
Le 24 mars 2026, disparaissait Biruté Galdikas, primatologue canadienne, qui a consacré sa vie à l’étude des orangs-outans. Son décès est survenu quelques mois celui de Jane Goodall qui a fait connaître la vie des chimpanzés en forêt. Avec Dian Fossey spécialiste des gorilles (assassinée en 1985), ces trois femmes les « trimates » ou les « anges de Leakey » qui ont révolutionné la primatologie.
Biruté Galdikas (1946-2026) a consacré sa vie à l’étude et à la défense des orangs-outans des forêts de Bornéo. En 1971, à seulement 25 ans, elle s’envole pour l’Indonésie. Grâce au soutien de Louis Leakey, elle obtient des financements ainsi que l’autorisation de travailler dans la réserve de Tanjung Puting. Accompagnée de guides locaux, elle s’enfonce dans l’épaisse jungle à la recherche de ces grands singes orangés.
À l’époque, on ne sait presque rien des orangs-outans : sont-ils solitaires ou sociaux ? Se nourrissent-ils principalement de feuilles ou de fruits ? Vivent-ils dans les arbres ou au sol ? Tout reste à découvrir, comme elle le rappelle dans ses entretiens.
Les conditions d’étude sont extrêmement difficiles. La forêt est infestée de serpents, d’araignées et de moustiques. Il faut traverser des marécages, supporter les sangsues qui s’accrochent aux jambes, et endurer des pluies torrentielles imprévisibles. Des heures de marche s’avèrent nécessaires pour repérer les animaux, puis encore davantage de patience pour s’en approcher sans les effrayer et, peu à peu, être tolérée.
Il faudra des années d’observation pour établir les premières données solides. Les orangs-outans vivent principalement dans les arbres et se nourrissent surtout de fruits. Les femelles restent généralement proches de leur lieu de naissance, tandis que les mâles quittent leur mère à l’adolescence et mènent une vie plus solitaire.
Les mâles adultes se distinguent par leur taille – souvent deux fois supérieure à celle des femelles – et par leurs larges bajoues, nommées « flanges ». À la saison des amours, ils émettent de longs appels puissants, audibles à plus d’un kilomètre, comparables au brame du cerf : ces cris servent à attirer les femelles et à dissuader les rivaux.
Les jeunes mâles adoptent une stratégie différente. Plus discrets, ils évitent les confrontations directes, approchent les femelles sans se signaler et vivent en retrait, en attendant de pouvoir, un jour, s’imposer.
Biruté Galdikas met encore en évidence un aspect essentiel : chaque orang-outan possède une personnalité propre. Dans son livre Reflections of Eden (1995), elle raconte comment certaines femelles, comme Beth, s’habituent vite à sa présence et se laissent observer calmement, tandis que d’autres, comme Cora, manifestent clairement leur hostilité et refusent tout contact.
Elle observe aussi que les orangs-outans utilisent des outils rudimentaires : branches cassées pour se gratter ou pour extraire des insectes, bâtons pour atteindre de la nourriture ou récupérer du miel. Ces comportements témoignent d’une intelligence pratique et d’une capacité d’adaptation remarquable.
En 1986, Biruté Galdikas fonde l’Orangutan Foundation International (OFI). Elle consacre alors une grande partie de son énergie à la protection de l’espèce. Elle a dénoncé sans relâche la destruction de la forêt tropicale, notamment liée aux plantations de palmiers à huile.



