Confession : j’ai acheté un SUV

Fin décembre, Marie C. a eu un accident, heureusement sans gravité, sauf pour notre vieille Toyota qui a été déclarée HS. Nous sommes donc partis en quête d’un nouveau véhicule d’occasion : prix raisonnable, sûr, confortable, écologiquement correct, sans luxe ni ego… Comment se fait-il ? Nous sommes sortis de chez le concessionnaire avec notre coup de cœur : un SUV rouge vif ! Récit d’une chute morale à 19 800 euros.

C’était juste avant Noël. Marie C. était partie faire les courses avant l’arrivée de la famille. À son retour, à la tombée de la nuit, l’accident s’est produit. À une intersection, au moment de tourner à gauche, un motard a déboulé. Sa moto a percuté l’avant de la voiture et il a été projeté à dix mètres de là. Heureusement, rien de grave, il s’en est tiré avec quelques contusions. Marie C, elle, a eu droit à une énorme frayeur (assortie de deux nuits de cauchemars). En revanche, la voiture et la moto étaient hors d’usage. L’avant de notre Toyota a été enfoncé. Verdict de l’expert : « Le prix de réparation est supérieur à celui de voiture. On vous la rembourse au prix de l’argus. »

Nous voilà donc en quête d’un nouveau véhicule, le genre d’achat pour lequel MC et moi sommes assez démunis. Nos seuls critères de choix ? La durabilité (on change de voiture tous les dix ans, au moins), une sécurité maximale (MC y veille), un confort minimal (tout de même suffisant pour que je puisse y entrer sans avoir à enlever ma montre…). Le coffre doit être assez grand (pour les vacances) et à l’arrière, il faut que tiennent trois personnes (quand on part en famille). Bien sûr, l’écologie compte : nos dernières voitures étaient des GPL et hybrides. Enfin, le prix. Même si on a les moyens, pas question d’acheter une voiture neuve à 30 000 euros ou plus !

La palette de choix est assez large… Quelle marque ? Quel modèle ? À partir de là, on entre dans l’inconnu. Quand des incompétents doivent faire un choix important et pertinent, je préconise une méthode simple : demander conseil à son beau-frère.

Mais il se trouve que Michel vit loin de chez nous et qu’il y a urgence. Nous allons donc voler de nos propres ailes. Le 28 décembre, nous sommes partis main dans la main chez le concessionnaire le plus proche. Sur le trajet, on s’est mis d’accord sur quelques critères. Le prix d’abord. L’assureur rembourse notre Toyota défunte à 10 000 euros. « On rajoute 5000 à 10 000 euros au maximum, ça nous fait 15000/20000. » J’aimerais aussi avoir un GPS intégré (une concession « luxueuse » qui évite les chamailleries avec le copilote lors des longs trajets). Marie C., elle veut absolument une caméra de recul (pour les marches arrière).

Arrivés au garage, un sympathique vendeur est venu à notre rencontre. Quand il nous a interrogés pour savoir si on avait une préférence de marque (Renault, Dacia, ou Suzuki) ou de modèle (citadine, familiale, berline), nous nous sommes regardés, interrogatifs. Il a rapidement compris à qui il avait affaire. « Heu, on voudrait une voiture confortable, à moins de 20 000 euros, avec un GPS et une caméra de recul. »

Il a souri : « D’accord, je vois. Je vais vous montrer quelques modèles. » Nous voilà donc ensemble, sur un grand parking avec des dizaines de voitures alignées :

« Que pensez-vous de cette Captur (?!), 55 000 kilomètres, 20 500 euros ?

– Heu oui, elle est belle, pourquoi pas ? Mais elle est un peu longue, non ?

– Vous voulez plus compact ? Attendez, regardez celle-là. »

Il nous présente une Dacia : noire, 18 500 euros, 60 000 kilomètres. Elle est assez spacieuse, grand coffre, caméra de recul…. Tous les critères.

Pourquoi pas ?

Trois ou quatre modèles plus tard, tous valables et acceptables, nous sommes indécis. Mais pas d’élan de cœur ou de bonne raison pour choisir l’une plutôt que l’autre.

Le vendeur sort alors une nouvelle carte. « Attendez, j’ai quelque chose à vous montrer. J’ai reçu hier un véhicule qui se démarque. Ça pourrait vous plaire… »

C’est au fond du parking et c’est là que nous l’avons découvert. « Regardez, c’est elle ! »

Elle, c’est une Renault Kadjar (j’ai appris au passage l’existence de ce modèle). La couleur nous surprend : un rouge flamboyant. On se regarde avec MC. « Un peu m’as-tu-vu, non ? Mais, elle a quand même belle allure. »

«  Installez-vous, je vous en prie ! »

L’intérieur est spacieux. Très cosy.

 « Vous voulez faire un tour ? »

Pourquoi pas… Je suis au volant. Je sors du garage et prends l’avenue sur la droite. Il fait nuit, le tableau de bord me convient parfaitement. On est bien installé. TSF Jazz nous accompagne. 

Nos yeux se croisent. « On est bien, non ? On la prend ? » Notre décision est presque prise.

Tous les critères semblent au vert : le prix (19 800 euros), le confort, la taille (même si elle est un peu plus grande que prévu), une caméra arrière, un coffre spacieux, le GPS. On a presque oublié le critère écolo. C’est une voiture à essence classique. Mais les nouveaux modèles consomment beaucoup moins qu’avant, non ? Et puis les avantages de notre hybride n’avaient rien d’évident.

De retour au garage, le dossier était bouclé. Livraison dans 15 jours.

Voilà une affaire rondement menée.

Ce n’est que le lendemain que, par acquit de conscience (la petite voix intérieure de mon beau-frère), que je suis allé faire quelques vérifications sur le Web. Quelques clics suffisent à rassembler les avis d’une douzaine de beaux-frères réunis. J’apprends que la Kadjar est « un peu gourmande ». En remplissant les papiers pour l’assurance, Marie C. découvre alors que notre coup de cœur s’avère être… un SUV. 

Un SUV ! La bête noire des écolos. Pour moi, un SUV se reconnaissait simplement : un gros véhicule noir, haut sur roues, gonflé aux stéroïdes et destiné surtout à flatter l’ego du conducteur, qui est forcément un « boubour » (bourgeois bourrin) alors que nous sommes plutôt des « bobos » (bourgeois bohèmes).

Théoriquement, il n’est pas trop tard pour renoncer. Pas d’arrhes versées. Il faudrait retourner au garage, avouer notre précipitation et repartir à zéro.
Mais la vérité se situe ailleurs : cette voiture est notre coup de cœur. Et on ne renonce pas facilement à un coup de cœur.

C’est ainsi que, sans le savoir ni le vouloir, nous avons acheté un SUV.

PS – Avant de vous désabonner de cette newsletter, sachez que je plaide les circonstances atténuantes : je viens d’apprendre qu’il existe des « SUV compacts » dont la nôtre (rien n’a voir avec les gros modèles donc). Ce SUV consomme sept litres aux cent et il y a au tableau de bord un bouton ECO (comme économique et écologique) qui permet de rouler en basse consommation avec moins de puissance sous le capot. Je l’ai immédiatement activé et je n’y toucherai plus : je le jure !

2 commentaires au sujet de “Confession : j’ai acheté un SUV”

  1. Comme c’est facile d’être de mauvaise foi, c’est amusant.

    7 litres aux 100 ça n’est pas négligeable.

    Un SUV, c’est simple, Sport Utility Vehicle, en gros ça ressemble à un 4×4 mais n’en est pas forcement un, ça a la forme d’un 4×4, c’est à dire plus haut qu’une voiture « standard » dite berline, et …

    C’est lourd, voire très très lourd
    Ca consomme plus que si c’était moins lourd, puisqu’il faut transporter le poids supplémentaire

    Ne vous en voulez pas cependant, les constructeurs ont réduit la surface vitrée depuis des dizaines d’années, et comme tout le monde vous voulez voir le bout du capot, il faut donc pouvoir surélever l’assise.

    Les voitures ont pris 30% de poids en plus depuis 30 ans, la consommation aurait pu descendre encore plus, mais il faut utiliser plus de carburant pour transporter ce surpoids.

    Tous les modèles récents sont équipés d’écran LCD démesurés et autres équipements soi-disant « indispensable » ou présents parce que « les clients le veulent ».

    Un tableau de bord à aiguilles, des commandes de climatisation à boutons, pas de LED qui détourne l’attention et fatiguent les yeux la nuit, et un auto-radio « standard » et facile à changer, c’était ça une voiture, pas les déplaçoires modernes blindés d’assistance extrêmement intrusives comme aujourd’hui et qui n’ont d’autres but que d’assister les personnes qui pensent qu’on peut utiliser son smartphone au volant (oui, une caméra vous filme depuis environ 2018 dans les voitures pour s’assurer que vous regardez la route)

    Profitez bien de votre nouvelle acquisition tout de même …

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