Âge d’or. C’était mieux avant ?

Des âges d’or, il en existe des versions mythologiques, religieuses et politiques. Une version populaire aussi : celle du « bon vieux temps » où il faisait si bon vivre…

L ‘expression « âge d’or » provient de la mythologie grecque. La légende raconte qu’il fut un temps où l’ordre du monde était harmonieux et que le bien et la justice régnaient. À cette époque, les dieux vivaient aux côtés des humains, les humains côtoyaient les animaux. Ces derniers vivaient sans crainte car tout le monde était végétarien. C’était un temps d’opulence, sans portes ni verrous car le vol n’existait pas. Enfin, tout le monde était jeune et en bonne santé. Puis, Zeus a succédé à Cronos et ce fut la fin de ce bel âge d’or.

La Bible a sa propre version de l’âge d’or : c’est le « paradis perdu » que Dieu avait offert à Adam et Ève avant qu’ils ne commettent le péché originel.

Ce jardin d’Éden est présenté dans la Genèse comme un lieu enchanteur, avec une végétation luxuriante. Les fleurs et les fruits y poussent en abondance et les animaux y vivent en paix.

Par la suite, l’âge d’or aura ses versions politiques. Les utopies politiques de la Renaissance, les utopies communautaires du 19e siècle s’alimentent de l’idée rousseauiste d’un retour à la bonne nature et à la vie harmonieuse des origines. L’idéologie nazie a aussi mobilisé son âge d’or : le temps des Aryens, une race pure et glorieuse, dirigée par des seigneurs héroïques.

Il est aujourd’hui des nostalgiques du fascisme ou du communisme qui rêvent d’un retour de leur âge d’or.

Au bon vieux temps d’autrefois

L’âge d’or a aussi une version populaire : celle du « bon vieux temps » où l’on vivait avec moins mais où l’on se contentait de peu, où l’on avait du respect pour les anciens, où l’on se connaissait et on saluait son voisin, où l’on se serrait les coudes en cas de coup dur, où les gens sifflaient d’allégresse dans la rue.

À ces nostalgiques du bon vieux temps, faut-il rappeler que « dans le passé, tout était pire. Pendant à peu près 99 % de l’histoire du monde, 99 % de l’humanité a été pauvre, affamée, sale, craintive, bête, laide et malade. Au 17e siècle déjà, le philosophe Blaise Pascal décrivait la vie comme une immense vallée de larmes. » (Rutger Bregman, Utopies réalistes, 2017)

C’était mieux avant ? En fait, durant les siècles passés, beaucoup d’enfants ne survivaient pas, les femmes mourraient en couches. Il y avait le choléra, la peste, le typhus, la variole et les guerres. L’immense majorité des gens était pauvre, travaillait dur et mourrait jeune. Il fallait aller chercher l’eau au puits et couper du bois pour se chauffer. Les enfants étaient battus et violentés, les bonnes étaient humiliées et violées et les sorcières et hérétiques étaient brûlées. En fait, la nostalgie du passé semble avoir été de toutes les époques. Jean Bodin, qui a vécu au 16e siècle, dénonçait déjà le mythe du bon vieux temps : « C’est une erreur grave que de croire que le genre humain ne cesse de dégénérer. Et comme ceux qui la commettent sont généralement des vieillards, il est probable qu’ils se rappellent le charme de leur jeunesse toujours renaissante de joie et de volupté, tandis qu’ils se voient désormais sevrés de tous plaisirs ».

Accordons tout de même qu’il fut des époques plus heureuses que d’autres. Les poilus des tranchés étaient sans aucun doute fondés à penser que la « belle époque » d’avant-guerre, en était vraiment une.

Pour les nostalgiques du bon vieux temps d’autrefois, je recommande la lecture du livre de Marion Cocquet et Pierre-Antoine Delhommais «  Au bon vieux temps » ( (2018). Le sommaire suffit à rappeler ce que fut le temps passé :

 Le temps des bonnes à tout faire  – Le temps de l’homicide ordinaire – Le temps des arracheur de dents – le temps des cloîtrée – le temps des hivers meurtriers – Le temps du massacre des innocents – Le temps de la vraie malbouffe – Le temps des chat torturés –  Le temps des hôpitaux de misère – Le temps des enfants violentés – Le temps des villes pestilentielles – Le temps de la chasse aux sorcières – Le temps de la mort en couche – Le temps des remettre de bonnes femmes – Le temps du supplice en spectacle – Le temps des corps crasseux –  le temps des mort de faim.

2 commentaires au sujet de “Âge d’or. C’était mieux avant ?”

  1. Sacré bon vieux temps, quand mon père regrettait la vitae necisque potestas romaine, le droit du père de tuer ses enfants qui ne lui plaisaient pas, comme il me l’a brutalement dit pour mes 12 ans, quand j’avais compris depuis longtemps sa pulsion. Et les freudiens qui deblaterent encore sur l’oedipe, quand quiconque a lu le mythe sait que c’est Laios qui voulait tuer son fils.

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