La typhoïde aurait-elle contribué à la chute d’Athènes ? Les historiens savaient qu’une « peste » s’était abattue sur la cité grecque entre 430-426. Près d’un tiers de sa population et une grande partie de ses forces armées avaient succombé. Périclès lui-même en mourut.
Lors du creusement d’une station de métro, un archéologue grec a même retrouvé sur des squelettes les traces d’une bactérie responsable de la fièvre typhoïde. Cette épidémie n’a pas suffi, à elle seule, à expliquer la chute d’Athènes mais elle a sûrement participé à son déclin. Elle a fragilisé la population et son armée à un moment crucial où Athènes était en guerre contre Sparte et les autres cités 1.
Les épidémies auraient été aussi l’une des causes de la chute de l’empire romain si on en croit l’historien Kyle Harper (Comment l’empire romain s’est effondré, 2017). Après les invasions barbares, la désagrégation du pouvoir central, les crises fiscales, voilà donc une nouvelle explication de la chute de l’empire romain : les microbes. Selon Kyle Harper, la ville de Rome où s’entassaient deux millions de personnes dans des habitations souvent insalubres fut un foyer d’infection. À partir de 450, la peste bubonique s’est répandue dans tout l’empire pendant deux siècles, en vagues successives, y faisant des ravages. Au bas mot, sept millions de victimes seraient mortes de la peste bubonique : cela est sans commune mesure avec les guerres contre les Vandales, les Goths, les Burgondes, les Huns et autres barbares. « Les germes ont été bien plus mortels que les Germains », résume Kyle Harper.
Des virus et des bactéries aux sources de l’effondrement de grandes civilisations : voilà qui résonne sensiblement avec notre actualité. Les historiens du futur diront-ils que le Covid-19 a été l’un des responsables du déclin de l’Occident ?
Avant de conclure trop vite, il faut tout de même rappeler ceci. Au moment où Rome se vidait de sa population, Constantinople, devenue la nouvelle capitale de l’empire, était elle aussi décimée par l’épidémie de peste. La « peste de Justinien » a tué 350 000 des 500 000 habitants de Constantinople. Pourtant, l’empire Byzantin s’est relevé et a survécu 1 000 ans. Une même cause, des effets différents.
Au Moyen Âge, la grande peste de 1347 a décimé la moitié de la population européenne. Cela a retardé l’essor de l’Occident mais n’a pas empêché l’évolution de la courbe de croissance démographique et économique qui allait conduire à la Renaissance.
La grande peste a même eu un effet positif inattendu. La main-d’œuvre était devenue si rare que les paysans pouvaient quitter leur seigneur pour aller se vendre ailleurs en exigeant de meilleures conditions de travail. Au final, la peste a contribué à libérer les serfs de la servitude. •
Notes
- Jean-François Dortier, « Et c’est ainsi que les Athéniens s’éteignirent », Sciences Humaines n° 170, avril 2006.
[↩]
À lire aussi dans ce dossier
Empire. L’éternel retour des empires
Du déclin des civilisations



