Mémoire. Comment naissent les faux souvenirs ?

La scène se passe sur les Champs-Élysées, à l’époque où Jean Piaget était encore un enfant de 2 ans. Malgré son très jeune âge, il se souvient de cette scène traumatisante : alors que sa nourrice le promène en poussette, un individu se précipite sur lui et tente de l’enlever. La jeune femme s’interpose, pousse des cris et l’agresseur prend la suite. J.Piaget se souvient clairement de la scène : il revoit les bras qui l’agrippent, il entend les cris, il voit le policier qui s’approche et l’attroupement, il se souvient même de la station de métro à proximité… Et pourtant cette scène est fausse !

Bien des années après, les parents de J. Piaget reçurent une lettre de l’ex-nourrice qui leur avouait que toute cette histoire avait été inventée de toutes pièces pour se mettre en valeur. Et le petit J. Piaget, à force d’avoir entendu ce récit dans son enfance, avait fini par l’intégrer à sa propre mémoire. « Le récit des faits auxquels mes parents croyaient, je l’ai projeté dans le passé sous la forme d’un souvenir visuel, précis, mais faux ! » Ce faux souvenir montre combien la mémoire est trompeuse.

La mémoire et l’imagination sont imbriquées

La psychologue Élizabeth Loftus a mis en évidence dans les années 1980 comment des faux souvenirs pouvaient être aisément induits.

La méthode qu’elle a mise au point est assez ingénieuse. Un chercheur est supposé avoir recueilli des informations auprès de parents dont les enfants sont désormais des adultes. Parmi les souvenirs d’événements réels, le chercheur glisse un faux événement, toujours le même : « Un jour, lors des courses dans un grand magasin, vous vous êtes égaré et vous êtes retrouvé tout seul. Plus tard, une personne vous a ramené à vos parents. » Il se trouve qu’une proportion notable de sujets se souvient tout à coup de cet épisode purement inventé !

Les faux souvenirs peuvent jouer un rôle important en matière judiciaire. Nombre de procès font appel à des témoignages de victimes ou de témoins dont on sait aujourd’hui que la mémoire est encombrée de souvenirs peu fiables.

L’existence des faux souvenirs montre que la mémoire n’est pas seulement une empreinte du passé, plus ou moins jaunie, comme le serait une vieille photographie. Le souvenir est une invention et une reconstruction. La mémoire et l’imagination sont donc intrinsèquement imbriquées. •

3 commentaires au sujet de “Mémoire. Comment naissent les faux souvenirs ?”

  1. Sujet intéressant mais titre trompeur. Vous n’expliquez rien du tout, une recherche expérimentale correspond rarement à la vraie vie.
    Par contre, on a tous de faux souvenirs, dans nos relations familiales, concernant les livres qu’on a lus et les films qu’on a vus, particulièrement. Il n’y a qu’à revoir des films qu’on a déjà vus pour en faire l’expérience. Donc les sources peuvent être multiples, et pas nécessairement inculquées par les autres. Personnellement, j’ai longtemps eu un souvenir d’enfance qui me revenait régulièrement. Une fois adulte et après des études en psychologie, j’en suis venu à la conclusion certaine que c’était une rêve d’enfance, fait à peu près à l’âge où Piaget a été influencé par les histoires qu’on lui racontait. L’imagination est très vivide à cet âge où l’on ne conceptualise pas encore. Combien d’entre nous prennent leurs perceptions pour des réalités objectives ? Combien de fois entend-on « C’est vrai, je l’ai vu ! ». Quand on sait à quel point les perceptions sont partielles et déformées, particulièrement par nos émotions et le contexte. Imagination, rêves et perceptions sont de même nature et contribuent fortement à la construction de nos souvenirs, de nos croyances, de notre identité et de notre conception de la vie.
    Oui, cela a une importance dans les témoignages en cour, mais aussi dans notre santé mentale. Quand on sait que notre histoire de vie est une construction en partie fictive, il n’y a pas de quoi se rendre malheureux. On peut réinterpréter le récit à tout moment et, mieux, regarder la vie par en avant et non par en arrière !

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  2. Songez- vous, chère Anne, à cette avalanche de témoins qui veulent apporter leur pierre dans un procès très actuel et très médiatisé ?

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  3. Et malheureusement les faux souvenirs, induits par des « thérapeutes » malhonnêtes et/ou pervers peuvent faire accuser une personne innocente des pires mots et détruire des familles… C’est beaucoup plus fréquent qu’on le croit, extrêmement dangereux, et pourtant on en parle très rarement…

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