
Le suicide de Camélia, lycéenne de 17 ans, a ému la France entière et suscité une salve de commentaires sur les méfaits du harcèlement, l’impact des réseaux sociaux et le mal-être adolescent. Quelques jours plus tard, une enfant de 12 ans mettait fin à ses jours dans les Pyrénées-Orientales.
Ces événements dramatiques, qui ont suscité l’émoi et l’indignation, doivent cependant être mis en perspective. Selon une étude de la Drees qui vient de paraître, l’arbre ne doit pas cacher la forêt : la majorité des suicides ne concerne pas les jeunes filles, mais les hommes vieux1.
En France (comme d’ailleurs en Europe et aux États-Unis), le suicide est majoritairement une affaire d’hommes et, surtout, une affaire d’hommes âgés. Les hommes se suicident trois fois plus que les femmes, et le taux augmente avec l’âge. Il atteint ses niveaux les plus élevés chez les plus de 85 ans.
L’étude de la Drees indique aussi que les hommes issus des milieux modestes se suicident deux fois plus que ceux des classes aisées. Les agriculteurs et les ouvriers sont particulièrement concernés. Fait étonnant : chez les femmes, le milieu social n’a presque pas d’incidence sur le taux de suicide.
Chez les hommes, un des facteurs clés prédisposant au suicide est le veuvage récent.
Pourquoi les hommes âgés se suicident-ils ?
Émile Durkheim l’avait déjà montré à la fin du 19ᵉ siècle : l’anomie, c’est-à-dire l’isolement social, est un des facteurs centraux du suicide. Cette analyse semble confirmée par le taux élevé de suicides chez les hommes âgés, souvent isolés et retirés de la vie sociale. Mais une explication strictement sociologique ne précise pas pourquoi les femmes résistent mieux à la solitude.
Globalement, les études mettent en avant plusieurs facteurs. La perte d’indépendance (ne plus conduire, ne plus gérer son foyer ou son corps) est perçue comme une atteinte centrale à l’identité masculine, surtout après 80 ans. Les limitations physiques (chutes, difficultés à s’habiller, à se laver, etc.) et les maladies chroniques renforcent le sentiment que la vie ne correspond plus à leurs standards de dignité et de contrôle.
Avec l’âge, les normes de la masculinité – force, performance, autonomie, virilité – sont sévèrement remises en cause. Le sentiment d’invisibilité sociale, la perte de rôle (chef de famille, professionnel) nourrissent l’idée d’un déclin de valeur personnelle. Le veuvage, la disparition des amis et l’éloignement géographique des enfants créent un isolement social profond.

La fin choisie de Daniel Kahneman
Le suicide du prix Nobel d’économie Daniel Kahneman*, le 27 mars 2024, m’a interpellé et m’a fait réfléchir aux raisons – bonnes ou mauvaises – qui peuvent pousser à mettre fin à ses jours. Certes, le suicide, comme celui de certains agriculteurs, attire l’attention sur le drame humain d’hommes souvent seuls et désemparés face aux difficultés financières, à la perte d’autonomie et à l’érosion de l’estime de soi. Mais il existe aussi des cas où mettre fin à ses jours peut relever d’un choix réfléchi et assumé.
Daniel Kahneman a choisi de recourir au suicide assisté, légalement autorisé en Suisse. Son suicide avait été prévu et planifié de longue date. À 90 ans, il n’était ni en phase terminale ni atteint de démence. Quelques jours avant sa mort, il a envoyé des lettres et des courriels d’adieu à des amis proches, annonçant explicitement qu’il partait en Suisse et que sa vie s’achèverait le 27 mars.
Il a passé ses ultimes jours à Paris, avec sa famille et sa compagne. Il a tenu à revisiter la maison de son enfance à Neuilly-sur-Seine. Dans ses lettres d’adieu, il explique agir conformément à une conviction qu’il nourrissait depuis l’adolescence : les « misères et indignités » des dernières années de la vie lui paraissaient « superflues », et il ne souhaitait pas les subir.
Il précise qu’il ne voulait pas attendre le moment où il deviendrait « évident » que sa vie ne mériterait plus d’être prolongée : il voulait intervenir en amont de cette dégradation. Il indique également qu’il n’était pas dans un état de grande souffrance physique, ni lourdement handicapé, qu’il travaillait encore et jouissait de nombreux aspects de la vie, mais qu’il anticipait un déclin rapide de ses capacités cognitives et physiques.
Sa principale crainte était de devenir dément, après avoir vu sa femme, la psychologue Anne Treisman, traverser une longue phase de déclin cognitif avant sa mort en 2018, et après avoir vu sa mère perdre la mémoire.
Sa décision a peut-être été influencée par ses propres travaux sur la prise de décision et par la « peak-end rule » (règle du pic et de la fin), selon laquelle il vaut mieux « finir en beauté » que subir un déclin irréversible. Il ne souhaitait ni en faire un exemple ni défendre une cause. Des amis rapportent que Daniel Kahneman a fait de son suicide assisté, préparé avec minutie, une affaire strictement personnelle.
La mort peut parfois être un choix de vie.
À lire dans L’Humanologue : Pourquoi les gens se suicident de moins en moins ?
* Daniel Kahneman (1934-2024) est un psychologue et économiste américano-israélien, lauréat du prix Nobel d’économie en 2002 pour ses travaux sur la décision. Il a montré que nos choix sont souvent guidés par des biais cognitifs et des heuristiques plutôt que par une rationalité parfaite. Dans son livre Système 1/système 2. Les deux vitesses de la pensée, il explique que notre cerveau agit selon deux modes de décision : l’un, rapide et intuitif, l’autre, lent et qui fait appel à des raisonnements élaborés.




Bonjour.
Certain.es voient sans voir, entendent sans entendre, ni comprendre (Ch. 13.13 év. s. st. Matt !) OK . Combien sont dans ce cas ? !
Contrairement à la phrase de l’Ancien Testament. Genèse. … . Ch. 9.6 « L’homme a été créé à l’image de Dieu », à celle de Socrate « Je sais que je ne sais rien » », on devrait savoir et-et avoir compris, le message de Dieu/Sciences de 2005 : Notre matériel génétique (Génome) se distingue de celui du chimpanzé d’environ 1 à 4 % !
Ce résultat explique ou légitime la puissance de l’intelligence émotionnelle en relation directe avec ledit cerveau reptilien qui gère l’instinct de survie et-et aux dépens de l’activation du néocortex qui, lui, analyse, déduit logiquement que l’aménagement au mieux de la vie commence à la naissance et se termine jusqu’à la mort dans la sérénité, selon les désirs.
Par ex. à 81 ans, en pleine forme parce que sportif, adepte du yoga, de la respiration alternée, ayant compris le sens de la vie, j’ai l’impression maintenant de perdre mon temps ! Chaque matin, en écoutant la radio, je ne suis plus jamais étonné ! Tout ce qui arrive, n’ est que la conséquence des limites de notre génome !
Pourquoi l’esclavagisme a été possible pendant des millénaires ? ! ! !
Rien ne changera ! Les conditionnements s’incrustent à mort au fond du cerveau !
Einstein avait noté : Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé.
Un Retailleau, De Villiers, une Boutin, etc. impossible de les changer ! Au fond d’ielles, ne légitiment/justifient-ielles pas les Inquisitions ? !
Oui, la mort peut être un choix de vie. Et elle laisse de la place à la vie afin qu’elle se régénère. La mort, c’est la vie.
Mais la vie à tout prix n’a pas de sens. La considérer comme un trésor, quoiqu’il en coûte à celui qui habite un corps devenu prison de douleurs ou en état végétatif fait perdre tout son sens au mot « vivre ».
Vouloir la faire perdurer malgré soi est une atteinte à la dignité et à l’intégrité de ceux qui souhaitent s’en libérer. Notre corps nous appartient, il est notre bien le plus souverain. Nous devons être libre de le quitter si nous le décidons avant de perdre tout pouvoir de décision.
Pour ma part, tout est très clair et réglé d’un point de vue « légal » mais également personnel. Je veux pouvoir choisir quand et où je partirai sans que personne ne me retienne. Ma vie m’appartient. Ma mort tout autant.
Merci ! tout est dit et bien dit
Quand il ne nous reste comme horizons, que des déclins, et bien que dans le déclin nous pourrions encore progresser, le « monde » tel qu’il se présente aujourdhui rend cette opportunité assez improbable à des temps d’avenir proche. D’ici à là, le déclin physique, la maladie, l’oubli, le retour à l’état végétatif et sa stupide agonie, l’épuisement me font dire : « tout ça, pour ça ? »
De plus ce monde ainsi constitué n’étant pas à une connerie près fait que : « les plus belles années des jeunes deviennent hypothéquées par les plus mauvaises des vieux ».
Ma responsabilité me conduit donc à souhaiter me retirer.
Au regard de cet acte courageux, j’attendrais que cette socièté stupide qui m’oblige à disparaitre avant que le corps me lâche naturellement, au minimum me facilite ce départ sans souffrance supplémentaire. Je demande qu’elle mette à ma disposition une sorte « d’interrupteur off », que j’actionnerai quand bon me semblera.
Albert CAMUS : » Il n’y a qu’un problème philosophique vraiement sérieux : c’est le suicide. »