Les animaux sont-ils doués d’imagination ?

J’ai été invité récemment à intervenir dans un congrès de vétérinaires pour y parler de l’imagination animale et humaine. J’ai accepté avec plaisir l’invention : n’était-ce pas l’occasion d’exposer de nouveau la théorie qui m’est chère, celle de « l’animal imaginatif » ? J’avais juste à remettre à jour quelques références et l’affaire était bouclée ! Du moins, c’est ce que j’avais cru. Je ne m’attendais pas, en me plongeant dans les recherches récentes, à être à ce point déstabilisé et dérouté par les découvertes récentes. Au point où je me suis demandé si je n’avais pas fait fausse route. Tout l’édifice théorique que j’avais patiemment construit au fil des années semblait s’effondrer comme un château de cartes. Le jour venu de faire ma présentation, j’ai tout de même retrouvé quelque espoir.

Et voici comment.

L’introuvable « propre de l’homme »

L’idée selon laquelle les humains se distinguent par leurs capacités mentales n’est pas nouvelle. Pour Aristote, c’est le logos (langage et pensée) qui constitue le trait distinctif de l’être humain. Pour René Descartes, l’homme est un animal doué de raison ; pour Carl Linné, il est Homo sapiens (« le savant »). Arthur Schopenhauer a fait de nous un « animal métaphysique », et Henri Bergson, un « Homo faber ». Montaigne pensait, quant à lui, que la seule différence majeure entre l’humain et l’animal était son orgueil à se croire au sommet de la création.

Depuis, les scientifiques ont repris le problème à partir de données expérimentales, aboutissant à de nouvelles théories. En 1974, le psychologue David Premack a avancé l’hypothèse que les humains ont développé une capacité unique à « lire dans les pensées d’autrui ». Sauf qu’un demi-siècle plus tard et une avalanche de recherches sur le sujet, la question n’est toujours pas tranchée. Depuis, d’autres hypothèses ont été avancées : le propre de l’homme ? Ce sont les « intentions partagées » (Michael Tomasello), la « culture cumulative » (Joseph Henrich), le voyage mental (Thomas Suddendorf), la récursivité (Noam Chomsky) ou encore les « gadgets cognitifs » (Cecilia Heyes).  

Chaque hypothèse nouvelle suscite son lot d’études complémentaires et de controverses. Chaque fois qu’un chercheur avance une nouvelle théorie, un cher collègue s’emploie à la contester. Le propre de l’homme, c’est la « culture cumulative », comme le veut une théorie à la mode. Faux ! Les babouins ou les chimpanzés en sont également capables1. Le propre de l’homme serait la « récursivité ». C’est démenti : le corbeau aussi est récursif2… Et ma chère théorie ne fait pas exception.

Nous autres les animaux imaginatifs

Pour ma part, je défends (avec quelques-uns) la théorie de « l’animal imaginatif »3. Elle repose sur quelques idées clés. D’abord, il va de soi que l’être humain est un animal : précisément un primate mammifère vertébré qui partage avec les autres animaux nombre de traits communs. De même, il n’est plus à démontrer que d’autres animaux sont des êtres sensibles (ils ressentent le plaisir et la douleur), émotifs (ils connaissent la peur, la joie, la tristesse, la colère, l’amour, l’amitié, l’envie, peut-être même la honte ou la fierté). La conscience d’autrui et de soi n’est pas non plus une exclusivité humaine (dernièrement, il a été montré que les cochons aussi s’avèrent capables de se reconnaître dans un miroir4). Bien des animaux font preuve d’intelligence pour résoudre toute sorte de problèmes (à commencer par trouver un stratagème pour fuir les endroits où on les a enfermés5). Certains animaux sont curieux (les chats et les rats), joueurs et communicatifs. Voilà pourquoi nous pouvons entretenir avec certains des rapports d’amitié.

Mais les humains se distinguent par une capacité unique : l’imagination. J’entends ici l’imagination dans un sens plus large que le sens courant. Imaginer, ce n’est pas simplement faire preuve de créativité, c’est produire des images mentales qui permettent de se représenter des choses invisibles : voyager mentalement dans le passé, le futur ou le possible. Imaginer, c’est anticiper, faire des projets, planifier des actions et résoudre des problèmes par des expériences de pensée. Comme disait Paul Valéry : « Penser, c’est agir sans agir. » L’imagination, en ce sens, est la source des pensées intérieures (rêverie et réflexions) et des représentations mentales qu’on partage en groupe. Elles sont à la base des cultures humaines : savoirs, croyances, opinions, idéaux, fictions, lois et règles de vie6.

Les chats et les rats rêvent de leur journée

Et si ma théorie s’avérait tout simplement fausse et dépassée ? Force est d’admettre que des expériences récentes montrent sans conteste que les chats, les rats, les corbeaux ou les poulpes sont doués d’une certaine imagination. Eux aussi sont capables de « voyager en pensée » et d’agir avec des idées en tête. De nombreuses études le confirment. Tout d’abord, le neurobiologiste Michel Jouvet (1925-2017) a montré dès les années 1980 que les chats rêvent. Durant les phases de sommeil profond, les chats vivent en rêves des situations typiques de leur vie quotidienne : attraper une proie, hérisser le poil devant un danger.

Depuis, il a été établi que d’autres, comme les oiseaux et même certains céphalopodes, rêvent aussi. C’est également le cas du rat qui semble revivre dans son sommeil ce qu’il a vécu dans la journée. Une expérience de Matthew Wilson et Bruce McNaughton (1994) a montré que pendant qu’il dort, un rat continue à voyager mentalement dans le labyrinthe où il a été enfermé durant la journée. Cela suggère que le rêve aide à consolider la mémoire et l’apprentissage en rejouant les expériences vécues.

Les animaux anticipent

Beaucoup d’animaux présentent des comportements tournés vers l’avenir : les écureuils ou les corbeaux font des réserves de nourriture, les oiseaux migrateurs (étourneaux, grues, cigognes) migrent, tout comme les éléphants, etc. Les activités de construction (le castor qui édifie un barrage ou une hutte, l’oiseau qui bâtit un nid, le renard qui creuse un terrier…) sont également des opérations orientées vers l’avenir.

Impliquent-elles pour autant une anticipation consciente ? Pas forcément : un grand nombre de ces comportements se déclenchent spontanément dans certaines situations. Le castor qui entend de l’eau couler commence à entasser des objets !

Le fait que la plupart des constructions animales sont des comportements stéréotypés et limités à un seul type suggère que ceux-ci sont en grande partie instinctifs. L’oiseau qui fait son nid ou le castor qui construit un barrage n’agissent pas comme des architectes qui imaginent leurs plans à l’avance.

Cela dit, soyons justes, le castor fait tout de même preuve de jugement. Le corbeau qui cache sa nourriture sait qu’il doit se méfier : mieux vaut ne pas être vu par un collègue. La preuve : s’il se sait observé, il fait semblant d’enterrer sa nourriture pour repartir avec en catimini. De sorte que quand le voleur vient creuser derrière lui, il trouve la cache vide. Les chercheurs parlent alors « d’intelligence machiavélique ».

Il est tout de même des expériences qui attestent de l’existence d’une capacité de prévision. C’est le cas de l’étude de (Nicola Clayton et Anthony Dickinson, 1998) sur le petit déjeuner des geais. Ces derniers ont la possibilité de cacher de petits vers (qu’ils adorent, mais qui sont vite périssables) et des graines d’arachides (moins appréciées, mais impérissables). Après un court intervalle, les oiseaux vont chercher de préférence les vers qu’ils aiment le plus ; mais si le temps écoulé est trop long, les geais délaissent les caches contenant les vers (qu’ils savent pourris) pour préférer celles contenant les arachides.

S’il est un comportement de prévoyance clairement anticipatoire, c’est bien celui de Santino, un vieux chimpanzé acariâtre qui vit dans un zoo suédois, dans les environs de Stockholm. Le matin, avant l’afflux des visiteurs, le singe amasse des cailloux et divers projectiles. Puis, lorsque le public arrive, il les jette sur les visiteurs.

Les poulpes font également preuve de self-control : ils acceptent de différer une conduite (manger ce qu’on leur propose) pour attendre et obtenir une meilleure récompense, ce qui suppose une inhibition en vue d’un bénéfice futur. C’est une version du test du marshmallow appliquée aux poulpes.

Le rat qui voyage en pensée7

En 2023, le chercheur Chongxi Lai, du Beth Israel Deaconess Medical Center (Boston), a montré, grâce à un dispositif ingénieux, qu’un rat peut commander mentalement ses déplacements dans un labyrinthe et retrouver l’endroit où se trouve sa récompense. La preuve serait donc établie que le rat se montre capable de voyager en pensée.
Cela semble contredire la thèse selon laquelle les animaux manquent d’imagination (« Les animaux sont intelligents… mais manquent d’imagination »). Mais l’expérience montre-t-elle réellement que ces rats voyagent en pensée ? 

Le dispositif expérimental revient à créer une réalité virtuelle : le rat se déplace sur un écran sans bouger ses pattes. Mais ces déplacements s’effectuent in situ, sous ses yeux, comme nous le ferions devant un jeu de réalité virtuelle commandé par capteurs cérébraux. Est-ce vraiment un « voyage mental » ?

Lorsque nous nous déplaçons dans un supermarché à la recherche d’un produit, nous faisons appel à notre connaissance des lieux pour orienter nos déplacements, comme le fait le rat (il possède bien une carte cognitive de son environnement), mais ce déplacement s’effectue in situ, ce qui ne suppose pas une anticipation autre que celle d’atteindre son but et de savoir quel chemin prendre. Cela ne signifie pas qu’il visualise le trajet par avance. De plus, le client humain, avant d’arriver au supermarché, a accompli un acte d’imagination d’une autre ampleur : encore chez lui, il a planifié ses courses, imaginé une liste d’achats et s’est représenté mentalement le trajet et les rayons avant même d’y aller.

Le self-control des poulpes (et des poules)

Les poulpes, réputés très intelligents, sont capables d’anticipation : ils transportent des coques de noix de coco pour en faire des abris (ils le font aussi avec des coquillages). Mais ce comportement de prévoyance n’est pas si extraordinaire : c’est un comportement intentionnel et anticipatoire, mais limité dans sa portée (comme les outils rudimentaires que les chimpanzés transportent pour casser des noix).

Plus impressionnante est leur réussite au test du marshmallow. L’expérience a été réalisée avec des poulpes (cf. Alexandra Schnell et al., 2021). Ils sont capables de différer une gratification immédiate pour obtenir une meilleure récompense un peu plus tard. On leur présente deux types de nourriture derrière une paroi vitrée : des moules (nourriture banale) et des crevettes (qu’ils adorent). S’ils déclenchent l’ouverture du récipient de moules, ils y accèdent tout de suite. Mais s’ils ouvrent le distributeur de crevettes, il leur faut attendre un peu pour avoir la récompense. Progressivement, les délais s’allongent. Mais les poulpes sont prêts à attendre jusqu’à une minute pour obtenir leur plat de crevettes. Finalement, les poulpes préfèrent attendre, faisant donc preuve d’anticipation, mais aussi d’un certain self-control.

L’expérience a également été réalisée avec des poules : réputées stupides, elles ont pourtant réussi le test du marshmallow.

Une nouvelle frontière est-elle tombée ?

Faut-il conclure de toutes ces recherches que la théorie de l’animal imaginatif est fausse et qu’il est temps de reprendre à zéro mes chères études ?

Peut-être… Mais peut-être pas.

Dans les deux cas, une révision s’impose. Si faire preuve d’imagination consiste à se représenter mentalement des choses qui ne se situent pas autour de soi, ou si imaginer, c’est agir avec une idée en tête, alors force est d’admettre que certains animaux en sont capables. Inutile d’ailleurs de s’appuyer sur des expériences sophistiquées. Après tout, une chatte qui cherche ses petits ou la matriarche éléphant qui mène son troupeau lors de la migration de sa troupe ont bien une idée de ce qu’elles veulent atteindre. C’est aussi le cas de ma brave chienne labrador qui passait du temps à la fenêtre à m’attendre quand je rentrais plus tard que l’heure habituelle.

Pourtant, ces observations suffisent-elles à abolir toute différence entre les humains et les autres animaux en matière d’imagination ? Rien n’est moins sûr.

Pour le comprendre, faisons une expérience de pensée. Imaginons que dans un monde parallèle, ce soient les chauves-souris qui aient développé une civilisation évoluée. Supposons que dans ce monde, des savants chiroptères s’interrogent lors d’un congrès scientifique pour savoir si les humains disposent eux aussi d’écholocation, capacité dont elles seraient très fières.

Très vite, elles devraient pourtant admettre que les humains eux aussi sont capables d’entendre l’écho. Elles auraient même découvert que certains aveugles se servent de l’écho pour se repérer dans une pièce en évitant certains obstacles. La démonstration serait-elle faite que les humains sont doués d’écholocation ? Une chauve-souris sceptique aurait tôt fait de rappeler que les capacités humaines en matière d’écholocation sont sans commune mesure avec les leurs.

Si j’étais invité à ce colloque imaginaire, je soutiendrais pour ma part que l’imagination est aux humains ce que l’écholocation est chauve-souris : non pas une capacité embryonnaire, mais une capacité qui a connu un surdéveloppent qui permet à notre espèce de se mouvoir dans une nouvelle dimension. À la manière du vol nocturne des chauves-souris.

En effet, il ne suffit pas de tester la présence d’une capacité cognitive chez une espèce pour clore le débat, il faut aussi mesurer son étendue. Or, le développement comparé de l’imagination chez les animaux et les humains ne laisse guère de doute sur leurs capacités respectives.

Durant les deux premières années, les différences entre les capacités cognitives des humains et celles des autres animaux sont complexes à établir. Les chiens jouent à la bagarre et « font semblant » de se battre. On a vu des chimpanzés jouer à la poupée. Que se passe-t-il dans leur tête à ce moment ? Il est difficile de le savoir. Après tout, pourquoi ne se feraient-ils pas des films eux aussi ?

Mais partir de 3 ans, l’imagination d’enfant fait un bond en avant. Elle prend son envol alors que celle du chimpanzé a déjà atteint ses limites.

Cela s’observe dans leurs jeux respectifs. Les enfants aiment se déguiser et prendre les postures du superhéros, ou de la princesse. L’enfant qui joue avec des petits chevaux ou des soldats, leur parle et les fait se déplacer, se battre. Rien de comparable avec les chimpanzés.

Les jeux de construction témoignent aussi des différences entre espèces. Un chimpanzé peut s’amuser à empiler quelques cubes, mais cela ne va pas très loin. Aucun ne se lance dans des constructions élaborées. L’enfant humain utilise assez tôt cubes et Lego pour construire des maisons, des châteaux ou des fermes avec enclos. Leurs créations deviennent le théâtre de scénarios imaginaires. Le jeu de construction atteste à la fois de la compétence de l’architecte, planifier une construction, et de celle du raconteur, l’accompagner de récit. 

Le dessin est un autre révélateur du développement comparé. L’enfants adore dessiner, des personnages, des animaux, des maisons et des paysages. Les performances des animaux sont d’une grande pauvreté en comparaison.

Vivre dans l’avenir

Si un chimpanzé peut « voyager dans le temps » et comme Santino mijoter un sale coup à l’avance, aucun n’est capable comme les humains à partir de 4 ans de se représenter la succession des jours, des saisons et commencer à établir des projets au long cours comme le font tous les humains. La plupart des activités humaines, des études au travail, sont organisées, planifiées sur le moyen et le long terme.

Construire, dessiner, se raconter des histoires, mais aussi parler, planifier des actions au long cours, il est vrai que tout cela repose sur la capacité de forger et manipuler des images mentales.

Voilà qui rend l’humain original. Original mais pas unique. Après tout, bien d’autres espèces sont uniques en leur genre. Les chauves-souris sont les seuls mammifères à pouvoir voler. Elles ont aussi développé l’écholocation et possèdent la capacité de dormir la tête en bas. Cela en fait des « animaux étranges », tout comme les humains avec leur imagination débordante.

  1. Guillaume Jacquemont, « La culture cumulative n’est pas le propre de l’homme », Pour la science, 2014. ↩︎
  2. Fleur Brosseau, « Les corbeaux seraient dotés d’une capacité que l’on croyait exclusivement humaine », Trustmyscience, 4 novembre 2022, en ligne. ↩︎
  3. Exposée dans L’homme, cet étrange animal. Aux origines du langage, de la culture, et de la pensée (Sciences Humaines éd., 2012) et reprise dans plusieurs publications (L’Humanologue, n° 1, septembre 2020) ou dans Sciences Humaines, « Les animaux sont intelligents… mais manquent d’imagination » (2024). ↩︎
  4. Jean-François Dortier, « Les cochons ont-ils conscience d’eux-mêmes ? », L’Humanologue. ↩︎
  5. De la boîte de Skinner au poulpe qui s’est fait la malle d’un aquarium en Nouvelle Zélande  (voir Margaux Blanc, sciencepost.fr, 4 décembre 2024). ↩︎
  6. Pour un exposé systématique, voir L’homme, c’est étrange animal, op. cit. ↩︎
  7. Voir Jean-François Dortier,  « Un rat au supermarché », L’Humanologue, 2025 ↩︎

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3 commentaires au sujet de “Les animaux sont-ils doués d’imagination ?”

  1. Comme souvent, et avec bonheur, Jean-François Dortier traque des sujets qui restent où sont restés trop longtemps dans  » l’angle mort  » de l’éthologie.
    Puissent les éthologues le lire plus souvent.
    Michel Kreutzer

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  2. Réflexions toujours très stimulantes !
    Comment rendre compte du fait que l’humain est, au moins à ma connaissance, le seul animal à faire des outils « au carré » (des outils pour faire d’autres outils) ?
    N’est-il pas non plus le seul animal à faire des images de lui/elle-même ?
    Enfin n’est-il pas le seul à ne pas abandonner ses morts ? Si certains animaux ont des comportements qui semblent montrer leur « désarroi » ou leur « détresse » devant la mort de semblables, ne finissent-ils pas les laisser et partir ailleurs ? Que traduisent les rites funéraires, si diversifiés culturellement ?

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