Imitation – Est-il utile de copier sur les autres ?

Dans la nature, imiter s’avère une bonne stratégie pour apprendre sans risque. Prenons le cas d’un poulpe curieux et téméraire. Il s’approche d’un objet inconnu (une boule rouge mise sur son chemin par un expérimentateur). Il la touche et reçoit une décharge électrique (mauvaise surprise créée par les chercheurs). Par la suite, il saura éviter toute sphère rouge qu’il croisera. Les autres poulpes qui ont vu leur congénère fuir l’objet feront désormais de même par sécurité : ils ont appris par imitation 1. L’apprentissage par imitation a été observé chez de nombreuses autres espèces. Selon Étienne Danchin, biologiste spécialiste de l’évolution, l’imitation est l’une des formes de « l’évolution culturelle » dans le monde animal 2. Ainsi, les rats noirs ont tendance à ne toucher certains aliments que si un de leurs congénères – plus innovateur, courageux ou affamé – passe avant eux. Ils évitent ainsi les intoxications alimentaires. Les fabricants de « mort aux rats » connaissent ce comportement : même affamés les rats ne se laissent pas facilement amadouer par les graines qui leur sont offertes.

Le comportement par imitation relève de « l’information publique ». Certains oiseaux, comme les geais, construisent leur nid au plus près de celui du mâle le plus attractif auprès des femelles. Les copieurs espèrent ainsi avoir eux-mêmes plus de succès. Dans le monde animal, l’imitation serait donc une forme de transmission culturelle qui accompagne et peut parfois se substituer à la transmission génétique des conduites. Le comportement par imitation est d’ailleurs une nécessité vitale pour apprendre à se débrouiller dans la vie. Les lionceaux apprennent à chasser en observant leur mère ; les petits chimpanzés copient leurs parents pour savoir quelles plantes sont comestibles ou quel animal ils doivent fuir. Plutôt que d’avoir à tout expérimenter, il est plus efficace et économique de se contenter de reproduire ce que font les autres. Copier son voisin est souvent une stratégie moins risquée que d’innover.

Stratégie d’entreprise : mieux vaut copier qu’innover

En économie aussi, l’imitation peut s’avérer une stratégie efficace.

En dehors de la contrefaçon, forme la plus frauduleuse de l’imitation, il existe bien d’autres façons de copier son voisin : on appelle cela le benchmarking.

Le benchmarking a été inventé dans les années 1980 par Xerox, alors leader du matériel de bureau. L’ironie de l’histoire veut que ce soit un fabricant de photocopieurs qui a fait cette découverte : copier ses voisins plutôt qu’innover.

David Kearns, directeur général de Xerox Corporation, a défini le benchmarking comme un « processus d’évaluation de nos produits et méthodes par rapport à ceux des concurrents les plus sérieux ». Plutôt que de s’échiner à vouloir être le premier et le meilleur partout, pourquoi ne pas se contenter de reproduire ce qui se fait de mieux ailleurs ? Par la suite, la démarche s’est répandue dans d’autres grandes entreprises comme IBM, Motorola ou Microsoft.

On peut « benchmarker » de différentes façons : en s’alignant sur les prix des concurrents, en copiant les « bonnes pratiques » de management ou en orientant sa production vers les produits qui marchent.

Le benchmarking est devenu une pratique courante de gestion fondée sur ce principe sécuritaire : si ça marche ailleurs, pourquoi ne pas le faire aussi !

Le mimétisme de l’orchidée

Le mimétisme est une forme d’imitation répandue dans le monde vivant. Certaines orchidées, par exemple, imitent à merveille les formes et couleurs du frelon ou de l’abeille pour attirer les insectes et les faire transporter, à leur insu, leur pollen d’une fleur à l’autre.

La mante orchidée a pris la forme de la fleur pour prendre ses proies par surprise.

Les mantes font partie de la grande famille des Mantidées, à laquelle appartiennent aussi les phasmes connus pour leur étonnante ressemblance avec les feuilles et les brindilles, ce qui leur permet de se fondre dans le paysage et se cacher des prédateurs.

Notes

  1. Graziano Fiorito et Pietro Scotto, « Observational learning in Octopus vulgaris », Science no 5056, 1992. []
  2. Étienne Danchin, « L’imitation dans le monde animal. Information publique et évolution culturelle », Terrain no 44, 2005.[]

Laisser un commentaire

Copy link