Si dans les pays occidentaux l’homosexualité est mieux acceptée et tolérée, il ne faut pas oublier que l’homophobie est loin pour autant d’avoir disparu. Il suffit d’ouvrir son navigateur et de taper « homophobie » pour qu’une liste de faits d’actualité plus ou moins sordides n’apparaisse. Par exemple, dans la presse du jour, « une mère de famille menace de mort et tente de faire boire de l’eau de javel à son fils de 12 ans, après avoir découvert ses penchants homosexuels », ou ce titre à la Une d’un quotidien régional : « Agression homophobe dans un bar de Cosne : il fait voler la victime par-dessus le comptoir. »
Les homosexuels ont beaucoup souffert et souffrent encore de leur orientation sexuelle. Faut-il rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, l’homosexualité était considérée comme un crime en Occident ? Sous le régime nazi, des milliers d’homosexuels, considérés comme des « criminels contre la race », furent déportés dans les camps de concentration. Au même moment, le régime soviétique inscrivait l’homosexualité dans son Code pénal. En Grande-Bretagne, l’homosexualité est restée illégale jusqu’en 1967. Aux États-Unis, elle ne fut rayée de la liste des maladies mentales qu’en 1973. Bien longtemps après, elle est restée infamante, et le reste encore dans de nombreux milieux. Aujourd’hui encore, dans sept pays musulmans (Arabie saoudite, Iran, Yémen, Mauritanie, Soudan, Nigeria et Somalie), l’homosexualité est en principe passible de la peine de mort 1.
Au regard des moqueries, insultes, menaces et agressions subies par les homosexuels, on peut se demander pourquoi opter pour une pratique sexuelle aussi « infamante » et dangereuse.
La réponse est tout simplement que l’homosexualité n’est pas un choix. Telle est en tout cas la thèse défendue par Jacques Balthazart, auteur de Biologie de l’homosexualité et de Quand le cerveau devient masculin 2. Pour ce neuroendocrinologue, les choses sont claires : « On naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être. » Précisons que l’homosexualité dont il est question ici relève d’une orientation sexuelle stable et exclusive qui apparaît à l’adolescence, en même temps que le désir sexuel. Cette préférence sexuelle ne concerne donc pas l’homosexualité « par défaut » (celle des prisons, des pensionnats, des monastères liée à l’absence de mixité), ni les « pratiques initiatiques » (la pédérastie présente dans les sociétés anciennes, voir encadré page ci-contre), ni même les expériences temporaires de bisexualité.
Influence hormonale
Jacques Balthazart mobilise plusieurs arguments pour défendre sa théorie des origines biologiques de l’homosexualité. Tout d’abord, l’injection d’hormones sexuelles sur des embryons de rats modifie leur orientation sexuelle à l’âge adulte. Les rats mâles dont le cerveau n’est pas « masculinisé » (c’est-à-dire imbibé de testostérone) ont tendance à préférer d’autres mâles. Par ailleurs, chez les humains, certaines maladies endocrines ont une forte incidence sur l’homosexualité, ce qui suggère l’existence d’un même type de déterminisme.
L’influence hormonale sur l’orientation sexuelle aurait lieu durant la phase fœtale, au moment de la « sexualisation du cerveau », et non après la naissance. C’est pourquoi les injections de stéroïdes sexuels (qui surviennent à l’âge adulte pour le traitement de certaines maladies ou chez les sportifs) ne changent pas leur orientation sexuelle.
Après avoir rassemblé des études en endocrinologie, épidémiologie et génétique convergentes, J. Balthazart en arrive donc à la conclusion que de forts déterminismes biologiques expliquer l’homosexualité, même si la causalité n’est sans doute pas liée à un facteur unique.
Sur le plan scientifique, J. Balthazart n’apporte pas de preuves directes et absolues, mais plutôt un faisceau d’arguments convergents en faveur de sa thèse. Sur le plan moral, sa théorie n’a rien de choquant. La revendication des droits des homosexuels peut se faire au nom du respect des différences, indépendamment de savoir si cette différence relève ou non d’un libre choix. •



