Freud voyait dans l’imagination de l’enfant l’expression de ses angoisses et désirs. Piaget y a décelé l’expression d’une pensée magique, prélude à l’âge de raison. De nouvelles approches font de l’imagination, sous des formes détournées, un moyen d’explorer le réel et d’affronter les épreuves de la vie.
Psychanalyse des contes de fées
Selon l’approche psychanalytique (Bruno Bettelheim, Carl Jung), les contes traduisent les pulsions et les conflits psychiques sous une forme détournée. Les peurs et les pulsions révèlent les fantasmes de dévoration (Petit Poucet, Petit Chaperon rouge), de castration (Hansel et Gretel), etc. Les contes mettent en scène des enfants ou des animaux auxquels l’enfant peut s’identifier. Selon B. Bettelheim, le conte a donc une fonction initiatique et existentielle, le personnage doit traverser des épreuves pour devenir adulte.
À ce stade de l’article, le moment serait venu de proposer une belle synthèse résumant dans ses grandes lignes l’évolution psychologique de l’enfant, de la naissance à l’adolescence. Mais, à moins de tricher avec les faits et les théories pour les faire entrer de force dans un grand récit uniforme, il faut admettre que toute vue d’ensemble est illusoire. Et ce, malgré des tonnes et des tonnes de recherches en psychologie de l’enfant publiées depuis un siècle.
Toute synthèse serait artificielle. D’abord parce que sur ce sujet (comme sur tant d’autres), les psychologues ne parlent pas d’une même voix. Les psychanalystes (qui se divisent en différentes obédiences) n’ont ni le même regard, ni les mêmes centres d’intérêt que les psychologues cognitifs (version néo-piagétienne ou autres) qui divergent des adeptes de Lev Vygotsky. Les tenants de l’éclectisme – ils sont de plus en plus nombreux – ne sont pas forcément mieux armés : superposer les lunettes n’aide pas forcément à voir plus clair. Enfin, et surtout, la recherche en psychologie de l’enfant s’est éclatée en une diversité de spécialités : l’étude du langage, les troubles du développement, les relations parents-enfant, la plasticité cérébrale, les cultures enfantines, etc. Autant de spécialités, autant de regards, autant de recherches qui donnent de la psychologie de l’enfant une vision kaléidoscopique, fragmentée en une myriade de facettes. Finalement, la fréquentation assidue des spécialistes, et la lecture de leurs publications, nous en apprend plus sur ce qu’il y a dans la tête des psychologues que dans celle des enfants !
Essayons tout de même d’aborder de façon panoramique ce domaine particulier qu’est l’imagination enfantine, du point de vue des psychologues.
Curieusement, il s’agit d’un sujet annexe aujourd’hui assez marginal. Ouvrez un manuel de psychologie, vous y trouverez des chapitres sur l’intelligence, le langage, l’attachement, les troubles du développement, le cerveau de l’enfant, etc., mais l’imagination n’y figure pas. On finit par débusquer sa présence, mais seulement au sein de deux théories classiques qui ont dominé la psychologie de l’enfant au 20e siècle : la théorie freudienne et celle de Jean Piaget.
Freud et les siens
Commençons par Sigmund Freud. On sait que l’enfance joue un rôle déterminant en psychanalyse. Les névroses de l’adulte prennent racine dans l’enfance, et particulièrement dans le fameux « triangle œdipien » : papa, maman et moi. Le petit garçon désire sa maman et veut prendre la place de papa. La petite fille veut séduire son père et prendre la place de maman. La petite fille souhaite avoir un pénis et le garçon connaît l’angoisse de la castration. Le monde intérieur de l’enfance, ses jeux, ses fantasmes, ses rêves traduisent ses pulsions et ses angoisses sous forme plus ou moins détournées.
Freud a réussi le tour de force d’avoir posé les bases d’une psychanalyse de l’enfant sans jamais en avoir observé aucun ! La théorie du complexe d’Œdipe provient d’une auto-analyse de ses souvenirs d’enfant(2). La sexualité infantile et ses stades sont reformulés à partir de travaux de psychiatres de son époque, notamment ceux d’Havelock Ellis. Ses observations directes ? Le petit Hans – cas princeps de psychanalyse de l’enfant (un petit garçon qui a la phobie des chevaux) – n’a jamais rencontré Freud. Le garçon a été analysé « à distance », avec le concours de son père qui rapportait à Freud le résultat de ses investigations. Quant à Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci (1910), c’est une analyse faite à quatre siècles d’écart, sur la base d’une traduction fautive. Il faut attendre 1920, Freud a alors 64 ans, pour qu’il se livre à une observation directe sur son petit-fils Ernst jouant au « jeu de la bobine ». Le garçon, qui n’a que quelques mois, joue avec une bobine attachée à une ficelle. Après l’avoir jeté, il la ramène à lui en criant de joie. Pour Freud, ce jeu symbolise le départ et le retour de sa mère, et lui fournit l’occasion d’une longue analyse sur le plaisir, la répétition, la pulsion de mort et le sadisme infantile.
Les héritiers
Freud est mort en 1938, laissant un héritage bien balisé. En matière d’imagination enfantine tout est affaire d’Œdipe, de relations mère/enfant, de désirs et d’angoisse, traduits en pensées, fantasmes et jeux.
À Londres, où Freud était installé, ses héritiers vont prendre le relais. La psychanalyse de l’enfant devient alors un des piliers de la discipline avec Mélanie Klein, Anna Freud, Donald Winnicott et John Bowlby. Assez vite, des divergences vont se manifester entre les membres (la controverse entre Anna Freud et Mélanie Klein est restée dans les annales). Mélanie Klein a inventé la méthode d’analyse des enfants par le jeu. Son analyse est focalisée sur la sexualité, et la plus célèbre de ses observations est celle du petit garçon qui joue à faire entrer le train dans le tunnel : pour M. Klein, c’est la symbolique de l’acte sexuel. M. Klein élabore la « théorie des objets » qui aura une influence déterminante en psychanalyse.
L’objet, c’est ce sur quoi se fixe le désir d’un enfant (et plus tard de l’adulte). Il faut entendre «objet» dans un sens très large : ce peut être une chose (une poupée, un biberon), mais aussi une personne (la mère) ou seulement son sein (« objet partiel »), son propre corps (son pouce, son sexe), la nourriture, ou encore un lieu rassurant (son lit). L’enfant (et plus tard l’adulte) noue avec ces objets des relations d’amour ou de haine (le « mauvais objet »). La perte de l’objet peut produire des traumatismes, tant il lui sert de réconfort et de lieu de refuge.
L’Écossais Donald Winnicott théorise dans les années 1950, la notion « d’objet transitionnel » : le fameux « doudou », qui est pour l’enfant le substitut de la mère absente. Il apporte réconfort à l’enfant, mais lui sert aussi de transition entre un état de dépendance et une certaine autonomie. Remplacer sa mère par un objet, c’est déjà s’en émanciper. Dans Jeu et réalité (1971), D. Winnicott soutient que l’imagination de l’enfant n’exprime pas simplement ses désirs, ses angoisses et ses manques. Par le jeu, il s’élance dans le monde et conquiert son autonomie.
La psychanalyse de l’enfant, dont l’étude de son imaginaire, va connaître ensuite de nombreuses ramifications (version Jung, version Lacan, version Dolto), hybridation (entre la psychanalyse et les théories précoces du nourrisson par exemple, avec la notion de mentalisation selon Peter Fonagy). Retenons cette idée clé : l’imagination de l’enfant est le produit de ses désirs et pulsions, et se fixe sur des objets multiples. Vous voulez comprendre le monde intérieur de l’enfant, ses obsessions, ses attentes et ses fantasmes ? Cherchez l’objet.
Jean Piaget et la pensée magique
En matière de psychologie de l’enfant, l’autre figure incontournable est celle de Jean Piaget (1896-1980), auteur d’une œuvre monumentale consacrée à l’intelligence de l’enfant et son évolution. Une idée clé guide toutes ses recherches : l’intelligence de l’enfant évolue en passant par des stades bien définis, un peu comme des marches d’escalier. Pour J. Piaget, l’intelligence du nourrisson est « sensori-motrice », c’est-à-dire qu’elle se limite à établir des relations entre ce qu’il voit et entend, ce qu’il touche et ce qu’il fait. Son monde est très concret, un objet tombe quand on le lâche, un objet est rouge, le chat fait « miaou », l’être humain parle, etc. Peu à peu, son monde s’organise.
Puis, vers l’âge d’un an et demi ou deux ans, survient ce que J. Piaget nomme la « fonction symbolique ». À ce moment, l’enfant développe des capacités nouvelles : il commence à parler, à dessiner, à jouer à « faire semblant » – il fait bouger ses petits personnages ou animaux, les fait courir, se combattre, se disputer. Le voilà donc capable d’imaginer, c’est-à-dire de se créer un monde intérieur et non plus simplement observer ce qui se passe autour de lui. Il a intériorisé les objets, les personnes, les actions sous la forme d’images mentales et de mots. Le voilà entré dans le monde de la pensée. Au départ, sa pensée est une « pensée magique ».
L’enfant ne distingue pas clairement ses images intérieures de la réalité. Ces jouets sont de vraies personnes, la lune qui est dans le ciel est aussi un être vivant : elle peut avancer et le suivre, ou se cacher. Il croit à l’existence du méchant loup dont on lui parle dans les histoires. Aussi, qu’il existe un Père Noël vivant dans le ciel, voyageant sur un traîneau tiré par des rennes et distribuant des cadeaux aux enfants, pourquoi pas ?
Par la suite, l’enfant va progressivement découvrir les lois qui régissent le monde réel : la distinction entre vivant et non vivant, les quantités, les nombres, les relations de causalité. Il va apprendre à calculer, puis atteindre à l’adolescence le dernier stade de l’intelligence, celui des «opérations formelles », autrement dit concevoir un raisonnement abstrait. Notons que l’idée d’une « pensée magique » chez l’enfant est fortement imprégnée des idées évolutionnistes de l’époque ; la pensée de l’enfant est assimilée à celle des « primitifs » : chez l’individu, comme chez les peuples premiers, la pensée serait marquée par l’animisme, le raisonnement analogique (plutôt que logique) et l’esprit magique.
Jean Piaget est mort en 1980. À l’époque, son modèle règne en maître sur la psychologie de l’intelligence, c’est alors que des critiques commencent à se faire jour. Une nouvelle génération de psychologues a mis au point des expériences qui remettent en cause ses vues. Les nourrissons, par exemple, possèdent des compétences qui vont bien au-delà de la pensée sensori-motrice présupposée par J. Piaget. Très tôt, le bébé a compris la différence entre les choses et les personnes, il a compris certaines lois physiques, et suppose, par exemple, que tel objet hors de sa vue existe encore derrière un cache.
Pourquoi les enfants croient au Père Noël
Dans les années 1940, J. Piaget et son équipe avaient étudié la représentation du monde de l’enfant en interrogeant des petits de 4 à 10 ans sur leur conception des plantes, des animaux, du soleil et des étoiles. Au terme de son étude, le psychologue en avait déduit que la pensée de l’enfant est spontanément animiste. Les petits croient que tout ce qui bouge – comme les nuages – est vivant. À des questions comme « pourquoi il y a la nuit ? », ils donnent des réponses égocentriques : « C’est pour dormir. » Face à un tel anthropomorphisme, on comprend qu’ils puissent croire à la magie de contes où le soleil sourit, la lune est triste et les animaux parlent et vivent comme des humains.
Dès les années 1980, des chercheurs ont repris les expériences de J. Piaget en modifiant le protocole. Si on demande à des enfants de 3 et 4 ans si la lune ou une poupée est « vivante », ils répondent par l’affirmative, car le mot « vivant » n’est pas très clair pour eux. Par contre, en demandant si un objet ou une poupée peuvent se déplacer tout seuls, ils répondent correctement. Les enfants font donc très tôt la distinction entre les caractéristiques des objets inanimés, des plantes, des animaux ou des humains. De même, si un enfant de 3 ans ne s’étonne pas de rencontrer un chien qui parle dans un dessin animé, il sait faire la distinction entre un être réel et un être fictif. Au début des années 2000, des chercheurs ont montré que les enfants de 3 à 6 ans comprennent très bien que les personnages rencontrés dans les livres sont des personnages fictifs dotés de pouvoirs hors du commun qu’on ne rencontre pas dans la vie réelle. Les enfants sont même assez tôt capables de compartimenter les « mondes fictionnels » entre eux, et savent que Batman ne peut pas surgir tout à coup pour rencontrer Bob l’éponge(3).
À la lumière de ces recherches, la naïveté apparente des enfants quant à la croyance au Père Noël doit être reconsidérée. Certes, avant 5 ans, la plupart des enfants semblent crédules : ils admettent volontiers l’existence d’un vieux monsieur à barbe blanche qui se déplace dans le ciel sur un traîneau tiré par des rennes volants. Mais le fait de croire qu’un traîneau puisse voler ne signifie pas que les enfants pensent qu’il s’agit là d’une chose banale. Un enfant de 3 ans sait bien qu’un cheval ou une voiture, et donc un traîneau ou des rennes, ne volent pas. En revanche, il est prêt à admettre que cela puisse exister « quelque part » dans un autre monde. Le Père Noël est l’équivalent des miracles de Jésus (pour les chrétiens), de la croyance aux fantômes ou aux extraterrestres doués de pouvoirs paranormaux. Croire au Père Noël n’empêche pas de discerner ce qui relève du monde ordinaire et de ses lois, de ce qui peut exister dans des mondes parallèles : des êtres extraordinaires dotés de pouvoirs exceptionnels.
Nouvelles pistes de recherche
Depuis les années 2000, des recherches sur l’imagination de l’enfant ont renouvelé le sujet en profondeur. En 2007, paraissait en France le livre de Paul Harris, L’Imagination chez l’enfant(4). Pour ce chercheur, professeur à Oxford puis Harvard, l’enfant qui imagine n’est pas en train de fuir le réel, pour calmer ses angoisses et satisfaire son ego. Il n’est qu’en apparence déconnecté du monde réel : en fait, l’imagination est pour lui une façon d’explorer le monde, de vivre des épreuves et apprendre à les affronter. Si le monde fantastique de l’enfance est peuplé de superhéros, de monstres, de fées et de gentils animaux qui parlent, cela n’implique pas une déconnexion du monde ordinaire. À travers des récits fictifs, l’enfant simule des épreuves de vie (affronter un ennemi, se perdre puis se retrouver, créer des liens d’amitié, etc.). L’observation montre en fait qu’une part notable des jeux d’enfants est parfaitement réaliste : jouer à la poupée, à la dînette, mimer la conduite d’un camion, construire une cabane, tout cela n’a rien de particulièrement fantaisiste. Les dessins d’enfants, également, sont la plupart du temps réalistes (une maison, un paysage, une famille, des animaux).
Cette approche cognitive de l’imagination, qui en fait un outil d’apprentissage et d’expérimentation, est partagée par Marjorie Taylor qui dirige, à l’université de l’Oregon (États-Unis), un « laboratoire de l’imagination » (imaginary lab). M. Taylor s’est fait connaître par ses études sur les compagnons imaginaires(5). Elle a montré que le phénomène est très banal (plus de 65 % des enfants imaginent, à un moment où à un autre, être en compagnie d’un être invisible) ; la proportion monte à trois enfants sur quatre, si on prend en compte les animaux fictifs. (voir encadré : « À quoi servent les amis imaginaires » page 42). M. Taylor a également dirigé en 2013 un ouvrage de référence, The Oxford handbook of the development of imagination, qui fait le bilan des recherches menées sur l’imagination de l’enfant. Les études se sont multipliées récemment : elles portent sur le voyage mental (le souvenir et l’anticipation), l’évolution de l’imagination selon les âges, les jeux de rôles ou encore la comparaison entre enfants de cultures différentes.
De ces travaux, M. Taylor en tire des conclusions nouvelles. Tout d’abord, son approche de l’imagination couvre un champ plus large que son approche habituelle. Imaginer, ce n’est pas simplement vivre dans un monde fantastique et irréel. L’enfant qui se projette dans le temps (en pensant à la rentrée scolaire ou à sa prochaine visite chez le médecin) fait aussi un acte d’imagination. Anticiper et se souvenir, c’est aussi imaginer. Tout comme réfléchir à ce qu’il y a derrière le ciel ou comment l’univers s’est formé.
D’où cette seconde idée clé, défendue par M. Taylor : si les enfants vivent souvent dans leur «bulle», et se transportent en pensée dans des mondes fictifs, il n’est pas sûr que les choses soient très différentes de l’imagination de l’adulte. En grandissant, l’imagination humaine se déporte vers des préoccupations plus concrètes, liées au travail, à la gestion de la vie quotidienne ou la réalisation de projets. Mais les adultes aussi se racontent des histoires : ils fantasment, construisent des châteaux en Espagne, s’imaginent des jours meilleurs, combattent des méchants en pensées. Le soir venu, quand ils ont couché les petits et leur ont raconté une belle histoire, ils allument eux aussi leur écran ou bien ouvrent un roman pour se plonger dans leurs propres histoires : des histoires de grands. •
(1) Anecdote rapportée par Alison Gopnik dans Le Bébé philosophe, éditions Le Pommier, 2010.
(2) Voir Jean-François Dortier, « Comment Freud a inventé la psychanalyse », Sciences Humaines n°13, 2001.
(3) Deena Skolnick Weisberg et Paul Bloom, « Young children separate multiple pretend worlds », Developmental Science, vol. XII, n° 2/2009.
(4) The Work of Imagination, traduit en français en 2007 sous le titre L’Imagination chez l’enfant, Retz.
(5) Imaginary Companions and the Children Who Create Them, Oxford University Press, 2001.
À quoi servent les amis imaginaires ?
Ils s’appellent Richy et Rosalia. « Ils », ce sont les amis de Maïa, quatre ans. Elle leur parle, joue avec eux, les amène au square, les félicite, les punit, commente leurs bêtises et leurs exploits auprès de ses parents. Inutile de s’en inquiéter, comme l’ont fait jadis quelques générations de psychologues. On sait aujourd’hui que les deux tiers des enfants (au moins !) de moins de 7 ans ont eu un ou plusieurs compagnons imaginaires. Certains sont humains (57 %), d’autres animaux. Parfois, ce sont des familles entières que l’enfant s’invente.
C’est souvent entre 3 et 5 ans qu’apparaissent ces drôles d’amis, qui se voient généralement abandonnés vers 7-8 ans tels des jouets trop usés. Plusieurs hypothèses tentent d’expliquer ce phénomène. La première consiste à dire que c’est un âge où la frontière entre le réel et l’imaginaire est encore assez floue. L’enfant passe très facilement de l’un à l’autre, voire confond les deux. Des enquêtes récentes, menées notamment par Louis P. Harris, ont plutôt tendance à invalider cette hypothèse : l’enfant sait parfaitement que son ami n’a d’existence que dans son imagination. Ce que dit Maïa à sa façon quand on lui pose la question : « Richard existe, mais il est imaginaire ! ».
Seconde hypothèse, c’est une période où l’on demande à l’enfant d’intérioriser de nombreuses règles : propreté, hygiène, politesse, etc. Le compagnon imaginaire servirait de personnage miroir sur lequel expérimenter ces apprentissages, mais aussi projeter la possibilité d’échouer ou de transgresser… La psychologue Brune de Bérail, auteure d’une thèse sur le sujet, y voit aussi un « doudou virtuel », rassurant dans les périodes angoissantes. Marjorie Taylor y voit tout simplement le signe d’un esprit effervescent, en plein développement. L’ami imaginaire aide à acquérir quelques compétences fondamentales pour l’être humain : discuter, argumenter, compatir, faire des choix, communiquer avec autrui. Seul cas préoccupant, et qui peut amener les parents à consulter un spécialiste : l’enfant se sent menacé ou tyrannisé par le monstre qu’il a engendré. Notons enfin que ces compagnons imaginaires ne sont pas l’apanage des enfants. Nombre d’adultes nouent aussi des relations secrètes avec des compagnons imaginaires : voir les relations entre fans et idoles, des croyants avec leur dieu ou même des lecteurs de romans avec leurs personnages de prédilections. Marie Bach



