La Grande pyramide : le mystère se dévoile…

Depuis toujours, il plane autour des pyramides d’Égypte une aura de mystère. Comment les anciens Égyptiens ont-ils pu édifier des monuments aussi colossaux à une époque où l’Égypte sortait juste de la préhistoire ? Quel trésor caché renferment les « chambres secrètes » présentes au cœur de la grande pyramide ? Ces questions ne cessent d’alimenter des théories plus ou moins fumeuses relevant d’un genre fertile : la « pyramidologie ».

En réalité, les archéologues ont progressivement dissipé la plupart de ces énigmes. Oui, il était possible de déplacer, tailler, et assembler en une pyramide aux dimensions parfaites, les millions de tonnes de pierre avec les moyens technique rudimentaires dont disposaiten alors les Égyptiens. Plusieurs scénarios de construction ont été imaginés. Tout d’abord, l’architecture monumental n’était pas nouvelle au temps de Khéops. Les grandes sépultures royales avaient évolué progressivement du mastabas (grande tombe trapézoïdale), aux pyramides à degrés puis aux pyramides aux faces plates. Les architectes de la Grande pyramide ont innové, mais aussi bénéficié des expériences de leur prédécesseurs. Par ailleurs, la superposition des millions de tonnes de pierres représente un défi technique impressionnant, mais pas insurmontable : les différentes théories sur la méthodes de construction reposent toute sur la construction de rampes d’accès qui permettait de faire glisser des énormes blocs de pierres de plusieurs tonnes[1].

En fait, le plus grand défi des bâtisseurs fut plutôt humain que technique.

A ce propos, le livre de Pierre Tallet et Mark Lehner Les papyrus de la mer rouge L’inspecteur Merer : un témoin oculaire de la construction de la pyramide de Chéops. (Errance/Acte Sud, 2021) nous apporte un nouvel éclairage.

Tout part d’une découverte majeure faite le 13 mars 2013. Ce jour-là, l’égyptologue Pierre Tallet reçoit un coup de téléphone urgent : son équipe vient de mettre à jour un dépôt de papyrus sur le site d’Ouadi el-Jarf, un port sur la mer Rouge. Il s’avère bientôt que ces papyrus sont les plus anciens jamais découverts et sont contemporains de la construction de la pyramides de Chéops (vers 2500 avant JC). Traduction faite, il apparaît que l’un des auteurs du  papyrus  est un certain « Merer », inspecteur des travaux, et dirige une équipe d’ouvriers qui participent justement à construction de la grande pyramide de Khéops. Un aubaine pour les égyptologues ! Les papyrus se présentent comme des livres de comptabilité et un journal de bord de l’inspecteur Merer.  Il a rapporté  dans le détail le travail quotidien de ses équipes : le transports de blocs de pierre des carrières de Tourah à la grande pyramide, le maintien en état des canaux qui servent aux transports, les chargements de nourriture pour les ouvriers, etc.

L’existence de ces papyrus atteste d’une organisation bien huilée et très contrôlée. Les noms des dirigeants des travaux sont mentionnés. Le pharaon lui-même a commandité l’édifice, mais la supervision des travaux fut confiée à un (ou plusieurs) vizirs. L’un d’entre eux se nommait « Ankheaf » (–> voir image) [2]. Ce personnage important est connu par un buste, d’un réalisme saisissant, retrouvé dans sa sépultures, une des plus imposantes du cimetière qui jouxte la pyramide (à image). C’est lui qui dirigeait le port construit à proximité des pyramides et où convergeaient les bateaux de matériaux et marchandises. L’inspecteur Merer quant à lui dirigeait des équipes d’ouvriers (ou phylé) de plusieurs centaines d’hommes.

Si l’on veut comprendre le mystère des pyramides, c’est-à-dire comprendre comment elles ont été construites, il faut tourner le regard vers l’organisation humaine qui a permis ces travaux monumentaux. Une partie de la main d’œuvre a été capturée lors d’expédition miliaire comme  le revèlent des inscriptions gravés sur plusieurs sites[3].  La grande masse des travailleurs étaient des paysans soumis à la corvée, hors des périodes de culture et des artisans spécialisés, au compétences qualifiées employés par les domaines royaux. Des villages entiers abritant des centaines d’ouvriers ont été créés pour l’occasion. Et il a fallu mettre en place toute une logistique pour alimenter et faire dormir ces milliers d’hommes. Ces derniers étaient relativement bien traités comme le montre la nourriture qui leur était servie. Si la nourriture de base était faite de galette de céréales, ils étaient aussi régulièrement nourri de viande, (bœuf, volailles), de fruit (figues et dattes), de gâteaux et de miel.  On leur servait aussi parfois de la bière.

Le pilotage de cette vaste entreprise, impliquait donc une administration centralisée (allant de la collecte des impôts à la logistique des transports, en passant par le ravitaillement en outils de cuivre, venu des mines du Sinaï). Pour l’égyptologue M. Lehner, un des auteurs de l’ouvrage, « l’État égyptien a autant construit les pyramides, que les pyramides ont construit l’État ».

Voilà une première énigme dévoilée : il n’y a nulle mystère dans la construction des pyramides, si ce n’est celle des raisons qui ont poussé les pharaons à réaliser des ouvrages aussi démesurés. Il y a là indiscutablement un délire de despote qui veut laisser sa marques dans le temps. L’architecture monumentale n’est pas une exclusivité égyptienne. Les pyramides appartiennent à la longue histoire des « tours d’orgueil » édifiée par les pharaons, princes, rois,  empereurs ou industriels pour manifester leur puissance au yeux du monde. (–> Les tours d’orgueil).

Mais pourquoi mettre autant de ressources dans un tombeau pour les morts plutôt que dans la construction de  palais et châteaux pour les vivants ?  Telle est la vraie énigme des pyramides : elle porte sur la fascination que les Égyptiens ont porté à l’au-delà et à la quête d’une vie éternelle. Ce sera l’objet de notre prochain billet.

Khéops, que contient la « chambre secrète » ?

L’idée que les pyramides contiennent des pièces secrètes abritant quelque mystérieux trésor existe toujours l’imagination des amateurs d’égyptologie (comme elle a suscité la convoitise des pilleurs de tombe).

Fantasme ou réalité ?

La pyramide de Khéops contient bien une cavité secrète. En 2017, les archéologues ont repéré son existence, grâce à une technique de laser à muons. Cette cavité se trouve située au-dessus de la chambre de la reine.

Qu’y a-t-il à l’intérieur ? Personne ne le sait tant que les autorités égyptienne n’auront pas donné l’autorisation de percer. En attendant, les égyptologues en sont réduits à des spéculations.

La première hypothèse serait que la chambre secrète serait celle qui contient le « trésor de Khéops », sa momie et tous les précieux objets qui l’accompagne. La découverte serait aussi importante que celle de Toutankhamon, un des rares sépultures des pharaons a ne pas avoir été volée… Mais on peut toujours espérer.

Mais il est d’autres hypothèses.  La cavité pourrait être un « couloir symbolique » permettant à défunt de rejoindre le monde de l’auto-delà.

Il est possible aussi que cette pièce abritait des systèmes de contrepoids qui ont permis de hisser les blocs de granits lors de la construction de la pyramide.

Quelle que soit l’hypothèse retenue, le contenu de la chambre secrète ne résoudra pas la vraie « énigme » des pyramides :  la raison de leur construction.

Notes: 

[1] Voir l’excellent article Wikipédia :  Théories sur la méthode de construction des pyramides égyptiennes.

[2] Ses liens avec Hémouniou, considéré jusque-là comme l’architecte et maitre d’œuvre de la grande pyramide ne sont pas clairement élucidés.

[3] « A Khor, el Aqiula, en Nubie, le gouverneur de la haute Egypte fit graver dans la pierre un texte dans lequel, il indique avoir pris le commandement d’une troupe de vingt mille hommes pour « dévaster Ouaouat ». (…) Dans un autre inscrptioi, un autre gouverneur rapporte comment ila capturé dix sept mille Nubiens. » (p. 286)

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