
Un Dictionnaire critique de mythologie 1 m’apprend que croire aux fées remonte à l’Antiquité. Ces créatures sont alors considérées comme dérivant des déesses. Les nymphes, par exemple, sont des divinités subalternes, bienfaisantes, connues pour leur jeunesse et leur beauté. Elles peuplent les bois, les sources et les grottes.
C’est surtout au Moyen Âge que les fées ont pris l’aspect qu’on leur connaît aujourd’hui. Dans la littérature arthurienne, elles apparaissent aux côtés des lutins, monstres et autres animaux fantastiques, souvent capables de métamorphoses. On les retrouve sous différents visages et noms dans les légendes celtiques et nordiques. Au Japon, il existe également une créature similaire aux fées : ce sont les yōsei, des petits personnages féminins bienfaisants. Comme elles ignorent le mal, leur cœur ne vieillit jamais.
Conan Doyle et le « petit peuple »
Certains spécialistes ont tenté d’établir une classification des fées ; mais on s’y perd. Les uns distinguent les fées solitaires des fées en groupe, d’autres les fées marraines (protectrices) des « amantes » (Mélusine en est le prototype). Mais les tentatives de typologie ne sont pas rendues aisées, du fait de l’abondance des personnages. Faut-il y intégrer les elfes (minuscules et aux oreilles pointues), les sorcières (qui seraient des fées en négatif, comme le démon l’est à l’ange) ? Et la sirène, faut-il l’inclure dans cette catégorie ? Pour Pierre Dubois, « elficologue » (il a inventé ce mot) et auteur d’une savoureuse Grande Encyclopédie des fées (1996), l’exercice de classification est discourtois en plus d’être vain. C’est, écrit-il, la « plus grande des impolitesses ».
Demeure cette question cruciale : les fées existent-elles vraiment ? Arthur Conan Doyle y croyait dur comme fer, prenant position dans l’affaire des fées de Cottingley. En 1917, deux cousines, Elsie Wright et Frances Griffiths, qui vivaient dans le Yorkshire, ont pris cinq photographies des fées en compagnie d’autres personnages du « petit peuple ». L’affaire a suscité de vifs débats sur l’authenticité des clichés et les deux jeunes filles reçurent le soutien d’Arthur Conan Doyle, créateur de Sherlock Holmes, qui consacra un livre (The Coming of the Fairies, 1922) à leur « découverte ». Quant à son père, le peintre Charles A. Doyle (1832-1893), il était aussi convaincu de l’existence des fées, affirmait en avoir vu et les a d’ailleurs peintes à plusieurs reprises. Toutefois, le malheureux était un alcoolique notoire, en proie à des crises de délirium (il finit ses jours dans un asile psychiatrique) et son témoignage doit prêter à caution… •
Notes
- Jean-Loïc Le Quellec et Bernard Sergent, Dictionnaire critique de mythologie, CNRS éditions, 2017.[↩]



