
Chez les animaux, plus on est gros, plus on vit longtemps. La baleine boréale peut dépasser 200 ans : on a retrouvé sur des baleines tuées à la fin du 20ᵉ siècle des pointes de harpon fabriquées un siècle plus tôt. L’éléphant peut approcher 80 ans. Inversement, une souris dépasse rarement 2 ou 3 ans. Quant à la minuscule musaraigne de deux grammes, elle ne vit guère plus d’un an.
Pourquoi ? Dans Pourquoi nous mourons (Odile Jacob, 2026), le biologiste Venki Ramakrishnan, prix Nobel de chimie, apporte une réponse simple : chez les mammifères, tout est lié au maintien de la chaleur du corps. « Les petits mammifères présentent une surface corporelle plus importante par rapport à leur volume, ils perdent donc plus facilement de la chaleur. Pour compenser, ils doivent générer plus de chaleur, ce qui signifie qu’ils doivent manger davantage par rapport à leur poids. » Une souris brûle ainsi, pour chaque gramme de son corps, environ vingt fois plus d’énergie qu’un éléphant.
Ce métabolisme est aussi relié au rythme cardiaque. Le cœur d’une souris bat 500 à 700 fois par minute, celui d’un chat environ 150 fois, celui d’un éléphant une trentaine de fois seulement. En effet, le cœur des petits mammifères bat rapidement car il lui faut distribuer plus d’oxygène dont les cellules. Pour apporter à chaque gramme de tissu plus d’oxygène, un petit cœur n’a donc qu’une solution : battre plus vite.
Les physiologistes ont mis ces relations entre rythme cardiaque, volume corporel et longévité en équation : c’est la « loi de Kleiber ». Quand la masse d’un animal est multipliée par 10 000, son cœur bat dix fois moins vite… et il vit environ dix fois plus longtemps. Plus le cœur bat lentement, plus on vit longtemps, mais au final, le nombre de battements de cœur au cours de leur vie, reste à peu près le même environ 1,5 milliard, quelle que soit l’espèce (de mammifère). Venki Ramakrishnan compare la durée de vie à celle d’une voiture : « On pourrait presque dire que les mammifères sont conçus pour durer un certain nombre de battements cardiaques, un peu comme une voiture standard peut parcourir environ 250 000 km. »
Mais alors, pourquoi les humains vivent-ils presque aussi longtemps que les éléphants, alors qu’ils sont cent fois plus légers ? Avec 70 battements par minute pendant 80 ans, notre cœur bat près de 3 milliards de fois, soit deux fois le « quota » des mammifères. Et notre espérance de vie a presque doublé en un peu plus d’un siècle… C’est ce que nous verrons dans le prochain épisode.



