Faute. Qui est responsable ?

Le nombre de chômeurs reste élevé en France : à qui la faute ? Au gouvernement, incapable ? Aux immigrés en surnombre ? Aux machines qui tuent l’emploi ? Aux charges sociales trop élevées ? Aux chômeurs qui sont des assistés ? Au « système » qui est mal fait ? En psychologie sociale, on appelle « attribution causale » le mécanisme de pensée qui consiste à rendre compte d’un fait par telle ou telle cause particulière.

Le psychosociologue allemand Fritz Heider (1896-1988) fut le pionnier des études sur l’attribution causale (The Psychology of Interpersonal Relations, 1958) et s’est intéressé notamment à la façon dont l’homme de la rue perçoit et analyse son environnement. Si on vous a volé votre portefeuille dans le métro, vous allez rendre le délinquant responsable et souhaiter qu’il soit arrêté et puni. Mais si vous apprenez par la suite que le voleur est un enfant que ses parents forcent à voler, votre perception de la cause va changer : ce n’est plus le voleur qui est responsable direct, mais ceux qui l’ont poussé à voler.

F. Heider accordait une grande importance à l’idée suivante. Pour expliquer les actes d’une personne, on a recours en général à deux modes d’explication : l’un traite des causes internes (volonté, désirs, intentions) ; l’autre, des causes externes (l’influence de l’environnement, les contraintes extérieures). Le professeur peut expliquer l’échec d’un élève en faisant appel à une causalité interne (« Il ne travaille pas assez »), ou externe (son milieu familial le dévalorise). Selon F. Heider, ces deux types de causalité évoluent en proportion : lorsque les causes internes sont jugées élevées, les causes externes sont considérées comme faibles, et inversement.

Cette théorie de la double attribution (causes internes et causes externes) a été développée plus tard par Edward E. Jones (Interpersonal Perception, 1990), qui a mené de nombreuses expériences sur le sujet. Ses enquêtes montrent que l’attribution causale d’une action varie selon que l’on est impliqué ou non dans la situation. Par exemple, on justifie moins facilement un délit si un proche en a été la victime. L’attribution causale dépend aussi de nos préjugés ou de l’information dont on dispose pour juger des faits.•

Ce n’est pas moi !

Si vous avez échoué au permis de conduire, vous pouvez l’attribuer à une cause interne (« C’est de ma faute, j’ai commis des erreurs ») ou externe (« L’inspecteur était sévère », « Je n’ai pas eu de chance… »). Cette perception d’être ou non l’auteur, la cause de ce qui nous arrive, voilà ce que l’on appelle le locus de contrôle. Au sens propre, c’est le fait de se sentir comme le centre (ou « lieu ») de contrôle de soi-même. Bref, d’être le seul responsable de ses actes.

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