Gengis Khan. L’homme de tous les excès

Gengis Khan est le genre de type avec qui vous n’auriez pas forcément eu envie de passer vos vacances. « Mon plus grand plaisir est de balayer mes ennemis et les poursuivre, prendre leurs biens et voir les larmes dans les yeux de leurs proches, puis monter leurs chevaux et m’entourer de leurs femmes et de leurs filles. » Ces propos, attribués à Gengis Khan, ont peut-être été inventés tardivement par ses biographes, mais ils reflètent bien la brutalité des conquérants mongols(1) .

Pour constituer son immense empire – le plus grand de toute l’histoire – Gengis Khan s’est livré à des massacres en série, coupant un nombre incalculable de têtes. Dans de nombreuses cités, ses troupes se sont livrées à des massacres, pillages, viols et incendies. Assisté de ces généraux, appelés les « chiens féroces », Gengis Khan a fait trembler le monde. Sa technique de conquête relevait de la terreur.

Lorsqu’une une ville était assiégée par les troupes mongoles, ses dirigeants étaient mis devant un choix très simple : soit ils se rendaient sur le champ et les habitants seraient épargnés, soit, s’ils préféraient résister, tout le monde serait massacré : hommes, femmes, enfants, vieillards et la ville réduite en cendres.

Pour demeurer crédible, il fallait bien sûr qu’une telle menace soit mise à exécution. Les têtes des vaincus étaient alors entassées à l’entrée de la ville, et quelques habitants étaient épargnés pour avertir les villes voisines de ce qui surviendrait en cas de résistance. Certains captifs étaient enrôlés de force dans l’armée mongole, pour servir de bouclier humain lors des assauts suivants – sans autre choix que d’avancer (au risque de se faire tuer par les armées adverses) ou refuser, et donc se faire massacrer par les soldats mongols placés derrière eux.

De belles jeunes filles aussi étaient épargnées, pour le plaisir des officiers et Gengis Khan se réservait le meilleur choix. On dit qu’il a eu plus de 500 courtisanes (voir encadré ci-contre).

Les bons côtés du barbare

Quand on connaît un peu mieux le personnage, Gengis Khan a aussi ses bons côtés. Le dirigeant mongol a longtemps été vu uniquement sous l’angle du chef de guerre menant une conquête brutale à la tête d’une horde de cavaliers nomades, prédateurs impitoyables et féroces. Aujourd’hui, les historiens tempèrent le tableau et portent sur l’empire mongol un autre regard.

Certes, Gengis Khan a exécuté sans pitié ceux qui lui résistaient, mais ses exactions relevaient d’une technique de terreur, courante à l’époque, et non de la pure sauvagerie. Les tueries ne relevaient pas d’un déchaînement de violence hystérique, elles avaient un but stratégique : obtenir une capitulation sans combat. Une fois un territoire conquis, Gengis Khan était plutôt libéral à l’égard des populations soumises. Les gens pouvaient conserver leur religion, leurs coutumes et leur chef ; l’essentiel étant de s’acquitter d’un impôt et du service militaire. Le chef mongol pratiquait aussi la méritocratie. La composition de son armée ne correspondait pas à une hiérarchie féodale où les chefs sont les seigneurs les plus fortunés ou les membres de la famille. Gengis Khan choisissait ses hommes uniquement en fonction de leur bravoure. Son administration était assez moderne : après avoir conquis et « pacifié » une grande partie de l’Eurasie, ses descendants voulurent favoriser le commerce et pour cela imposer « la paix mongole ». Il s’agissait de sécuriser les voies de passage des caravaniers qui circulaient le long de la route de la soie : « Une princesse doit pouvoir traverser les déserts une couronne sur la tête sans être importunée. »

Bref, tout n’était pas si mauvais chez Gengis Khan.

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Le plus grand géniteur de l’Histoire ?

Gengis Khan est connu pour avoir construit le plus grand empire de l’histoire. Il l’est aussi comme un des plus grands géniteurs de l’Histoire. Même s’il est resté fidèle à son unique épouse bien-aimée, cela ne l’a pas empêché d’avoir des centaines de concubines, ce qui lui a permis de s’assurer une descendance prospère. En 2006, une étude a évalué que 6 à 8 % de la population d’Eurasie descendaient d’un seul ancêtre ayant vécu au 13e siècle ! Le candidat idéal est bien sûr Gengis Khan, ou l’un de ses fils ou petit-fils. Devenus généraux, ces derniers se sont approprié un nombre considérable de femmes et eurent chacun une descendance considérable.

Cela dit, si les belles jeunes femmes étaient là pour le satisfaire, lui et ses hommes, l’empereur mongol a aussi vécu une histoire très romantique. Alors qu’il était encore un adolescent, Tamejun (son nom avant qu’il ne porte le titre de « Gengis Khan») fut marié à Börte (selon la coutume des mariages arrangés). Quelques années plus tard, chef de guerre tribal parmi d’autres, Gengis Khan n’oublia pas Börte lorsqu’elle fut enlevée par un clan ennemi. Deux ans après son enlèvement, alors qu’il avait reconstitué ses troupes, il partit à sa recherche et retrouva Börte vivante. Mais ses ravisseurs avaient disposé d’elle : elle était enceinte de huit mois. Après s’être vengé contre les ravisseurs, Gengis Khan reprit Börte à ses côtés et adopta l’enfant. 

Notes

  1. 1) Ces propos sont rapportés dans l’Histoire secrète des Mongols (Gallimard, 2014), une chronique royale rédigée en 1227, juste après la mort de Gengis Khan.[]

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