L’univers est en nous

En cette période étrange où il nous est difficile de voyager et de parcourir le monde, songez à ceci : le monde n’est pas autour de nous, il est en nous.

L’univers est en nous. Cela signifie d’abord que nous sommes composés de parcelles de l’univers primordial. Tous les atomes d’hydrogène qui composent notre corps viennent du big bang originel qui a eu lieu il y a 13,5 milliards d’années. Songez un instant à ceci :  les briques constitutives qui nous composent, vous et moi, ont été façonnées dans une soupe primitive de milliards de degrés à une époque où il n’y avait aucune étoile ni aucune galaxie dans le ciel. D’ailleurs, il n’y avait même pas de ciel : l’univers n’était qu’un plasma (un gaz brûlant) en expansion. La séparation entre la Terre (en fait, entre des milliards de galaxies, d’étoiles et de planètes) et le ciel (c’est-à-dire l’espace froid et presque vide qui les sépare) remonte à beaucoup plus tard : 380 millions d’années précisément. Auparavant, nos atomes d’hydrogène ont été fabriqués en moins de trois minutes, lors du big bang initial. Et ils sont encore là aujourd’hui, 13,5 milliards d’années plus tard, autour de nous et en nous.

Les étoiles sont en nous. Tous les autres atomes qui composent le corps humain : oxygène, carbone, calcium, magnésium, etc. proviennent du cœur des étoiles. Oui, du cœur des étoiles. Avant de s’assembler en molécules, puis en cellules, en organes et en un corps complet, il fût un temps où vos atomes et les miens ont vécu dans le sein d’une étoile. C’est au centre des étoiles que se forment tous les atomes de l’univers (hormis l’hydrogène qui, comme on l’a vu, vient en droite ligne du big bang).  C’est dans cette fournaise que les atomes fusionnent entre eux. Pendant des milliards d’années, les étoiles brillent en produisant des milliards d’atomes dans leur ventre brûlant. Puis un jour, l’étoile meurt. Les atomes qui la composent se dispersent alors dans l’espace. C’est eux qui forment les éléments solides de l’univers : les métaux, les minéraux, l’eau, les êtres vivants, vous et moi. Tous sont faits à partir d’éléments venus du cœur d’une étoile. L’univers et les étoiles sont en nous.

L’océan est en nous. Notre corps est composé à 65 % d’eau. De l’eau qui vient des rivières, des lacs et des océans. Mais d’où vient cette eau ? Comment sont nés les océans ?

Encore de l’espace. Une météorite s’approche de la Terre. Elle est constituée de glace et de neige comme beaucoup de ses sœurs. Quand elle s’approche de la Terre, chauffée au contact de l’atmosphère, sa glace et sa neige fondent et les molécules d’eau tombent sur la Terre. Il y a de l’eau partout dans l’univers. Et toute l’eau de la terre vient de l’espace. Au fil du temps, c’est une pluie de météorites glacées qui ont formé les océans et les mers.

L’histoire de la vie est en nous. La vie est née dans l’océan. Et pendant trois milliards d’années, elle y est restée. Puis, des premiers organismes (des bactéries, des plantes et puis des animaux) sont sortis des mers et ont colonisé la Terre. La lignée des animaux terrestres date de 600 millions d’années environ. Nous autres, animaux terrestres, croyons avoir quitté notre océan primordial il y a bien longtemps. C’est faux. Nous restons pour l’essentiel des animaux marins. À la seule différence que nous transportons l’océan en nous. L’eau salée constitue, disais-je, 65% de notre organisme. Mais comme une partie de cette eau s’évapore (1,5 litres par jour), il nous faut reconstituer sans cesse nos réserves. Tous les jours, depuis toujours et pour toujours, tous les humains devront boire, boire et boire encore.

Voilà pourquoi toutes les activités humaines se sont développées au bord de l’eau. Les anciens Homo (habilis, erectus, sapiens, etc.) vivaient au bord des lacs et des rivières. Les premières grandes civilisations (au Moyen-Orient, en Chine, en Inde, en Afrique, en Amérique) ont pris leur essor dans les bassins des grands fleuves (car il faut beaucoup d’eau pour l’agriculture et l’alimentation des villes). Au 21ème siècle, nous croyons être émancipés de cette contrainte aquatique parce que nous avons construit des réseaux hydrauliques très perfectionnés qui amènent l’eau jusqu’à nous. On ouvre un robinet : l’eau coule. C’est si facile qu’on en oublie notre dépendance. Pourtant, tout à l’heure, vous devrez vous lever pour aller boire un café, un thé, un verre d’eau. Peut-être en avez-vous un à portée de main. Nous devons boire en permanence pour survivre, pour alimenter notre petit océan intérieur. À l’heure d’internet, des ordinateurs et des téléphones portables, nous restons d’abord tributaires de cet élément primordial pour survivre. La longue histoire du vivant, celle des animaux marins, n’est pas derrière nous, elle est encore en nous. Les océans, comme les étoiles, sont encore en nous.

Les plantes et les animaux sont en nous. Il faudrait parler aussi des plantes auxquelles nous devons tant. Pour recomposer notre organisme chaque jour (car les cellules de notre corps se renouvellent sans cesse), il nous faut fabriquer de la matière organique. Or, un corps humain ne sait pas faire cela. Seules les plantes savent créer des molécules organiques (lipides, protides, glucides etc.) à partir de matière inorganique. Les plantes sont dites “autotrophes”. Les animaux, eux, sont hétérotrophes : ils ne savent pas fabriquer par eux-mêmes les briques du vivant et doivent les chercher chez les plantes ou chez d’autres animaux (qui eux-mêmes se nourrissent de plantes).

Merci aux plantes de nous offrir non seulement de beaux paysages, mais aussi de l’oxygène pour respirer et toute cette matière dont on a besoin pour construire et reconstruire en permanence notre corps.

L’univers, les étoiles, les océans, les plantes et les animaux : tous sont l’intérieur de nous. En cette période étrange où il nous est difficile de voyager et de parcourir le monde, songez à ceci : l’univers n’est pas autour de nous, il est en nous.

8 réactions sur “L’univers est en nous

  1. Peut-être que ces temps que nous vivons nous donnent plus d’humilité pour reconnaître qu’il faut respecter la nature et l’homme lui-même! Cette pandémie a déjà tué combien d’hommes! comparable `a une Guerre Mondiale! Merci pour votre texte!

  2. Que c’est vivifiant en ces temps moroses ; de voir s’unifier l’ontologie et la noologie ; afin de rentrer pleinement dans le grand récit de ce vous nommez : l’humanologie.

  3. L’univers est en nous, l’univers est autour de nous, nous sommes une « molécule » de cet univers et l’humain est un mini univers à lui seul car « Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut ; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose. »

  4. Oui merci de rappeler tout cela qui est parfaitement exact.
    Une chose particulièrement oubliée, surtout en ces moments difficiles pour toutes et tous.
    “Quelqu’un” nous a dit qu’on était en guerre contre les virus… En oubliant qu’ils existent depuis les premières formes de vie sur Terre, dans l’eau en fait.
    Et qu’ils sont même, je crois qu’on peut aussi le dire, à l’origine de toutes les formes de vie, sur Terre aussi bien que dans les eaux et les airs, humains y compris, comment pourrait-il ainsi en être autrement?
    Qu’ils n’ont pas envahi nos territoires par hasard. Que ce sont les humains qui les ont délogés, agressés, attaqués, avec leur volonté et leur croyance qu’ils pouvaient (voulaient?) dominer le monde:
    “”Et Dieu les bénit, et leur dit : Croissez, et multipliez, et remplissez la terre ; et l’assujettissez, et dominez sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur toute bête qui se meut sur la terre.””
    Quand accepterons-nous de redescendre de notre piédestal et accepterons-nous surtout de changer:
    “”Celui qui croit qu’une croissance infinie est possible dans un monde limité est un fou ou… un économiste”
    Heureusement, certains d’eux ont commencé à ouvrir les yeux: à notre tour!
    Bonne chance…

  5. Voilà un constat, mieux encore une vision qui va de soi (cette portion d’univers close) pour peu que l’on s’y lâche.
    Ce qui signifie aussi que la compréhension, la vision elle-même, la perspective qu’elles dégagent sont produites par ce même univers, dont le genre singulier cache une complexité extrême. Les perceptions, les connaissances, les affects qui nous habitent sont extrêmement divers et pour cette raison ne peuvent prétendre à une vérité unique, suprême ou définitive. Toute personne dotée de quelque raison, de quelque sentiment et d’un grain de sagesse en est consciente, et la science elle-même butte aujourd’hui sur cette limite infranchissable et franchissable tout à la fois.
    Chaque frontière est un passage, chaque passage est une métamorphose.

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