Jivaros. les têtes réduites comme trophée de guerre

Crâne humain normal comparé à une tête réduite jivaro. Wellcome Library, Londres.
Crâne humain normal comparé à une tête réduite jivaro. Wellcome Library, Londres. ©Wikicommons/Domaine public

En Amazonie, certaines populations comme les Yanomami, les Jivaros ou les Guaranis ont été décrites comme particulièrement vindicatives. La guerre fait partie intégrante de leur mode de vie. Un « vrai » homme se doit d’être un guerrier autant qu’un chasseur ou un père de famille. Mais quelles raisons poussent les hommes à s’entretuer ? Selon l’anthropologue social Vincent Hirtzel, les Jivaros* se livraient à deux types de guerres aux motifs différents : l’une intra-tribale, l’autre extra-tribale.

  • La guerre intra-tribale concerne les vengeances et vendettas entre personnes apparentées. Elle prend la forme d’une expédition punitive dirigée contre une personne précise. Ce meurtre entraîne souvent des représailles en vertu du principe du « faide » (vengeance privée, feud en anglais). Suite à un préjudice (le rapt d’une femme, un homicide même accidentel), des tractations ont lieu avec le groupe rival pour obtenir réparation. À partir des années 1950, chez les Achuars, la famille d’une personne tuée pouvait se voir offrir un fusil en règlement du préjudice. Si les négociations échouent, une guerre se déclenche – une guerre meurtrière. Dans son livre Les Jivaros (Payot, [1972] 2006), Michael J. Harner note que les hommes jivaros pouvaient avoir deux épouses en moyenne, parce que les femmes adultes étaient deux fois plus nombreuses que les hommes – résultat de la fréquence des meurtres.
  • Les guerres intertribales (entre Shuars et Achuars ou Huambisas par exemple) mettent aux prises des groupes éloignés entre lesquels n’existent pas de contacts réguliers. Leur motif était unique : obtenir une « tête coupée » ( tsanta ) au moyen de raids surprises ayant pour but de tuer un homme et de le décapiter. La tête était destinée à être exhibée comme trophée après avoir été « réduite » selon un procédé particulier sur le chemin du retour.

Avant se lancer dans un raid, les guerriers jivaros se livraient à un rituel chamanique avec absorption d’une plante hallucinogène qui leur donnait une « vision ». Cette vision était celle d’un esprit ( arutam ), sorte de « guerrier modèle » dont il fallait s’imprégner des vertus de courage et de vaillance. Après le meurtre, le guerrier se livrait à un rituel destiné à le purifier du meurtre. 

* Les Jivaros forment une famille linguistique constituée de différents groupes. Le terme « Jivaro » tend aujourd’hui à être remplacé par les noms des différents groupes qui le composent, comme les Shuars et les Achuars. Tous se répartissent de part et d’autre de la frontière entre Pérou et Équateur

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