Baiser. Une science du baiser

Le baiser ferait grimper le niveau d’ocytocine chez les femmes et la confiance en soi chez les hommes… Telle est l’une des découvertes de la philamatologie, qui tente de faire du baiser, une nouvelle science !

Contrairement à ce que dit la chanson d’Amstrong – « You must remember this. A kiss is just a kiss » – non, un baiser n’est pas qu’un baiser. C’est bien plus que cela.

Telle est, en tout cas, l’hypothèse de base d’une nouvelle discipline : la « science du baiser ».

Wendy Hill, professeure de neurosciences au Lafayette College (Pennsylvanie, USA), pionnière de la « philamatologie » (science du baiser), s’est assignée la grande mission d’explorer les fondements biologique, anatomique et physiologique du baiser sur contact buccal. Son premier constat : un baiser romantique (avec ou sans la langue) produit des effets mesurables sur la production d’hormones. Tout d’abord, il réduit le taux de cortisol, l’hormone du stress. Le baiser fait donc baisser le stress. Seconde conclusion : lors du baiser, le niveau d’ocytocine – une hormone connue pour intervenir sur la confiance et les relations sociales – augmente. Mais – allez savoir pourquoi –, l’effet se constate surtout chez les hommes ! Pour les femmes, une atmosphère romantique (lumière douce, musique d’ambiance) doit s’ajouter au baiser pour que le niveau d’ocytocine grimpe aussi haut que chez l’homme. Pour les gens seuls, reste une autre solution : le chocolat. Une étude réalisée en 2007 par des chercheurs britanniques avait montré que l’effet anti-stress d’une tablette de chocolat est équivalent à celui un baiser passionné.

Autre enseignement : la qualité du premier baiser et la façon dont il est perçu par les protagonistes préjugent bien de la suite à donner à la relation. Le baiser serait une bonne façon d’appréhender la compatibilité avec le partenaire.

Lors d’un baiser profond (avec la langue), les partenaires s’échangent entre plusieurs millions à un milliard de bactéries appartenant à 278 espèces différentes.

95 % de ces bactéries sont inoffensives et peuvent même renforcer les défenses immunologiques de chacun.

La science du baiser progresse donc à grands pas.

Historiens et anthropologues ne sont pas en reste. Ils apportent également leur contribution. Ainsi, l’historien Craig Koslofsky a étudié les rituels du baiser au Moyen Âge (notamment le rituel du « baiser de la paix », prôné par l’Église). Le baiser a aussi une histoire. Il s’inscrit dans des schémas sociaux très codifiés. La « privatisation » et l’« érotisation » du baiser seraient récentes dans l’histoire. Elles seraient intervenues au 18e siècle en Occident. 1

Voilà qui renforcerait l’idée selon laquelle le baiser sur la bouche n’est pas universel comme on l’avait cru jusque-là. Une étude comparative parue en 2015 révèle que sur 168 sociétés humaines, appartenant à tous les continents, moins de la moitié pratique le « contact buccal » 2. Plus exactement, « dans 54 % le baiser n’a pas été observé par les anthropologues ». Il semble, par exemple, inconnu chez les peuples indigènes d’Amérique centrale. Est-ce à dire qu’il est absent ? Pas forcément : certaines sociétés sont plus pudiques que d’autres et les ethnologues n’assistent que rarement à ce qui se passe dans l’intimité des couples. •

Notes

  1. Karen Harvey (dir), Kiss in history, Manchester University Press, 2005.[]
  2. William R. Jankowiak at al, « Is the Romantic–Sexual Kiss a Near Human Universal ? », American anthropologist, juillet 2015.[]

Laisser un commentaire

Copy link