Mayas : ils n’ont pas disparu !

Le mot « Mayas » évoque un monde englouti : des pyramides recouvertes par la forêt, des ruines mystérieuses, des masques de jade, les inscriptions du calendrier maya, les sacrifices humains. Cette présentation de la civilisation maya a de quoi susciter des vocations d’archéologue. Chloé Andrieu, elle aussi, à l’âge de 15 ans, a été fascinée par cette histoire. L’adolescence est l’âge des choix. C’est décidé : elle deviendrait archéologue et partirait sur les traces de cette civilisation disparue pour en percer le mystère.

Sauf que, comme le titre de son livre l’indique, Les Mayas n’ont pas disparu1. Contrairement à une idée reçue, les Mayas n’ont pas quitté la scène de l’histoire. Ils sont encore là : aujourd’hui, 7 à 8 millions de personnes parlent une des trente langues mayas encore vivantes. Leur culture continue d’exister à travers leurs langues, des cérémonies et des coutumes. Les pyramides et l’écriture mayas restent le symbole d’une époque particulière de la civilisation maya, celle des cités-États de Tikal, Palenque ou Copán, qui ont prospéré à l’âge classique (jusqu’au 9e siècle).

Ce sont ces cités-États qui ont disparu, mais la civilisation maya ne s’est pas effondrée avec elles. Après que les villes ont été désertées (pour des raisons qui restent à élucider), une partie de la population a migré au nord et au sud. D’autres cités, comme Chichén Itzá, prendront le relais. Certaines, comme Mayapán, sont restées prospères pendant plusieurs siècles, jusqu’à l’arrivée des Espagnols. Ces nouvelles cités ne construisaient pas de pyramides, mais ne s’en trouvaient pas moins florissantes et dynamiques.

Quand les Espagnols sont arrivés, les peuples mayas ont subi un terrible choc : celui de la colonisation, des épidémies qui ont décimé les populations, de l’expropriation des terres, de l’évangélisation qui a menacé leur culture. Tout cela aurait pu mettre fin à la culture maya, mais ce n’est pas entièrement le cas. Car dans les régions rurales, une partie de cette culture, avec ses langues et ses coutumes, a continué à vivre, parfois derrière les apparences (par exemple, la religion chrétienne a incorporé des rituels comme celui de la pluie).

Le livre de Chloé Andrieu (Les Mayas n’ont pas disparu, Allary éditions, 2025) n’est pas un livre d’archéologie qui expose les dernières découvertes relatives aux grandes cités de l’époque classique (ces recherches sont par ailleurs très actives). Il ne s’agit pas non plus de spéculer sur les raisons de « l’effondrement » de la civilisation maya (comme l’a supposé Jared Diamond). Car l’effondrement n’a pas eu lieu. Son livre raconte comment s’est forgée au fil du temps une fiction historique : celle de la civilisation engloutie, puis redécouverte par quelques aventuriers et archéologues. Ce récit historique est chargé de mythes – le calendrier maya qui annoncerait la fin du monde, de supposés liens entre les anciens Mayas et l’Égypte, un récit d’effondrement.

Depuis trois décennies, un nouveau récit tend à s’imposer à la faveur de la mobilisation des peuples autochtones. Le mouvement de contestation du Chiapas dans les années 1990, le prix Nobel de la paix à Rigoberta Menchú ont mis les Mayas sur le devant de la scène. Ce mouvement s’accompagne aussi d’une idéalisation de la culture maya, dépositaire d’une sagesse ancestrale et inchangée depuis des millénaires. Pour asseoir leurs revendications territoriales, les mouvements de défense mayas promeuvent un « art de vivre », un lien organique avec la nature, un réservoir de diversité. Cette nouvelle représentation idéalisée de la culture maya entre en résonance avec les préoccupations environnementales. Les Mayas seraient comme les autres peuples autochtones – Indiens d’Amérique ou Papous – des « gardiens de la Terre ». Il s’agit là d’un autre récit que celui de la civilisation disparue.


Les Mayas : trois millénaires d’histoire

Période préclassique (2000 av. J.-C. - 250 apr. J.-C.)- Les Mayas s’installent dans les basses terres d’Amérique centrale, développent l’agriculture du maïs et fondent leurs premières cités, comme El Mirador. L’écriture hiéroglyphique et le calendrier apparaissent.

Période classique (250-900) - C’est l’âge d’or. Des cités-États puissantes comme Tikal, Palenque et Copán dominent avec leurs pyramides monumentales, leurs avancées en astronomie et mathématiques, et leur système d’écriture sophistiqué.

Le déclin (9e siècle)- Les grandes cités du Sud sont abandonnées, probablement en raison de sécheresses, de guerres et de surexploitation agricole.

Période postclassique (900-1500) - Le centre se déplace vers le Yucatán avec Chichén Itzá et Mayapán. Dans les hautes terres guatémaltèques, les royaumes K'iche' et Kaqchikel prospèrent.

Période coloniale et moderne (16e-20e siècle) - Les Mayas survivent en maintenant leurs langues et traditions dans les zones rurales malgré la colonisation espagnole, puis les États-nations modernes. Ils connaissent plusieurs révoltes, dont la guerre des Castes au Yucatán (1847-1901). Au 20e siècle, particulièrement au Guatemala, ils sont victimes de répressions violentes.Les Mayas aujourd'hui - Environ 7 à 8 millions de personnes parlent encore les langues mayas au Mexique, Guatemala, Belize et Honduras. Ils forment des communautés vivantes. La lutte pour la reconnaissance de leurs droits culturels et territoriaux reste active.
Le rituel Ch'a' Cháak est toujours vivant dans le Yucatán. Menée par un chaman (H-men), cette cérémonie agricole invoque le dieu Cháac pour obtenir de la pluie et protéger les récoltes de maïs.

Le rite mêle traditions ancestrales et catholicisme : on y offre du pain sacré (Noj Waaj) et du Saka'. Un moment clé voit des enfants imiter le coassement des grenouilles pour appeler l’eau.

La divinité Chaac dans les ruines d’Uxmal
Le rituel de la pluie est encore pratiqué dans le Yucatan
  1. ↩︎

1 commentaire au sujet de « Mayas : ils n’ont pas disparu ! »

  1. Au centre culturel espagnol de Rennes nous avons eu une jeune professeur très sympathique, Nayeli, qui était Maya et nous avait un peu parlé du peuple maya. Elle déplorait que les Mayas ne soient pas bien considérés au Mexique et que la langue ne soit pas enseignée officiellement.
    Le sort bien souvent, voire toujours, de toutes les minorités.  » La raison du plus fort est toujours la meilleure » écrivait La Fontaine.

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