À partir du 15 juin 2026, la Sécurité sociale française rembourse des médicaments anti-obésité, Wegovy et Mounjaro, dont les effets aux États-Unis sont spectaculaires. Un tournant dans la lutte contre le fléau de l’obésité ou un simple palliatif qui ne règle pas les problèmes de fond ? Peut-être les deux à la fois…

Il fut un temps où être gros était un signe de prospérité. Au 19e siècle, « les gros », c’étaient les riches (Pierre Birnbaum, Le peuple et les gros. Histoire d’un mythe, 1979). Ce monde-là n’existe plus. Aujourd’hui, les gros, ce sont plutôt les pauvres, ou, plus exactement, l’obésité se concentre dans les milieux populaires. On connaît les responsables : la malbouffe –sodas, sucre, graisses, produits ultratransformés. Le résultat : une épidémie planétaire. Depuis le début du 21e siècle, on meurt plus d’obésité que de faim dans le monde. En France, un adulte sur six est obèse. Aux États-Unis, c’est près de 40 % de la population adulte.
La molécule qui change la donne
Les régimes et les traitements médicamenteux n’y faisaient pas grand-chose. La chirurgie restait une option assez efficace, mais invasive et réservée aux cas extrêmes. Puis, il y a quelques années, sont arrivées de nouvelles molécules (les « agonistes du GLP-1 »). Elles imitent une hormone intestinale envoyant au cerveau le signal de la satiété. Résultat, l’appétit disparaît, la consommation diminue sans effort de volonté particulier. Les patients mangent moins. Ils maigrissent.
Les chiffres sont spectaculaires. Avec Wegovy, les patients perdent en moyenne 15 % de leur poids ; avec Mounjaro, on atteint 20 %. Pour une personne de 120 kg, cela représente 24 kilos. Les bénéfices dépassent la perte de poids : moins de diabète et moins de maladies cardiovasculaires, plus d’énergie. Aux États-Unis, où ces médicaments sont massivement prescrits depuis plusieurs années, les effets économiques sont déjà visibles : hausse de la demande pour les petites tailles de vêtements, baisse de consommation d’aliments ultracaloriques.
Les ombres au tableau
De là à penser que le fléau de l’obésité va être endigué, la marche est encore longue. Car beaucoup de patients, après avoir perdu du poids, arrêtent leur traitement… et reprennent du poids. Autre ombre au tableau : les effets secondaires – nausées, constipation, fatigue – sont fréquents en début de traitement. Ces médicaments représentent incontestablement un saut qualitatif. Mais ils ne s’attaquent pas aux causes. La malbouffe reste bon marché, libre d’accès et tentatrice. Le marketing de l’agroalimentaire continue d’orienter les habitudes.
Pendant longtemps, l’obésité a été perçue comme un mal occidental, l’envers de l’opulence. Ce temps est révolu. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) constate que la prévalence mondiale de l’obésité a plus que doublé entre 1990 et 2022 : en 2022, une personne sur huit dans le monde était obèse, soit 890 millions d’adultes. Et la progression touche désormais des régions où la sous-alimentation restait le problème dominant. En Afrique, le nombre d’adultes en surpoids a presque doublé entre 2000 et 2016. L’Asie compte près de la moitié des enfants de moins de 5 ans en surpoids. Dans les îles du Pacifique – Samoa américaines, Nauru, Tonga –, les taux d’obésité dépassent 60 %, sous l’effet conjugué de prédispositions génétiques et de l’occidentalisation brutale de l’alimentation.
Le signal le plus préoccupant vient peut-être des enfants. En septembre 2025, l’Unicef a publié un constat inédit : un enfant sur dix dans le monde est désormais obèse. Les nouveaux médicaments freinent la tendance. Ils ne la suppriment pas.



