathie, de ce qu’ils pensent avoir rencontré de mon âme.
    J’ai, sur 2 pages écrites, expliqué mon parcours de vie, les options prises, les choix déterminés, la volonté incessante que j’avais d’avancer sur les chemins de mon choix, mon désir d’absolu, avec en tête à chaque instant le besoin de travailler, travailler, travailler encore pour obtenir ce dont je me sentais capable et apprendre chaque jour de ma vie, l’indispensable qui forge l’avenir et ouvre le Monde
    j

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