Les leçons d’histoire d’Edgar Morin

L’histoire, Edgar Morin ne l’a pas apprise que dans les livres. Notre ami a vécu ce que les moins de 100 ans ne peuvent pas connaître : la Seconde Guerre mondiale, par exemple, à laquelle il a participé comme résistant. Il a assisté à l’effondrement d’un monde, et l’a vu renaître de ses cendres. Il a traversé les nombreux soubresauts de l’histoire. Sa réflexion sur celle-ci s’est ainsi nourrie de son expérience et de ses lectures multiples sur les guerres, les révolutions, les civilisations qui naissent et meurent.

Des leçons de l’histoire, Edgar Morin en a retenu seize qu’il nous présente dans son dernier opus (Y a-t-il des leçons de l’histoire ?, Denoël, 2025), en autant de cours chapitres.

La première grande leçon est celle-ci : « Les résultats d’une action peuvent être contraires à son intention première. » Ce principe « d’écologie de l’action » veut que les engagements produisent de multiples effets, parfois inverses à ceux espérés. De nombreux exemples l’illustrent. En convoquant les états généraux en 1788 pour résoudre une crise sociale et politique, Louis XVI ne pouvait imaginer les conséquences de son geste : enclencher une révolution. L’Empire perse, en s’attaquant à la petite cité d’Athènes, ne pouvait prévoir qu’il allait au-devant d’une cuisante défaite. Hitler, en lançant ses troupes vers Moscou, pensait élargir son hégémonie vers l’est. Il ne se doutait pas qu’il signait là son arrêt de mort. « Les hommes font leur histoire mais ne savent pas l’histoire qu’ils font », écrivait Karl Marx, une autre formulation de cette profonde leçon de l’histoire.

La seizième et dernière leçon porte sur les guerres qui sont un « concentré d’aléas et de déterminismes ». En 1914, les États européens voulaient en découdre ; ils se sont lancés tête baissée dans un conflit né de leurs rivalités nationales et impériales. Voilà le poids du déterminisme. Mais totalement aléatoire fut le cours des événements : notamment la révolution russe de 1917, qui aurait pu faire basculer la victoire dans un camp sans l’intervention américaine la même année – autre aléa imprévisible – qui a fait basculer la victoire dans l’autre camp.

Déterminisme : les conditions imposées par les vainqueurs à l’Allemagne en 1918, lors du congrès de Versailles, allaient créer celles d’un nouveau conflit. Aléas : l’enchaînement des événements qui ont suivi. Improbable était l’entrée en guerre de l’Angleterre sans l’initiative personnelle de Winston Churchill ou improbable l’issue de la bataille de Stalingrad. Dans cette succession de faits, écrit Edgar Morin, « le probable devint improbable, et l’improbable devint probable ».

Parmi les autres leçons, citons celles-ci : « Les causes des événements historiques sont toujours multiples et enchevêtrées » (leçon 4), « un seul individu peut changer le cours de l’histoire mondiale » (leçon 11), ou encore « le progrès matériel ne s’accompagne d’aucun progrès moral » (leçon 15).

De ces leçons du passé, on ne saurait malheureusement tirer d’enseignements pour l’avenir… Ce serait aller à l’encontre de la première leçon de complexité. Car, même en souhaitant bien faire, les mêmes causes n’aboutissent pas toujours aux mêmes conséquences, et, en voulant le bien, on peut parfois causer le pire. Au final, la principale leçon est de « mettre en lumière les divers visages de l’humanité, les différents comportements humains, mais aussi l’étroite combinaison anthropologique de raison et de folie, de technique et de mythe. Elle nous rappelle que l’humanité a toujours été et sera toujours dans le devenir. »

3 commentaires au sujet de “Les leçons d’histoire d’Edgar Morin”

  1. L’histoire ne peut être une science à part entière qu’en acceptant de produire des récits réfutables. Il ne s’agit pas de produire des récits plus cohérents, mieux intégrables dans un contexte idéologique, mais des récits réfutables par des faits nouveaux ou sous-estimés, minimisés volontairement ou simplement oubliés. Un évènement historique résulte de la conjonction de nombreux faits qui peuvent être classés par ordre d’importance. Lesquels sont nécessaires et/ou suffisants ? Voilà une tâche bien difficile pour l’historien.
    Mais l’histoire ne se résume pas à une série d’évènements indépendants orientés par la flèche du temps. Elle fait apparaître des évolutions et des ruptures dans la structure et le fonctionnement des sociétés sur le long terme. L’histoire longue se distingue de l’histoire évènementielle. Une rupture majeure comme la disparition de l’URSS a donné lieu aux interprétations prévisionnelles très différences de Fukuyama et de Huntington. Il faut reconnaître aujourd’hui que la vision optimiste d’une mondialisation libérale heureuse, selon Fukuyama, n’est plus tenable. La constitution et la reconstitution des puissances impériales apparaît au contraire de plus en plus évidente. Le match n’est pas terminé mais le premier quart du nouveau siècle indique que le développement durable, la coopération internationale sous l’égide de l’ONU, la régulation des activités économiques et le désarmement des grandes puissances, ne sont pas des processus irréversibles. Bien au contraire, les régimes démocratiques supposés les plus stables sont attaqués à la tronçonneuse par des psychopathes libertariens et les guerres ensanglantent toujours et encore la planète.

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  2. Bonjour, A quoi peut ressembler le Firmament des Nations ?
    L’enseignement attribué au Bouddha décrit clairement la mécanique du « cause à effet », et donc celle de la confusion qui créer l’illusion. Quoi donc de plus logique de voir un résultat différent de l’intention quand on ne connaît même pas l’intention vraie, celle débarrassée de la confusion. Je vise le 10, j’obtiens le 10…mais c’est le 9 qui m’aurait nourri ! Le 9 confortait mon adresse sans importer la pression du 10. Dommage! Qui se préoccupe de discerner son intention avant de tenter de la matérialiser ? là aussi, dommage(s)
    « Make TRUMP great again » doit être l’intention vraie, rendu confuse par l’idée que celui ci croit l’avoir déjà été. L’a-t’il été ? Le deviendra t’il ? Un Great de pouvoir ou de puissance ? Le relatif ou l’absolu ? QuésaKo ? Ah, ignorance certainement. Ce Bouddha a certainement discerné un truc : Ignorance-Confusion-Illusion-Souffrance. Le 20 janvier 2024 a été le premier jour de la fin de l’illusion MTGA en même temps que MAGA. Même les EtatsUniens sont soumis à cette loi…Dommage(s). Xi jinping, s’il le connaissait lui même, aurait pu lui susurrer cet adage de la pensée Chinoise  » Ne cherche pas à être le plus grand arbre de la forêt, car c’est celui que l’on abat en premier ».

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  3. Donald TRUMP a pour objectif de conduire son pays au firmament des nations.
    Ses décisions peuvent elles être contraires à son intention première ?

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