Edgar n’est pas mort !

Mon cher Edgar,
Tout le monde croit que tu es mort. Mais nous savons, toi et moi, que ce n’est pas — tout à fait — vrai.
Dès ton premier grand livre, L’Homme et la mort (1951), tu avais trente ans à peine, et déjà toute une vie. Tu y expliquais que les humains ne se distinguent pas seulement par la conscience de la mort — celle dont parlait Heidegger — mais par leur capacité à la nier. Par la religion d’abord, qui promet à l’âme une survie. Tu n’y croyais pas vraiment, encore que… Quand Edwige, ta deuxième épouse, est morte, le chagrin t’avait conduit jusqu’à un chamane, pour tenter de renouer le contact. Entre deux sanglots, tu m’avais esquissé un sourire malicieux « qui sait ? ». Les humains nient la mort. Par la médecine, la science, la technique, par tous ces efforts qu’ils déploient pour repousser les limites de leur existence. Tu regardais tout de même avec scepticisme les délires transhumanistes : l’essentiel, disais-tu, n’est pas de fabriquer un homme augmenté, mais un homme meilleur.
Et quand on parlait de tout cela, tu aimais à rappeler que le grand mystère n’est pas la mort — c’est la vie.
Je me souviens aussi du pacte que nous avions noué. Quand tu aurais passé l’arme à gauche — cette nuit —, nous resterions en contact quand même. Je sais que ton fantôme va rôder autour de moi encore longtemps. Trop de tes idées m’ont nourri et sont fondatrices dans l’aventure de Sciences Humaines et de L’Humanologue. C’est une leçon de notre « humanologie » : les humains sont des êtres complexes, qui amalgament un corps vivant et des esprits invisibles — idées, rêves, savoirs — et des personnages fantomatiques qui les habitent toute leur vie durant.
Longtemps ton fantôme va me hanter. Nous allons continuer à discuter, nous disputer, rire et chanter comme nous le faisions ensemble.
À bientôt, Edgar. On reste en contact.

5 commentaires au sujet de “Edgar n’est pas mort !”

  1. Sourires et douceur, les yeux malicieux d’Edgar révèlaient une grande sagesse et une vive philosophie de la Vie : repose en paix ! tes amis devront continuer tes pensées et le feront bien volontiers tant ils héritent aussitôt de ton intelligence du coeur : Emmanuel Macron, devant le dôme doré, n’a jamais aussi bien dessiné ton portrait d' »immortel enfant du siècle »

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  2. Mon épouse n’est plus de ce monde, elle n’est plus avec moi aprés 50 ans ensemble. Elle est partie au mois de Février et maintenant je suis, je sens exactement comme toi, chaque mot, chaque métaphore dans votre texte, me touche profondément…
    J’ai été, je suis, un grand Fan d’Edgar, je crois que son oeuvre m’a petit à petit, « transformé ».
    Je vais continuer à discuter pareillement avec nos mémoires …
    Merci et à la prochaine.

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  3. A l’attention de Mr Dortier,

    Mr Dortier, cher Penseur et Passeur,

    Merci de ce mot, trés touchant et si vrai, plein d’humanisme et de cette délicate attention qui va résonner et faire raisonner nombre de vos lecteurs.

    Vous avez connu et côtoyer le grand homme à l’esprit large – un privilège – ; vous n’en démèritez pas moins par votre esprit de finesse et votre grande culture qui avaient enthousiasmé un parterre de jeunes étudiants en médecine de Lyon lors d’une conférence introductive à leur enseignement de sciences humaines que je présidais à l’époque.

    La pensée complexe est un impératif pour penser et affronter les crises contemporaines et l’humanologue une boussole pour garder le cap et le bon usage du monde qui vient…

    Respectueusement vôtre

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