Haschisch. Vice et vertu de l’herbe

Personnellement, je n’en ai jamais pris. Ah si, une fois ! J’avais vingt ans et Jean-Yves, un copain de fac, m’avait proposé d’aller « fumer un joint » dans un coin tranquille. « Avale la fumée », m’a conseillé Jean-Yves, de peur que je ne recrache aussitôt la précieuse marchandise. Il savait que je ne fumais pas. J’y suis donc allé franco.Quelques minutes plus tard, les effets n’ont pas tardé à se faire sentir. Mais pas vraiment ceux attendus. La tête a commencé à me tourner, puis sont venus les nausées, et in fine, les vomissements convulsifs. Plié en deux, les mains contre un mur, j’ai frôlé l’évanouissement.L’expérience m’a servi de leçon et vacciné contre toute récidive. Encore aujourd’hui, l’odeur seule suffit à me soulever le cœur.Pour connaître les effets du haschisch, j’en suis donc à imaginer des expériences similaires (et mieux connues de moi) : l’alcool par exemple, son état de douce euphorie et de détachement du réel qu’évoque bien le mot « planer ». Est-ce vraiment dangereux ? Que le haschisch soit une drogue est indiscutable. Il en a toutes les caractéristiques : les effets psychotropes, la puissance addictive et des conséquences nocives sur la santé. Sans parler des dommages collatéraux, tels les accidents de la route. Mais sur le plan des risques, il est infiniment moins grave que l’alcool ou le tabac, qui tuent des dizaines de milliers de personnes en France chaque année. Son interdiction, alors que l’alcool ou le tabac sont légaux, relève plus des normes instituées que de sa véritable dangerosité. Aujourd’hui, plusieurs pays autorisent même son usage thérapeutique ou festif.
Des thérapies aux paradis artificiels Par un curieux détour de l’histoire, le haschisch a d’abord été introduit en France par un médecin : Jacques-Joseph Moreau de Tours (1804-1884). Il avait découvert les effets du haschisch lors de ses voyages en Orient. Le haschisch provoquant des délires comparables aux rêves ou aux hallucinations, il en déduisit qu’il serait une cause de la folie. Plus généralement, c’était une preuve que les maladies mentales ont des causes organiques. Pour prouver ses dires, Moreau de Tours n’a pas hésité à recourir à l’expérimentation personnelle. « L’expérience personnelle est ici le critère de la vérité. Je conteste à quiconque le droit de parler des effets du haschisch, s’il ne parle en son nom propre, et s’il n’a été à même de les apprécier par un usage suffisamment répété » (Du haschisch et de l’aliénation mentale, 1845).

Un de ses collègues, le docteur Félix Roubeau, par ailleurs précurseur de la sexologie, partageait le même souci d’expérimentation. Souhaitant connaître les effets du haschisch sur la sexualité, il a poussé l’exigence scientifique à se rendre chez une prostituée après en avoir consommé. Au moment de passer à l’acte, il rapporte avoir été pris d’un irrépressible fou rire, et s’est révélé incapable de pénétrer la demoiselle, démontrant ainsi que la consommation de haschisch induit une impuissance passagère.

Haschisch, hasch, cannabis, marijuana, herbe, CBD : quelles différences ?

Le cannabis est du « chanvre indien »
Le haschisch (ou hasch) est une résine séchée et comprimée de fleurs de cannabis. Elle a la consistance d’une pâte molle, sa couleur varie du brun au noir.
• La marijuana (ou herbe) est composée de feuilles et de fleurs de cannabis séchées. Elle est fumée, mélangée ou non à du tabac.
• Le cannabidiol (ou CBD) est extrait du chanvre (comme le cannabis), mais n’entraîne ni d’effets stupéfiants ni dépendance physique. Ses effets sont relaxants et anxiolytiques. Le CBD est en vente libre et présenté sous forme d’huile, de cosmétique, de graines ou pilules.
• Le mot haschisch vient d’un mot arabe qui veut dire « herbe ».
• Le joint n’est autre qu’une cigarette de cannabis confectionné à la main. 

Moreau de Tours ne s’est pas contenté de faire connaître le haschisch à ses amis médecins. En 1845, il a fondé un club qui réunissait également artistes et écrivains, dont Théophile Gauthier, auteur d’une nouvelle, Le Club des Hachichins (1846), qui relate la vie du petit groupe. À compter de ce moment, la consommation va se répandre dans les milieux artistiques parisiens. Verlaine, Rimbaud, Baudelaire en sont devenus des consommateurs réguliers (en plus de l’opium, de l’absinthe ou de l’alcool). Faut-il considérer Moreau de Tours comme le premier dealer européen ? C’est défendable.

Après avoir été interdit, puis banalisé et aujourd’hui en voie de légalisation, le haschisch peut être considéré, à l’instar de la plupart des drogues, comme un poison, un remède ou un simple divertissement. « Tout est poison, rien n’est poison, tout est question de mesure », disait Hippocrate. Sauf que la mesure n’est peut-être pas le point fort des humains. •

Dans quels pays le cannabis a-t-il été légalisé ?

• De la dépénalisation à la légalisation. Beaucoup de pays ont dépénalisé l’usage de cannabis, c’est-à-dire renoncé à exercer des sanctions envers les consommateurs. En revanche, à ce jour (automne 2022) seuls deux pays – l’Uruguay (en 2013) et le Canada (2018) – en ont entièrement légalisé la production, la vente et la consommation. Rappelons qu’aux Pays-Bas, la vente et la consommation sont tolérées et contrôlées depuis 1976, sans être vraiment légalisées. Aux États-Unis, la consommation a été légalisée dans seize États (dont l’État de New York depuis 2021).En Espagne, la production de cannabis à des fins de consommation personnelle est autorisée, mais sa vente est interdite. De même, au Luxembourg, la culture de marijuana à domicile est en voie de légalisation et devrait être effective d’ici la fin 2022.
• Usage thérapeutique. L’utilisation du cannabis à des fins médicales est autorisée dans une trentaine de pays (dont 22 pays européens sur 27). Aux États-Unis, l’usage thérapeutique est permis dans 33 États sur 50. 

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