Procrastination. Comment procrastiner avec discernement

Tout le monde est plus ou moins procrastinateur et a tendance à toujours remettre au lendemain ce qui peut être fait le jour même. Mais chez certains, cela prend des allures pathologiques. Dans ce cas, il est temps de prendre les choses en main. Et il existe des techniques pour y faire face.

La procrastination est une maladie – ou plutôt un défaut – très courante. Cela tient sans doute à une loi humaine très général à privilégie le plaisir immédiat et repousser à plus tard les désagréments. C’est mon cas.  J’ai tendance à carburer au plaisir – faire d’abord de qui me plait – et repousser les tâches ingrates à plus tard. Cela dit, ma chère épouse, agit en sens inverse : le sens du devoir, allié au souci de bien faire et à la culpabilité la pousse plutôt a renoncer au plaisir immédiat (« Je me débarrasse de ça, comme cela après je serais tranquille !). Résultat:  ses moment de plaisirs et projets les plus cher sont toujours remis à plus tard. En résumé, un trait commun nous unit : on procrastine tous les deux, mais chacun à sa manière.

Tout le monde est plus ou moins procrastinateur. Mais chez certains, cela prend des allures pathologiques au point de perturber sa vie. Dans ce cas, il est temps de prendre les choses en main. Les techniques anti-procrastination qui tiennent en quelques points clés.

Les causes de la procrastination sont toujours à peu près les mêmes :

– La peur de l’échec. Et si je n’étais pas à la hauteur ? En remettant à plus tard cela évite de se confronter à ses propres limites.

– Le manque de motivation. On a tendance à repousser tout ce qui est ennuyeux, ou sans intérêt et difficile à réaliser. Donc on le remet à plus tard.

– La dispersion.  Je commence une chose et je passe à une autre. Et finalement, à vouloir courir plusieurs lièvres à la fois, je n’en attrape aucun.

– La mauvaise gestion du temps. Mon agenda est plein pour aujourd’hui et sans parler des imprévus (l’imprimante en panne, la grippe, une visite imprévue, …). Tant pis, je dois encore une fois reporter.

– Le perfectionnisme.  J’ai tendance à mettre la barre haut, ce qui me freine considérablement et m’empêche d’avancer.

Pour chacun de ces mauvais penchants, il existe un remède.

• Contre la peur de l’échec. Il est des choses que l’on repousse parce qu’elles sont ingrates (comme remplir sa déclaration d’impôt ou laver la voiture). Mais il est aussi des objectifs enviables que l’on diffère toujours parce qu’ils sont difficiles et que la peur de l’échec nous inhibe. Et si je n’étais pas capable de l’écrire, ce roman qui va me rendre célèbre ? Suis-je vraiment prêt à quitter mon travail pour changer de vie ? D’où un nécessaire examen de conscience. Faire le deuil dʼun projet n’est pas chose facile. Plus simple est de le repousser à « plus tard ». Etre lucide sur ses vraies motivation et ses vraies capacités n’est pas un exercice facile. Ce peut être désespérant… Mais aussi salutaire. Renoncer à décrocher la lune permet de se fixer de nouveaux objectifs et de nouvelles priorités. Fermer une porte, c’est en ouvrir une autre. 

• Contre le manque de motivation. Ranger la cave, corriger les copies, me remettre au sport, chercher un nouveau travail… Rien que d’y penser me décourage. Voilà pourquoi il faut commencer par découper la montagne en morceaux. Aujourd’hui je me suis fixé un effort minime : non pas m’attaquer au rangement du hangar : mais me débarrasse de deux ou trois cartons. Voilà quelques chose de simple, limité, tangible. Ce n’est qu’un petit pas en avant, mais c’est ainsi qu’on avance. “Il n’y a que le premier pas qui coûte” dit le proverbe. Ce petit pas est souvent un tremplin.

• Contre les voeux pieux. « Je veux reprendre la course à pied (ou le saxophone). Mais quand ? Demain ?  La semaine prochaine ? Plus tard ?  Si vous ne vous ne répondez pas à ces simples questions : Quel jour ?  Quelle heure ?  Quels délais ? Toute résolution restera un vœu pieux s’il elle ne s’inscrit pas dans un programme précis : avec des tâches précisesdans un temps précis.

• Contre la dispersion. La lutte contre la dispersion passe par quelques recettes faciles à énoncer (mais moins faciles à mettre en œuvre). Sanctuariser les temps et les lieux. Éliminer provisoirement tout ce qui nuit à la concentration (éloigner son portable et le désactiver) et surtout refouler la petite voix intérieure qui vous suggère d’aller jeter un oeil ailleurs pour voir ce qui s’y passe.  

• Contre les tentations. La procrastination s’alimente de décisions différées. Quand vient le moment de passer à l’action, de subites envies de faire autre chose (je vais attaquer la rédaction de Mémoires, mais auparavant je vais il faut que je m’achète une rame de papier, que je range mon bureau et que je passe l’aspirateur, etc. ). Ces tentations furtives et intrusives, sont des dérivatifs courant pour repousse l’échéance. Elle reflètent la peur, la difficulté à affronter les défis. 

• Contre le perfectionnisme. Le mieux est l’ennemi du bien. Visez la perfection c’est se donner la meilleur chance d’échouer et de repousser à plus tard ce que vous voulez entreprendre. Il faut donc faire preuve de lucidité et de bienveillance à l’égard de soi. Le propre du procrastinateur est non seulement de remettre à demain mais de se fixer des objectifs irréalistes : d’autant plus ambitieux que l’on s’accorde un sursis et que l’on ne s’engage donc à rien pour l’immédiat

• Contre les excès de zèle. Quand il affronte enfin l’épreuve, le procrastinateur est souvent guetté par un autre risque : l’excès de zèle. Vouloir tout faire et tout de suite : comme se débarrasser en un seul jour de la comptabilité laissée en plan depuis des mois. C’est le bon moyen de ne pas arriver au but. Tel est le paradoxe du procrastinateur : la bonne stratégie de lutte consiste à être un peu patient. Et donc d’en garder pour le lendemain…

 

 

 

À lire aussi dans ce dossier

2 commentaires au sujet de “Procrastination. Comment procrastiner avec discernement”

  1. Très cher Jean , nous nous ressemblons beaucoup, et avec philosophie nous essayons tous d’être libres , imparfaits et heureux comme le disait déjà Jacques Salomé dans cette très belle revue disparue depuis : Nouvelles Clés : jF Dortiet notre humanologue y pourvoit en partie avec ses articles lumineux
    Cordialement

    Répondre
  2. Cher Humanologue,

    Un trait de caractère peut-il être un défaut, un mauvais penchant ou un comportement pathologique dans une société qui demande immédiateté et réactivité ? Le mortel procrastinateur que je suis se questionne encore, 67 ans plus tard.

    Mais, plaise à ceux qui ne souffrent pas, j’ai bien envie de les convier aussi à profiter du bien-être de cette capacité à en laisser pour après-demain, en profitant pleinement du « maintenant ».

    Le jour ou la nuit viendra où j’irai voir ailleurs, et je laisserai quelques unes de ces tâches inutiles et ingrates à d’autres personnes qui souriront probablement de leurs imperfections, et impertinences à vouloir toujours tout faire et contrôler.

    Le tout étant une question de dosage pour ne pas s’y noyer mais de savoir y surfer avec une certaine délectation…

    Un procrastinateur heureux

    Répondre

Laisser un commentaire

Copy link