Zone de confort. La quête éternelle du bien-être 

Tôt le matin, assis dans le fauteuil du salon, un livre en main, un mug de café fumant à côté de moi : voici ma zone de confort. Je ne conçois pas une journée sans ce moment où je me sens vraiment dans mon élément.

Une personne qui m’est (très) chère m’a répondu que sa zone de confort à elle se trouvait dans la cuisine, en train de confectionner un bon repas, les épices qui dégagent leurs odeurs, l’huile qui frémit dans la poêle, la radio qui diffuse un air de jazz, les souvenirs qui remontent, etc. Ses autres moments de prédilection : « Le matin, au réveil, avec un roman. » Ou encore : « Nager, seule, à la piscine ou dans un lac. »  Un ami m’a répondu. « Ma zone de confort ? Faire du vélo, le dimanche matin. » Un autre m’a parlé de la maison dans le Sud où se déroulent les grandes réunions familiales.

Malheureusement, ces moments bénis ne peuvent se prolonger indéfiniment. La première raison est assez prosaïque. À rester trop longtemps assis sur mon fauteuil ou allongé sous la couette, dans le transat, la posture devient bientôt gênante : les fourmis commencent à courir dans les jambes, les fesses sont talées, le sang ne circule plus. Et puis il faut aller aux toilettes. Bref, il est temps de se lever.

Qu’est-ce qui nous pousse à quitter notre zone de confort ? Réponse : l’inconfort.

Un mécanisme biologique très profond explique cela. Le physiologiste Walter Cannon (1871-1945) a publié en 1932, un livre, La sagesse du corps, dans lequel il éclaircit le principe de l’homéostasie. Le corps humain est fait de nombreux systèmes (respiratoire, digestif, sanguin, etc.) qui obéissent à la même loi de retour à l’équilibre.

L’exemple le plus simple est celui de la température corporelle : notre température interne est en moyenne de 37°. Quand la température extérieure est trop basse, la température interne descend, vous ressentez le froid et cherchez à vous réchauffer. Quand la température monte, votre corps dit « il fait chaud ! » et vous recherchez la fraîcheur. Tout cela est très basique. Notre zone de confort interne, c’est 37,2°.

Le circuit homéostatique se résume à un schéma simple : un déséquilibre interne produit un inconfort qui pousse à agir pour rétablir l’équilibre. Une fois cet état stable retrouvé, le corps éprouve une sensation de bien-être. C’est la « sagesse du corps » de Walter Cannon,

Sur ce modèle, on pourrait construire toute une philosophie de la vie : nous ne sommes rien d’autre que des animaux en quête de confort. J’ai soif, je bois ; j’ai faim, je mange ; je suis fatigué, je me repose. Selon cette conception homéostatique, la vie n’est au fond rien d’autre qu’une suite de cycle de tension/équilibre. Autrement dit: il n’est de confort sans inconfort.

Sans compter que pour atteindre ma zone de confort – mon fauteuil, mon livre, ma tasse de café, ou tout autre cocon douillet –, il a fallu bien des efforts. Le confort a un coût : acheter le café, le livre dans ma bibliothèque, payer le fauteuil où je m’assois et le toit qui m’abrite. Ces biens sont obtenus au prix d’un travail préalable et donc d’une série d’épreuves et d’efforts. Pour atteindre sa zone de confort, il faut d’abord en être sorti. C’est la deuxième leçon : il n’est de confort sans effort.

La loi de l’homéostasie nous enseigne qu’il n’est pas de confort sans un inconfort. La loi du travail humain nous dit qu’il n’est pas de confort sans effort.

Vous me direz que ce ne sont là que des banalités. C’est exact. Mais c’est le genre de banalités qui conditionnent une part notable de nos vies.

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7 commentaires sur « Zone de confort. La quête éternelle du bien-être  »

  1. Que le bien-être existentiel dépende d’un état de confort, de la satisfaction de nos besoins vitaux, de notre homéostasie mérite effectivement d’être rappelé et souligné.
    Toutefois, le bien-être est souvent loin d’être le principal objectif de notre désir de vivre.
    Ce que recherchent les animaux comme les humains c’est un sentiment d’existence. L’animal qui s’échappe de son parc animalier, où, nourri et soigné, il aurait vécu plus longtemps qu’en nature. L’alpiniste qui dans la douleur escalade un pic. La navigatrice qui au péril de sa vie réalise le tour du globe seule sur son voilier, le moine franciscain qui vivait de la charité… s’Ils recherchent leur zone de confort, avouons qu’elle est bien particulière ! Ce qu’ils accomplissent c’est le fait d’éprouver le fort sentiment d’existence qu’apportent : la satisfaction de la curiosité, l’admiration de soi, la notoriété, le désir de liberté … Les désirs sont multiples et variés, la recherche du bien être et du confort n’est que l’un deux.
    Merci à l’Humanologue de stimuler nos réflexions.
    Michel Kreutzer, éthologue.

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    • Oui les animaux aussi sont en quète de leur zone de confort comme le montre bien ton livre sur Le désir animal (Belin, 2026). Peut-êrtre que les humains ont ceci de spécifique : une façon plus fantasmagorique d’exprimer leur désir par la voie de l’imagination. Un beau débat à mener…
      Amitiés Jean François

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  2. Bonjour l’Humanologue,
    Je suis Physiologiste et n’ai jamais cessé de le clamer, même modestement. Notamment en réponse aux neurosciences qi ne sont que (sic!) une succession modeste elle aussi, à la neurophysiologie. Mais voilà peut-être pour traduire cette insupportable insatisfaction, il y a nécessairement compétition entre les connaissances…
    Pour compléter le récit de la thermorégulation, on peut encore préciser que la température du corps fluctue spontanément sur 24 heures (son rythme circadien), avec un minimum aux alentours de 4 heures du matin. Cette fluctuation dit la sagesse physiologique qui prévoit cette impossibilité d’une stabilité que l’on voudrait exemplaire, donc parfaite et durable.
    Pour conclure, ma meilleure application de l’homéostasie fluctuante est la curiosité, qui a besoin d’une certaine ignorance pour se déployer,
    Cordialement et bonne suite

    Françoise Schenk, UNIL

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      • Je m’avoue une inconditionnelle de l’homéostasie, séduite à jamais par la compréhension d’une nécessaire zone floue de la régulation, <une zone dont le flou illustre justement le vivant, nécessairement pluriel, condition de vivre. Actuellement on sanctifie la biodiversité faute de comprendre que la particularité du vivant est de se tenir dans une marge plus que dans une norme. Comme si la norme se contentait de désigner une zone, pas une valeur exacte.
        A plus F

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