
Le 24 avril à Nantes, Justin P. un garçon de 15 ans est entré dans son lycée armé de deux couteaux. Il est allé s’enfermer dans les toilettes, s’est scarifié le front, puis il a mis une cagoule et s’est dirigé dans une classe où a poignardé quatre élèves dont une fille de 15 ans qui est décédée. Un technicien en informatique, alerté par les cris, est parvenu à maîtriser le jeune homme avant que la police arrive sur les lieux.
Trois jours plus tard, un jeune homme de 20 ans, Olivier H. est rentré dans une mosquée d’une petite ville du Gard, (la Grande Combe). Il y a croisé un jeune malien de 24 ans homme, lui expliqué vouloir se convertir à l’islam. Son interlocuteur l’a alors accompagné dans la salle de prière puis s’est agenouillé pour lui montrer comment prier. Oliver H. a alors sorti son couteau et a poignardé sa victime plus de 40 fois. Puis le meurtrier s’est filmé avec son téléphone en proférant des insultes à l’islam (« religion de merde ») et a déclaré vouloir tuer au moins deux autres personnes. Il a ensuite pris la fuite. Trois jours plus tard, il s’est livré spontanément dans un commissariat en Italie, là où l’avait mené sa cavale.
Comment expliquer l’inexplicable ?
Ces deux meurtres, survenus à quelques jours de distance, ne peuvent susciter que consternation et incompréhension. Passé ce moment de sidération, comme l’esprit à l’horreur du vide, il lui faut trouver des explications. Pour tenter d’expliquer l’inexplicable, la tentation est de plaquer un discours tout fait. Les mêmes genres de théories sont alors remis au goût du jour. Tantôt il est question d’une violence fondamentale tapie en chacun d’entre nous (et toujours) prête à resurgir, tantôt sont rendus responsables l’ultraviolence des jeux vidéo, ou l’influence des discours haineux sur les réseaux sociaux, le malaise de la jeunesse ou encore la démission parentale, etc. Une des causes de ces crimes seraient attribuables aux idéologies extrémistes qui gangrènent nos sociétés : Justin P. était fasciné par Hitler. Oliver H. est entré dans une mosquée pour tuer un musulman.
Sauf que l’explication par l’idéologie extrémiste ne sont guère pertinentes dans ces cas précis. Les déclarations des tueurs (pro-nazi pour l’un, islamophobe pour l’autre) ne sont que l’habillage de gestes qui relève plus vraisemblablement de troubles psychiatriques.
La preuve ? Tout d’abord, le mode opératoire des deux tueurs se sont acharnés sur leur victime. 57 coups de couteau donné par Justin P. à la jeune lycéenne. 40 coups donnés par Olivier H. à sa victime. Cet acharnement ne correspond pas du tout au modus operandi d’un attentat terroriste. Les terroristes veulent tuer, semer la terreur, mais ne s’acharnent pas sur leur victime.
Autre signe d’un trouble : le discours incohérent des tueurs. Si Justin P. était fasciné par Hitler, (il en parlait à ses rares camarades), avant de passer à l’acte, il a publié en ligne un texte de 13 pages qui accuse la société « d’écocide généralisé », s’en est pris au « système technico-industriel mondial » vu comme une « tumeur étendue, proliférante, qui détruit les conditions de viabilité de l’organisme Terre ».
Quant à Oliver H. s’il s’en est pris explicitement à un musulman pour commettre son crime : il a ensuite déclaré dans sa vidéo, qu’il voulait ensuite « tuer moins deux autres personnes », pour être reconnu comme un « serial killer ».
Si l’on veut tenter de comprendre la nature de ces crimes, la comparaison avec d’autres faits apparemment similaires s’avère utile, et tenter de repérer les traits communs, les différences pour dissiper les analogies superficielles.
L’âge de Justin P. (15 ans) pourrait le rapprocher de celui d’autre tueurs adolescents (50 par an en France sont commis par des mineurs). Sauf qu’il y a des profils très différents : Celui des adolescents tueurs à gage recrutés en ligne par des gangs mafieux et qui a défrayé la chronique en octobre 2024 1. Justin n’a pas non plus profil des meurtres commis lors des rixes entre bandes rivales[2] 2

Quant à Olivier H. sous réserve d’information complémentaire, l’acharnement sur sa victime, l’incohérence des propos (déclaration islamophobe aussitôt assortie du désir d’être connu et reconnu comme sérial killer) suggère aussi un trouble mental. Le fait qu’il se soit rendu spontanément à la police, écarte le profil du terroriste.
Chaque année plus de mille meurtres sont commis en France. Des centaines de milliers dans le monde Ils relèvent de types bien différents : « homicides querelleurs, (les rixes qui dégénèrent), les règlement de compte entre gang (que l’on qualifie de narcomicides, les crimes domestiques (dont les féminicides ou les infanticides), les attentats terroristes. Ces cinq catégories d’homicides représentent l’immense majorité de la violence meurtrière. Reste le cas des crimes associés à des troubles psychiatriques, rarissimes, mais particulièrement choquants dont semblent relever ceux commis par de Justin P. ou Olivier H.
• Qui sont les tueurs adolescents ?
• Gang, les ados tueurs à gage
• Homicides : pourquoi tuer son prochain ?
Notes
- Gangs : Les adolescents tueurs à gage » sur le site de l’humanologue[↩]
- Qui sont les tueurs adolescents ? « Sur le site de l’humanologue.[↩]
- Voir la liste des Tueries en milieu scolaire (art. Wikipédia[↩]
- Why Kids Kill: Inside the Minds of School Shooters. 2009 et School Shooters: Understanding High School, College, and Adult Perpetrators (2015[↩]
À lire aussi dans ce dossier
Homicide. Pourquoi tuer son prochain ?
Comment on devient un tueur ? Tuer sous uniforme




Au nombre des femmes qui ont tué, il faut ajouter celle qui a assassiné de trois coups de couteau en pleine gorge frère Roger le 16 août 2005, lors d’un office religieux, dans l’église de Taizé. A son sujet il a été question de déséquilibre mental.
frère Gilles
Il n’y a pas de »pulsion de mort » ni violence fondamentale dans la nature humaine.
Cataloguer ces 2 tueurs de cas psychiatrique, mentalement fragiles, cela n’explique pas pourquoi il y a »trouble mental » ni d’où il provient.
Certes il y a par ailleurs des cas réellement pathologiques, mais là, le »trouble mental » traduit un désir inconscient de supprimer ce qui ne devrait pas être, peut-être un peu comme un trop plein de colère. Colère contre quoi qui ne devrait pas être, si ce n’est une société soidisant civilisée et une éducation contre-nature. Il vient un stade où le cerveau disjoncte ! Et comme la civilisation actuelle est de plus en plus aberrante, oppressante, frustrante et destructrice, cela devrait aller de mal en pis, ce que d’ailleurs les statistiques depuis 1940 indiquent.
Il paraît que le cerveau serait »plastique », mais à mon avis pas tant que ça, car il y a une part considérable de régulations automatiques qui fonctionnent de façon génétiquement innée et qui tendent donc à garder le cerveau en ordre, indépendamment de l’habituation. Mais si ce n’est pas possible, alors l’animal en soi devient fou, comme certains animaux dans les zoos.
A part ça, je remarque sur la liste Wikipédia que tous les tueurs sont des mâles sauf
Brenda Ann Spencer 29 janvier 1979 et une »déséquilibrée » (?) à Albi 4juillet 2014. Qu’est-ce qui explique cela ? Est-ce que les filles souffrent moins des contraintes de la civilisation, du fait que le monde médical les entoure de prévenance ? Est-ce qu’elles sont davantage matées dans la petite enfance ? Auraient-elles une »prédisposition » à accepter la soumission ? Ce qui est sûr, c’est que c’est plutôt contre elles-mêmes qu’elles agissent, par scarification ou anorexie.
Mais le cerveau XX ne serait-il pas génétiquement déjà disposé à accepter les contraintes éducatives (et la domination des mâles), du fait que l’enfantement et allaitement nourricier le prédisposerait à accepter d’être dominé par les »forces de la nature »? Les femmes sont plutôt fatalistes, nourricières, dociles et moins enclines à se rebeller, non ? XX produirait plus de dopamine. Cela pourrait signifier que ce sont les femelles qui ont inventé l’animisme, le chamanisme, les vénus, les grigris et les divinités qu’il faut servir.
https://www.medecinesciences.org/en/articles/medsci/full_html/2005/10/medsci20052112p1112/medsci20052112p1112.html