La vie et la mort (Edgar Morin)

Jusqu’à mon centième anniversaire, aux questions qu’on me posait sur ma propre mort, je répondais en invoquant les forces de vie qui refoulaient puissamment en moi l’angoisse de mort. Certes, par moments m’arrivait de façon fulgurante l’invasion du néant. Souvent le soir avant de m’endormir je me demandais : « Est-ce que je me réveillerai demain matin ?» Question du reste plus intrigante qu’angoissante.

Et puis je me souviens qu’au début 2021, quand je fus aux portes de la mort lors d’une hémorragie intestinale ininterrompue, suivie d’une septicémie (jugulée in extremis), j’ai vécu un état intermédiaire entre l’hébétude et la placidité, mais sans angoisse.

Quand les cent ans sont arrivés, j’ai été surtout désarçonné par le passage des dizaines à la centaine pour calculer mon âge. Depuis mes 10 ans, je ressens, comme beaucoup, que le changement de décennie constitue une étape symbolique de sa vie. Mais, de l’adolescence à la vieillesse nonagénaire, je restais dans les limites d’un âge à deux chiffres.

Le surgissement d’un âge nouveau, celui de la centaine, avec son double zéro fut d’abord vécu, avec les cérémonies de mon anniversaire, comme une fête. Cela a masqué le fait que j’entrais dans un espace-temps mathématiquement nouveau et humainement très peu fréquenté.

Puis j’ai ressenti cette angoisse plus fréquente : la mort se rapprochait, non pas face à moi, mais cachée, derrière mon dos ; invisible mais toujours présente et plus voisine.

« J’y pense et puis j’oublie » comme dit la chanson de Jacques Lanzmann. Mais quand j’y pense, je ne peux vraiment y penser : ma propre mort est un trou noir qui envahit temporairement mon esprit.

Par ailleurs mon esprit est peuplé d’amis disparus. Tout souvenir, non seulement me remet à l’esprit des moments passés, mais rend une vie fantôme à tous ceux qui ont vécu, même brièvement, avec moi. Les êtres les plus chers, dans l’amitié ou l’amour, sont ainsi présents dans l’absence, tout en étant absents dans leur présence. D’où une mélancolie qui me vient de plus en plus souvent.

Je ne souffre pas du pire de la vieillesse : la solitude. J’ai une compagne et je vis en amour avec elle. La tendresse fait oublier la mort. Ses irritations subites, mes nervosités séniles n’ont qu’un temps. Je suis en cela un privilégié. Sur le tard, j’ai aussi retrouvé mes filles et leurs enfants, avec le sentiment heureux d’avoir « ma » famille ; ce qui m’a apporté une paix de l’âme. 

L’homme et la mort

La mort a toujours suscité, au-delà de sa certitude biologique, des méditations sur la vanité de l’existence. C’est aussi un thème poétique : « Ô mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre ! » (Baudelaire) Ou encore : « Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages/ Dans la nuit éternelle emportés dans retour/ Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges/ Jeter l’ancre un seul jour ?» (Lamartine)

« Ni le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face », a écrit La Rochefoucauld. Pour ma part, j’ai écrit à l’âge de 28 ans L’Homme et la mort (1951), non pour regarder « la mort en face » mais pour essayer de comprendre le regard humain sur la mort : comprendre les attitudes, les sentiments, les croyances et les conceptions humaines de la mort à travers l’histoire et les civilisations.

Pourquoi ai-je écrit ce livre ? Je n’étais pas préoccupé par ma propre mort. Mais elle était toujours présente en moi depuis la mort de ma mère qui m’avait laissé orphelin à 10 ans ; j’étais son fils unique et elle était l’unique objet de mon amour. Puis, durant la guerre, il y eut la mort de proches : des résistants comme moi (mon ami Claude Dreyfus, mon adjoint, l’allemand antinazi Jean Krazatz), des parents déportés (mon oncle Jo, mon oncle Benjamin) ainsi que la mort par millions de soldats et de civils.

Je fis alors deux importantes découvertes.

La première est que, dès la Préhistoire, Homo sapiens (comme Homo neanderthalensis) avait conscience que la mort était la décomposition irrémédiable des chairs, mais avait surmonté cette conscience avec la croyance en une vie au-delà de la mort. Cette vie pouvait prendre soit la forme fantomatique d’esprits des ancêtres qu’il fallait craindre ou honorer, soit la renaissance en un être humain ou animal. Les religions de salut, qui proliférèrent dans l’Empire romain, apportèrent même une promesse de résurrection charnelle. Et l’apôtre Paul pouvait s’exclamer en défi : « Ô mort où est ta victoire ? »

Après la Renaissance apparut en Europe un scepticisme secret ou discret sur l’immortalité de l’âme et sur la croyance en un Dieu créateur, scepticisme qui devient clairement agnostique et antireligieux en France chez les philosophes du 18e siècle. Toutefois Dieu et l’immortalité du salut résistèrent puissamment. Il est remarquable que les États-Unis soient à la fois la société la plus matérialiste et l’une des plus religieuses, que la Russie, qui fut pendant 70 ans idéologiquement matérialiste et prohiba la religion, soit redevenue après la chute du régime aussi religieuse qu’avant la révolution. Aujourd’hui nous voyons les pays arabes, qui ont connu des grands courants démocratiques, socialistes et communistes au cours du 20e siècle, devenir des sociétés de piété, tandis que se déchaîne une minorité de fanatiques tueurs. L’effondrement de la religion de salut terrestre que fut le communisme a suscité le retour en de très nombreux pays des anciennes religions de salut céleste.

La seconde découverte est qu’Homo sapiens, s’il a horreur de la mort, est capable de risquer sa vie pour une cause supérieure : la famille ou la patrie.

Dans ce livre, mû sans doute par l’horreur de la mort, j’avais envisagé, en conclusion, la prolongation progressive de la vie humaine[1]. Ce n’était pas l’immortalité – l’être humain resterait soumis aux accidents mortels, mais la science permettrait de retarder indéfiniment la mort.

Mais le chimiste et biologiste Leslie Orgel m’avait convaincu, lors d’un séjour à l’institut de biologie Salk à San Diego (Californie) que la mort survenait inévitablement, suite des aléas quantiques incessants qui affectent les échanges moléculaires au sein des cellules ; puis j’ai découvert le mécanisme de l’apoptose – cette programmation de mort cellulaire, comparable à la chute des feuilles à l’automne. Je rédigeais donc une préface autocritique où j’abandonnais le rêve de victoire scientifique de vaincre la mort.

Plus tard encore, le biologiste Jean Claude Ameisen me déclara que ma première conclusion de 1951 était pertinente. On pouvait envisager, dans un futur assez proche, une prolongation de la vie : par utilisation des cellules souches dormantes dans notre organisme, par l’action sur les télomères de nos ADN, enfin par des prothèses artificielles de cœur, reins, foie et autres organes. Je fis donc une nouvelle conclusion dans ce sens.

Mais je continue à repousser comme inconcevable l’idée d’immortalité terrestre reprise par certains hérauts du transhumanisme. Non seulement nous ne pouvons éviter des accidents mortels, mais nous ne pouvons ni ne devons éliminer virus et bactéries et leurs stratégies mutationnelles.

Vingt ans après ce livre, j’ai appris que l’on pouvait considérer la mort d’un point de vue physique : la matière et l’univers connaissent aussi la dégradation et la mort. Dix ans plus tard j’ai pu la considérer d’un point de vue pleinement biologique. Au cours de mon évolution intellectuelle qui me conduisit à écrire La Méthode, je découvris l’importance universelle du second principe de la thermodynamique, lequel enseigne que tout ce qui est organisé tend tôt ou tard vers la désorganisation et que tous ses éléments se dissocieront et se disperseront. Tout meurt, y compris les étoiles qui nous semblaient auparavant éternelles. Tout se décomposera, même les molécules et les atomes.

La mort n’est pas seulement une réalité biologique. C’est une réalité cosmique permanente avec la mort des étoiles. Ce sera la réalité finale de l’Univers : à moins que celui-ci, qui sait, ne renaisse en phénix, et que de sa propre mort naisse un nouvel Univers.

Dès lors, il est prévisible que ni notre Soleil, ni notre Lune familière, ni notre Terre, ni la vie qui s’y est développée, ni le genre humain n’échapperont à la mort.

Tel est l’acquis inexorable de Clausius et Hubble : la mortalité de l’Univers.

Reste pourtant cette question : pourquoi et comment il y a de l’organisation dans notre univers ? Tel est le problème que j’ai traité dans le premier volume de La Méthode, La Nature de la nature. Il débouchait sur cette seconde interrogation : pourquoi la vie ?

L’émergence de la vie

L’apparition de la vie a d’abord semblé une sorte de miracle, dû à des circonstances extraordinaires et uniques propre à notre planète. Un tourbillon de molécules se seraient associées et combinées pour former un être nucléo-protéiné, disposant d’une relative autonomie auto-organisatrice, mais dont l’activité interne (communications ADN-ARN-protéines) et externe (mouvements et déplacements) consomme de l’énergie et a donc besoin de s’alimenter en énergies extérieures. Toute autonomie vivante est dépendante de son environnement.

On peut se demander aujourd’hui si les conditions d’émergence de la vie n’ont pu se retrouver sur certaines des innombrables planètes de l’univers. Quoi qu’il en soit, il faut remarquer l’étonnante faculté cognitive-organisatrice qui apparaît, à l’aube de la vie, dans l’être unicellulaire primitif. Cette faculté de s’autoreproduire, par scission puis duplication de son ADN pour former deux êtres jumeaux est une invention proprement géniale. Cette lutte contre la mort par l’autoreproduction est une qualité première et fondamentale inhérente à l’auto-éco-organisation vivante. Alors que pour nous la cognition suppose un cerveau, (support de toutes les activité cognitives), les bactéries et les végétaux ont intégré la cognition dans leur organisation.

La reproduction du vivant a pris un nouveau tournant avec l’invention de la sexualité, c’est-à-dire la différenciation mâle-femelle et leur complémentarité nécessaire pour féconder un nouvel être. Dès lors, un lien nouveau s’est créé entre l’individu et l’espèce.

L’individu, tout en étant inséré dans l’espèce, s’est trouvé insérant en une unité qui la dépasse. L’espèce est présente en lui (dans son ADN) tout en se trouvant disjoint d’elle face au défi de la mort. L’individu est mortel à court terme alors que l’espèce continue de produire indéfiniment des individus.

Alors nous voici devant deux paradoxes : l’individu est tout et rien. Il est tout pour lui car l’espèce l’a doté de subjectivité, c’est-à-dire d’égocentrisme ; il est son propre trésor, mais ce trésor est promis au néant. L’espèce est tout et rien. Elle est le tout qui englobe à l’infini les individus, mais elle n’a aucune existence concrète ; elle donne en permanence la vie mais n’a pas de vie. Les individus meurent de la dégradation de leur machine vivante. L’espèce continue à travers la mort de ses individus, jusqu’à l’extinction du dernier où elle disparaîtra.

Ce qu’il y a d’épouvantable pour l’individu, c’est d’être voué à lutter sans interruption contre la mort par la respiration, les battements du cœur, la circulation du sang dans l’organisme, la nécessité de boire et de se nourrir, tout en étant certain que sa mort sera l’issue fatale ce combat. Le mythe de Sisyphe en est la métaphore.

Faut-il aimer ce destin par amour pour la vie éphémère qui nous est donnée ? Amor fati ? Se résigner à l’inévitable ? Resignazio ? Oublier ? Se divertir ?

Finalement chacun est contraint de donner un sens à une vie qui n’a pas de sens en elle-même, c’est-à-dire sans signification ni finalité accessible à l’esprit humain. Le sens que je donne à ma vie est la participation à son aventure : vivre poétiquement (c’est à dire dans l’émotion des communions, dans l’émotion esthétique, m’émerveiller des beautés de la vie) tout en me révoltant contre ses cruautés ; le sens que je donne à ma vie est de poursuivre l’aventure de la connaissance qui conduit aux portes de l’inconnaissable et du Mystère. Il est aussi de vivre sa vie comme un Mystère, y compris dans le sens médiéval de « représentation quasi sacrée ». Il est de ressentir la poésie du Mystère.

Nous sommes possédés par cette puissance organisatrice et intelligente qu’on nomme l’espèce, et qui se trouve « engrammée » dans une double hélice physico-chimique d’acide désoxyribonucléique, et dont l’intelligence organisatrice ne peut s’animer qu’à l’intérieur d’une cellule et d’un organisme. Elle nous permet d’exister comme êtres auto-éco-organisateurs relativement autonomes : nous la possédons en même temps qu’elle nous possède.

Nos actes, nos paroles, nos pensées qui dépendent de nous dépendent également d’elle. L’espèce et, par elle, notre organisme pensent à la mort pour nous. Ils la combattent à tout instant sans que nous en ayons conscience. Elle nous donne l’élan vital qui en lui-même refoule la mort et son angoisse.

Le dilemme du divertissement

D’où le problème du « divertissement pascalien » que Pascal a résumé en deux formules saisissantes : « Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser » et « La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement et c’est pourtant la plus grande de nos misères. »

Pascal est le penseur français le plus sensible aux ambiguïtés et aux contradictions humaines ; il n’a pour autant pas été sensible à l’ambiguïté du divertissement.

Le divertissement distrait effectivement notre esprit en occultant la mort. Le janséniste qu’est Pascal est obsédé par le salut, qui s’obtient par l’austérité de la vie ; il nous pousse à refuser le divertissement. Mais Pascal ne voit pas ce qu’Henri Bergson a vu deux siècles plus tard : la vie est aussi mue par un « élan vital ». Tout ce qui relève de l’élan vital – amour recherche du plaisir, jeu, activité – peut être conçu comme divertissement.

Ce qu’on appelle les divertissements – aller au théâtre, au cinéma, au match de football – nourrit aussi l’esprit d’imaginaires : est-ce seulement du divertissement ? L’émotion esthétique n’est-elle que divertissement ? Ne s’agit-il pas aussi de multiples expressions d’un vouloir vivre : vivre pleinement, intensément, poétiquement ? Ce sont là des aspirations profondes de nos vies.

En travaillant sans cesse, inconsciemment et consciemment à vivre, ne cherchons-nous pas les saveurs et bonheurs que l’on ne peut ressentir et goûter qu’en vivant ?

La mort est fin de la vie, mais la finalité de la vie n’est autre que la vie elle-même. Exister, c’est vivre pour vivre. Et vivre est bien plus que survivre ; vivre, c’est jouir de ce que nous pouvons ou voulons jouir. L’extrême jouissance du coït représente la rencontre fusionnelle temporaire où Éros et Cosmos se confondent.

Notre conscience nous demande de ne pas oublier la mort. Notre raison nous demande de nous résigner à la mort. Mais notre vouloir vivre nous demande de l’oublier. Nous devons ainsi vivre dans cette ambiguïté : l’oublier sans l’oublier.

Notre subjectivité est donc tiraillée entre ses deux polarités : d’une part l’égocentrisme du moi-je qui ne peut que ressentir l’horreur de la mort et d’autre part la participation à un nous supérieur. Cette participation nous conduit à nous sacrifier pour quelque chose qui nous dépasse : nous faire risquer la mort par amour pour les nôtres (parents, conjoints, enfants) ou par dévouement à sa communauté. Toute communion, toute communauté augmente la « force d’exister », « la puissance d’agir » (Spinoza) et refoule l’angoisse de la mort.

Une subtile et intime relation unit la vie et la mort chez les êtres polycellulaires que sont les végétaux et animaux. Le renouvellement permanent des cellules de notre corps exige qu’elles se régénèrent en permanence en détruisant leurs cellules anciennes pour les remplacer par des nouvelles. Ainsi, ce qui se passe dans nos corps est une hécatombe permanente, une hécatombe qui permet une régénération d’ensemble. La vie est capable d’utiliser la mort contre la mort.

« À la fin il n’y a qu’un seul vainqueur : la mort » a dit un jour Staline à de Gaulle. S’il est vrai que la mort semble être le vainqueur final de l’aventure de la vie et de l’Univers, nul ne sait pourtant si un autre Univers ne naîtra pas dans un nouveau commencement. Comme nous ne pouvons, en l’état actuel nos connaissances et de notre ignorance, ni le prévoir ni le penser, en attendant : pensons donc à mieux vivre.

Vie : le mot le plus évident et le plus mystérieux, le plus plat et le plus profond qui nomme ce dont nous sommes à la fois les jouets et les acteurs, et que nous n’arrivons pas à comprendre ni concevoir.

Edgar Morin

[1] Notamment à la suite des lectures de Élie Metchnikoff, médecin russe découvreur de l’immunologie, et de Sergueï Metalnikov, biologiste, auteur de La lutte contre la mort (1937).

9 réactions sur “La vie et la mort (Edgar Morin)

  1. Merci, je retiendrai la solitude qui est la pire souffrance de vie … L espoir cette petite flamme qui éclaire notre vie, et le sens de la vie : la vie elle même.
    Les plaisirs que l on offre, que l on s offre sont les divertissements de notre bien être. Être de bien ? N est ce le but ultime, poursuivi ? Être d utilité cela a un sens ( je l espère car cela me guide )
    Ce fut qq minutes de plaisir de vous lire.
    Prenez bien soin de vous , des autres. Bien respectueusement. PhLEV ( l on est heureux de servir )

  2. Merci pour cette belle synthèse d’un siècle de pensée transdisciplinaire sur la mort, par un penseur à l’esprit à la fois pénétrant et érudit (chère apoptose!), empli de la préoccupation non seulement de soi (pour toucher l’universel) mais aussi des autres et de la planète.

  3. Cher Edgar Morin,
    c’est toujours une nouvelle stupéfaction de découvrir vos derniers écrits. Ils reflètent avec une simplicité déroutante les questions les plus profondément complexes qui défient l’homo sapiens. Dans le présent texte, j’ai été tout particulièrement touché par l’évocation de Jean l’Allemand (de son nom Johannes Gerhard Kratzat) et par la fidélité de l’amitié que vous lui portez encore. La recherche des traces qu’il a laissées m’a fait rencontrer un homme exceptionnel, d’une détermination exemplaire, et j’ai lu votre texte avec en moi la pensée de Jean l’Allemand, qui a résisté à la torture quatre mois durant, avant d’être fusillé, sans avoir parlé, en s’accrochant à la pensée des vivants que son silence sauvait, en plaçant l’idée qu’il se faisait de la solidarité humaine au dessus des tourments qu’il endurait.
    Cher Edgar Morin, merci pour lui.

  4. Edgar,

    Je vous connais tellement que j’ai envie de vous tutoyer mais je n’oserai pas bien entendu.
    Votre pensée a participé à la construction de la mienne, toute en interrogations, en recherche, en artisanat pour bâtir pierre après pierre, un tout.
    Et aujourd’hui, je ne peux penser sans parler de complexité et d’enchevêtrement de différents niveaux du vivant et de l’analyse. La question de l’ordre et du désordre est toujours pertinente pour moi, que ce soit dans la réflexion ou dans l’organisation d’un évènement.
    Mon directeur de thèse à Grenoble, à qui je rends hommage, Alain Pessin, m’a ouvert la porte vers vous et votre travail. J’ai depuis cheminé, me suis trompée aussi mais vous restez, sans ambigüité, un de mes (très peu nombreux) guides à penser et à éprouver.
    Merci pour votre texte.
    Agnès

  5. Le thème de la mort est rarement abordé avec autant de lucidité que dans ce texte.
    Quand on est confronté à une situation où la mort peut se produire -accident, attentat, bombardement, etc.- et que l’on en réchappe, la mort ne devient-elle pas un compagnon familier qui nous incite à vivre ? Libéré alors de l’angoisse de mourir, chaque jour est un nouveau jour pour de nouvelles aventures avec ses joies à apprécier et ses peines à surmonter : tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie !

  6. Grand merci de ce partage de votre vie Monsieur.
    Merci d’être Edgar Morin, de contribuer au désir de  » vivre pleinement, intensément, poétiquement » en se sachant mortel…

  7. Grâce à ce texte, extrait d’une pensée philosophique de portée considérable, j’ose mieux comprendre qui nous sommes, vers quoi nous tendons et, mutatis mutandis, ce que nous serons dans la postérité, fût-elle la nôtre, celle de l’humanité, ou, plus prosaïquement, « la nôtre » : la vôtre, la tienne, la mienne…

  8. Cher Edgar Morin,
    Vous savez, ou ne savez pas, que votre « personne », tel qu’exprimé au cours de votre vie, décrite par tant de gens, par vos écrits, par vos interviews et conférences, ont « fertilisé » ma vie.
    Vous avez donné un sens à votre vie, vous m’avez accompagné à donner du sens à la mienne
    J’ai partagé votre dernier article avec un frère:
    Voici comment il a facétieusement transformé votre paragraphe concernant « la subjectivité tiraillée » (4ième à partir de la fin) pour refléter l’état d’esprit que le partageais avec lui avant-hier, lors d’une promenade fraternelle:
    « Notre subjectivité est donc tiraillée entre ses deux polarités : d’une part l’égocentrisme du moi-je et d’autre part la participation à un nous supérieur. Cette participation peut nous conduire à nous sacrifier pour quelque chose qui nous dépasse : nous faire mettre entre parenthèses le moi-je par amour pour les nôtres (parents, conjoints, enfants) ou par dévouement à sa communauté. Mais toute communion, toute communauté augmente la « force d’exister », « la puissance d’agir » (Spinoza) et refoule la tyrannie du moi-je. »
    Je vous vous remercie pour ce que vous êtes, et vous exprimé toute ma gratitude d’avoir tant contribué au à mon « être » et à celui qui est toujours en devenir.
    Je vous souhaite que 2022 vous apporte l’épanouissement de tous vos rêves
    Charles van der Haegen

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