Avec plus de 370 millions de followers sur les réseaux sociaux, MrBeast est le youtubeur le plus connu au monde ! Son business florissant a fait de lui un milliardaire. À 27 ans seulement.
Sa recette pour retenir l’attention ? Il y a dix ans, il s’est fait connaître en se filmant en train de réaliser un défi aussi inutile qu’attractif : compter jusqu’à 100 000 ! Depuis, vidéos et challenges se sont enchaînés : par exemple, regarder de la peinture sécher pendant une heure, ou faire tourner une toupie durant toute une journée (il a échoué). Récemment, on le voit passer une nuit dans la savane africaine entouré de bêtes sauvages (il se trouve quand même dans une cage en métal), ou encore rouler en camion sur une des routes les plus dangereuses du monde (qui sillonne la montagne au bord de falaise). Il soumet aussi des volontaires à des épreuves souvent stupides (rester le plus longtemps possible enfermé dans une pièce blanche entièrement vide, le gagnant touche un pactole). Au fil des années, les vidéos amateurs se sont muées en une imposante organisation digne des grandes émissions de jeux télévisés. C’est ainsi que MrBeast est devenu riche et célèbre.
Sauf qu’il y a un revers à cette médaille. Certes, MrBeast est riche, célèbre, mais il est aussi malheureux. Il vient de le confier dans une interview où il explique que pour mener toutes ses activités de front – l’organisation de ses émissions, la gestion de ses sociétés –, il doit travailler quinze heures par jour, sans une minute de répit. La liberté ? C’est fini. Son temps ne lui appartient plus. Il est devenu l’esclave de la machine qu’il a engendrée. C’est la première rançon du succès.
Par ailleurs, avec le succès sont venues les critiques. Certains défis sont jugés cruels et s’apparentent au scénario du film de Sydney Pollack On achève bien les chevaux (où on voit des couples s’épuiser à danser le plus longtemps possible en espérant gagner la mise). Certaines épreuves poussent les gens dans leurs limites physiques ou psychologiques. D’autres challenges se révèlent très malsains quand il s’agit de choisir entre partager l’argent avec son équipe ou bien la trahir, et empocher seul le gros lot. Tout cela lui vaut des messages d’insultes allant jusqu’à des menaces de mort. Enfin, MrBeast confie qu’il souffre d’une maladie rare : la maladie de Crohn, une affection inflammatoire de l’intestin qui se traduit par des maux de ventre et des phases de fatigue chronique.
De ce type d’histoire, quelle leçon tirer ? Que « L’argent ne fait pas le bonheur » ? Un peu facile, non ? Certes, il est évident qu’il n’y a pas de proportionnalité entre la fortune et le bien-être : un milliardaire n’est pas 1000 fois plus heureux qu’un millionnaire qui n’est pas forcément plus heureux qu’un smicard. Bref, il est clair que les plus riches ne se révèlent pas les plus heureux. Les enquêtes menées sur les lauréats du loto le confirment. Une étude britannique de 2004, conduite auprès de 249 joueurs gagnants du loto, témoigne que seulement la moitié se sont déclarés plus heureux qu’auparavant. L’autre moitié n’ont pas vécu d’amélioration. Enfin, 2 % des gagnants se sentaient plus malheureux qu’avant 1 .
Le mirage de la richesse
Des études, plus anciennes, ont donné des résultats plus surprenants. En 1978, des chercheurs avaient étonné en annonçant, statistiques à l’appui, que les gagnants au loto n’étaient pas plus heureux que les individus normaux, qui eux-mêmes n’étaient guère plus heureux que des paraplégiques ! 2
Le propre de cette enquête fut d’interroger les gens plusieurs années après que le succès ou le malheur se fut abattu sur eux. On observe ainsi que, sur le long terme, le fait de s’enrichir subitement produit dans un premier temps une griserie bien compréhensible (tout comme le lycéen qui bondit d’allégresse quand il vient de réussir le bac). Mais les jours et les semaines passant, la joie s’estompe et le niveau de bonheur revient à la normale.
Le second facteur d’érosion se montre encore plus implacable. La réalité n’épouse jamais nos rêves. Et l’existence des gens riches ne s’avère pas celle qu’on imagine. Le pauvre ne voit que ce qu’il lui manque, l’argent qui coule à flots et la belle vie : luxueuse maison, restaurants trois étoiles, domestiques qui prennent en charge l’intendance. Mais on ne mesure pas les inconvénients : fin des amitiés sincères, gestion d’un patrimoine. MrBeast a perdu sa liberté et sa joie de vivre.
Quelle leçon tirer de l’histoire de MrBeast ? Laissons la conclusion à Georges Bernard Shaw qui disait : « Il y a deux tragédies dans la vie, la première est de ne pas obtenir ce que l’on veut, la seconde est de l’obtenir. » Ou encore cette autre réflexion de l’acteur Spike Milligan, à l’humour très british, qui avait connu le succès et en avait dégagé cette leçon : « L’argent ne fait pas le bonheur, mais il vous procure des formes de misère plus plaisantes. »
Notes
- Jean-François Dortier, « L’argent rend-il heureux ? », L’Humanologue, n° 2, 2024.[↩]
- Philip Brickman, Dan Coates et Ronnie Janoff-Bulman, « Lottery winners and accident victims : is happiness relative ? », Journal of Personality and Social Psychology, vol. XXXVI, n° 8, août 1978.[↩]




Le bonheur est-il l’avoir l’avoir en abondance ? C’est le présupposé de départ. Or le bonheur est ontologique et non matérialiste…