Soit le raisonnement suivant :
1. Les pompiers sont des gens courageux.
2. Parmi les gens courageux, il y a des héros.
3. Donc, il y a des pompiers qui sont des héros.
L’évidence de chaque proposition et de la conclusion tend à nous faire croire que le raisonnement est rigoureux. Or, il est incorrect. Pour s’en rendre compte, prenons un autre exemple, bâti sur la même armature logique :
1. Les violons sont des instruments de musique.
2. Parmi les instruments de musique, il y a des pianos.
3. Donc, il y a des violons qui sont des pianos.
Ici, l’absurdité du raisonnement nous apparaît clairement. Ce qui donne l’apparence de cohérence dans la première démonstration est que toutes les propositions semblent vraies alors que le raisonnement est défaillant.
Les psychologues appellent « biais cognitif » ce genre d’erreurs qui ont la particularité de s’appuyer sur des raisonnements apparemment valables, mais pourtant faux.
Autre exemple : si on demande lequel de ces deux chiffres 111111 ou 56375 a le plus de chance de sortir dans un loto, la plupart de gens vont miser sur le second, tout simplement parce qu’il ressemble à un nombre ordinaire (ce qui n’est pas le cas avec la suite de 1). Pourtant, ce nombre précis est aussi probable ou improbable que la suite de 1. L’étude des biais cognitifs ou émotifs a donné lieu à une branche d’étude « l’économie comportementale » qui a renouvelé la théorie de la décision, notamment en économie (Ce qui a valu à l’un de ses fondateurs Daniel Kahneman le prix Nobel d’économie en 2002.). Cette nouvelle approche des décisions économiques porte un rude coup au modèle économique dominant (dit « économie néo-classique ») qui présuppose que les financiers, les investisseurs et les consommateurs sont des bons calculateurs et raisonneurs.
Or dans la plupart des situations de la vie quotidienne, nous prenons des décisions ou émettons des jugements à partir de raisonnements vraisemblables mais pas forcément corrects.
Un exemple classique de biais émotionnel : les soldes. On pense faire une bonne affaire en achetant quelque chose au-dessous de son prix, alors que dans d’autres circonstances, le produit en question (une veste ou un bibelot) nous aurait paru parfaitement inutile. On appelle cela « acheter le prix ». On va donc justifier l’achat a posteriori au nom de la rationalité (ce serait dommage de passer à côté de l’occasion) alors que c’est le plaisir et l’impulsion qui ont prévalu.
Rationaliser a posteriori une décision pas très rationnelle, c’est une autre façon courante de se leurrer soi-même.•


