Eté 2025. Derrière l’écran, l’eau et le soleil

Début juillet. Lac du Salagou. Nous voilà installés, MC et moi, dans une petite maison, non loin du lac du Salagou (dans l’Hérault) où nous venons chaque année passer deux ou trois semaines de vacances. C’est un lieu enchanteur, avec sa terre rouge, ses collines verdoyantes, ses champs de blé jaune, son ciel bleu. J’ai du mal à comprendre pourquoi les touristes n’ont pas pris d’assaut la région… Heureusement pour nous. Établis dans une petite crique, nous sommes seuls au monde avec pour voisins les poules d’eau, les mouettes et un vieux goéland perdu. Le lac est à nous.

Parallèlement aux marches et aux baignades, je ne déroge pas à mon rythme de travail quotidien. Levé à l’aube (5 ou 6 heures). Puis lecture, écriture et voyage en pensée. Simone de Beauvoir, je crois, a dit que pour un intellectuel, prendre des vacances, c’est continuer son travail, mais ailleurs.

L’humanologue va changer de peau…

L’été va être chargé. Au programme, en sus des séances d’écritures, j’envisage la refonte du site L’Humanologue. Mon humanologie m’impose un travail au long cours (bientôt quatre décennies d’exploration de la condition humaine). La création de Sciences Humaines fut pour moi le début de tout. Cela m’a conduit à mettre en œuvre mon projet encyclopédique en rédigeant des centaines d’articles et de dossiers de synthèse. J’ai fait mienne la devise de Térence : « Je suis homme, rien d’humain ne m’est étranger. »

Tout y est passé : fonctionnement du cerveau, vie des peuples premiers, histoire du capitalisme, psychologie de l’enfant, transformations de la famille, philosophie des sciences, etc. Parallèlement aux articles et livres publiés, j’ai continué la rédaction de ce journal d’idées (j’en ai publié quelques extraits dans mon ancien blog La Quatrième Question, puis dans les numéros de L’Humanologue (ici). Je ne me souviens pas d’avoir passé une journée sans avoir lu, pris des notes, et poursuivi mes investigations tous azimuts pour tenter de résoudre quelques énigmes humanologique à propos des origines du langage, de l’existence des religions, des troubles mentaux ou de l’histoire des empires.

J’ai exposé à plusieurs reprises à quoi correspond le projet humanologique : ses fondements, sa méthode et ses idées clés. Mais je dois admettre, au vu de ma production effective, que les investigations humanologiques ressemblent plus à une déambulation éclectique qu’à un projet mené avec méthode. Quel lien entre la vie sociale des moutons, la trajectoire des adolescents tueurs et l’invention du vélo ? Comment voir le plan d’ensemble et ses avancées derrière tout ce bric-à-brac ? La refonte complète du site doit me permettre de mieux dévoiler l’armature du projet et ses principaux résultats.

J’espère pouvoir présenter à la rentrée de septembre (adieu les vacances !) la nouvelle version du site. Mon but : rassembler et classer ma production « encyclo-humanologique » (livres, articles, notes, etc.) autour de grands thèmes et dossiers. Ceux-ci serviront de guide pour s’y retrouver dans le monde bordéliforme des affaires humaines. Ensuite, mettre en valeur quelques idées clés auxquelles je suis parvenu dans ma quête (inachevée) pour résoudre l’énigme humaine. (Vous allez voir ce que vous allez voir !)

Steve, l’informaticien en chef de Sciences Humaines, est là pour m’aider à reconfigurer le site. Dans les prochaines semaines, je dois mettre en veille mes recherches en cours pour me consacrer à ce travail. Mon mot d’ordre pour l’été : rassembler mes écrits, rassembler mes pensées. Synthétiser quatre décennies de recherches.

Samedi 5
« Avoir plusieurs cordes à son arc ». Curieuse expression. À quoi sert d’avoir plusieurs cordes ? Il vaut mieux avoir plusieurs flèches, non ?

Dernières nouvelles des religions

Ce matin, je commence par le classement de mes notes du mois de juin. Parmi elles, je retrouve cette info : le dernier apport du Pew Research Center 1 donne des indications intéressantes sur l’évolution des religions mondiales au cours de la dernière décennie (2010-2020). Toutes les grandes religions, à l’exception du bouddhisme, ont gagné des adeptes. Le christianisme a gagné 120 millions d’adeptes et reste la première religion au monde (2,3 milliards). Il n’y a jamais eu autant de croyants sur la planète. Attention : cette augmentation, bien qu’effective, n’est pas due à une soudaine flambée des croyances. De 2010 à 2020, la population mondiale a augmenté d’un milliard ! Le nombre d’adeptes augmente donc du fait de la croissance démographique.

Mais en termes relatifs (en pourcentage de fidèles dans la population), les religions ont plutôt tendance à stagner ou régresser. Le christianisme recule légèrement, notamment en Europe et aux États-Unis, au profit des « nones » (les personnes qui se déclarent « sans affiliation religieuse »). L’islam est la religion qui a le plus progressé, atteignant le cap des deux milliards de croyants, avant tout grâce au dynamisme démographique des pays musulmans. Selon les évolutions actuelles, on s’achemine vers une convergence du nombre de chrétiens, de musulmans et de « non affiliés », autour de deux milliards chacun.

Je range cette note dans mon dossier « Religion », dans l’idée de pouvoir y revenir bientôt. Dans un précédent « Carnet de bord » de L’Humanologue, j’ai exposé comment je m’y prends pour tenter de penser le phénomène religieux.

Lundi 7
Ni Toumaï ni Orrorin. Et si le père de la lignée humaine était Européen ?

À la boutique du musée de Lodève (que nous avons visité hier), j’ai découvert ce livre Hasard, évolution, hominidés d’un certain Aubert Deschamps (inconnu au bataillon des préhistoriens, pas de bio en quatrième de couverture). Qui est ce type ? Un rapide feuilletage me montre qu’il a l’air très bien documenté et avance des idées neuves. J’hésite… (Tu es déjà venu ici et reparti avec deux valises de livres.) Mais je cède, j’achète. Un peu plus tard, à la plage, je découvre l’histoire de Graecopithecus, un candidat inattendu au titre de « père de la lignée humaine ».

En 1944, des soldats allemands dénichent plusieurs fossiles apparemment très anciens en creusant un bunker antimissile. Les fossiles sont transmis au paléontologue Bruno von Freyberg. Ce dernier identifie ces fossiles comme des restes de singes à queue qui auraient vécu dans la région il y a des millions d’années. Erreur : parmi eux se trouve une mandibule qui va être identifiée bien plus tard comme celle d’un hominidé.

Or, ce fossile, nommé Graecopithecus (en référence à la Grèce), a été daté de 5 millions d’années, soit l’époque où ont vécu les premiers hominidés. Se pourrait-il que ce graecopithèque fasse partie de notre généalogie ? Mieux : qu’il soit le fondateur de notre lignée humaine ? Un père fondateur qui ne viendrait pas d’Afrique, mais d’Europe ! Cette hypothèse n’est défendue que par une minorité de chercheurs, mais mériterait d’être prise en compte. Dans cette hypothèse, il reste à savoir par où serait passé Graecopithèque pour se rendre d’Europe (la Grèce) en Afrique, là où ont vécu les premiers Homos (selon les données archéologiques actuelles).

Notre ancêtre putatif aurait pu passer de la Grèce à l’Afrique en traversant la mer Méditerranée à pied sec ! Par quel prodige, direz-vous ? Il n’y a pas de miracle, Graecopithecus ne marchait pas sur l’eau : à son époque, la Méditerranée était presque entièrement asséchée ! En effet, le détroit de Gibraltar, qui relie la Méditerranée à l’Atlantique, avait été bouché suite à un événement géologique appelé la « crise de salinité messinienne ». Coupée de l’océan Atlantique, la Méditerranée s’est presque complètement évaporée ! Elle a été réduite à quelques grands lacs hypersalés entourés de déserts de sel.

Vue d'artiste de l'ouest du bassin méditerranéen il y a environ 5 millions d'années.
Vue d’artiste de l’ouest du bassin méditerranéen il y a environ 5 millions d’années. © Pibernat et Garcia-Castellanos. https://lejournal.cnrs.fr/articles/quand-la-mediterranee-sest-videe

J’ignorais totalement cette histoire de Graecopithèque. Il va falloir que je l’intègre dans mes articles sur l’histoire de la lignée humaine.

Cela pose plus généralement la question de l’actualisation des données de mes anciens articles : un travail énorme. Même si je tiens à jour mes informations sur quelques sujets qui me tiennent à cœur (les données sur les homicides, la violence en général, sur l’évolution des religions, les recherches en sciences cognitives), je vois mal comment faire pour tenir à jour mes recherches humanologique.

Il faut que j’y réfléchisse. Et que j’en parle à Romain, mon fils (chef de projet informatique), qui est très au fait des avancées de l’intelligence artificielle et de son usage possible dans le domaine de la formation et la production éditoriale. En attendant, il est bientôt midi. Le soleil tape dur, les eaux du lac nous attendent. L’après-midi, j’ai entrepris de le traverser. À mi-chemin, je me suis demandé si je n’avais pas présumé de mes forces… Mais il était trop tard pour faire demi-tour. Un peu plus loin, accostant sur la rive opposée, je me suis rassuré en me disant que je risquais plus de me noyer dans ma documentation humanologique que dans ce lac.

4 juillet

L’art de vivre. Mon guide personnel

Ce matin, j’ai rassemblé les articles dédiés à l’art de vivre pour alimenter un des grands thèmes humanologiques du nouveau site. Il y aura une douzaine de thèmes : la nature humaine, la pensée, la vie en société, les besoins et motivations, les origines et l’histoire, l’individu, l’animalité, la violence, la religion, la famille, etc. L’un sera consacré à l’art de vivre. Je retrouve des articles consacrés au « bonheur » publiés dans Sciences Humaines ainsi qu’une ancienne conférence sur le sujet (en ligne). Une partie de mes articles sur le sujet relèvent de la vulgarisation : ils sont consacrés à l’exposé des théories philosophiques (hédonisme, stoïcisme et épicurisme, bouddhisme). On y trouve toujours les mêmes poncifs : la tempérance (il faut savoir limiter ses désirs), il faut accepter sa condition de mortel et d’être imparfait ; il faut jouir du moment présent (carpe diem), etc.

J’ai rédigé d’autres articles sur la « science du bonheur » : ces psychologues, sociologues et économistes qui tentent de cerner les facteurs qui rendent effectivement les gens heureux. L’argent fait-il le bonheur ? Ça compte, mais moins que l’amour, la santé, la famille, un travail épanouissant, etc. Des économistes ont mis au point des indicateurs du bonheur et des « cartes du bonheur » (réalisées à partir d’enquêtes sur le bien-être des populations selon les pays). Encore un sujet à mettre à jour ! Je ne vais jamais y arriver… À l’aide !

Pour ma part, la philosophie et les manuels de développement personnel m’ont apporté assez peu dans ma propre quête du bonheur.

Pour moi, vivre, c’est devoir relever des défis et affronter des épreuves, faire face aux multiples challenges et emmerdements de la vie autrement qu’en acceptant stoïquement ce qui nous arrive. Ma vision de la vie s’avère plus active que contemplative. J’ai un jour écrit un éditorial contre le carpe diem (le carpe diem, très peu pour moi !) qui m’a valu une volée de bois vert. Il paraît que je n’ai rien compris…

Une raison qui me fait ignorer les leçons de sagesse des philosophes. Je n’en ai pas besoin. Je suis heureux par nature : je secrète peut-être naturellement une surdose de sérotonine, l’hormone du bonheur…

Et puis, j’ai eu la chance jusqu’à ce jour – de ne pas avoir subi les mauvais coups de la vie qui auraient tempéré mon bien-être congénital. N’ayant jamais connu de graves maladies, d’échecs cuisants ou d’événements traumatiques, de ruptures amoureuses et autres blessures psychologiques, je suis mal équipé pour expliquer comment faire face aux dures épreuves de la vie. Le mal de vivre ? La dépression ? Connais pas ! D’autres sauront mieux en parler et expliquer les remèdes éventuels.

En revanche, je me sens mieux armé pour expliquer comment affronter les grands défis, monter des projets, utiliser au mieux ses forces et atouts pour atteindre un but.
Mes articles sur l’art de vivre relèvent donc de l’art du projet, la gestion du temps, la décision, le management et la planification de sa vie. Pour moi, la vie est une série de défis, l’art de vivre, un art d’entreprendre. Et mon humanologie, un optimisme.

À suivre…

Notes

  1. Centre de recherche américain qui publie régulièrement des enquêtes internationales sur l’état des religions.[]

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