Quand la passion devient destructrice

Devenir chercheuse : c’était son rêve. Il s’est réalisé, avant de se transformer en cauchemar.

Ce métier, Amélie en rêvait : la recherche ! Étudier, enquêter, écrire des articles, communiquer les résultats. Parvenir à décrocher un poste représente une série d’épreuves exigeant la volonté, le talent et la passion d’un sportif de haut niveau. Amélie réussit. Sa thèse de psychologie en poche (il était question d’heuristique cognitive), elle a décroché le Graal : un poste d’enseignante-chercheure. Rapidement, elle s’est vue confier un gros budget de recherche pour un projet. Elle s’est investie à fond, comme d’habitude. D’ailleurs, dans la recherche, on ne peut pas faire les choses à moitié.

Puis, au bout de six mois, la belle mécanique s’est enrayée. Amélie travaillait de plus en plus : le labo, les cours, les articles, les appels à projets, les colloques et le livre qu’elle a rédigé à partir de sa thèse. Passée en sur-régime, Amélie s’est retrouvée engloutie par son travail : plus de sorties, plus de soirées libres, plus de moments de détente. En quelques mois, Amélie est passée de la « passion harmonieuse » à la « passion obsessionnelle », les deux faces opposées de la passion selon Roger Vallerand, professeur de l’université du Québec (The Psychology of Passion, 2015).

Le côté obscur de la passion

La passion n’est pas toujours harmonieuse. Elle a aussi un côté obscur. Parfois, elle consume, isole, épuise les forces vitales. R. Vallerand est l’un des

principaux noms dans le domaine de la psychologie de la motivation. Ses recherches sur la psychologie du sport ou des professions font référence. Il fait partie de ceux qui ont élaboré la distinction entre motivation intrinsèque (venant de soi-même) et extrinsèque (récompense, punition, pression sociale) dans le sport, le travail, et les études.

Jusque-là, les spécialistes considéraient que la motivation intrinsèque est toujours source d’épanouissement. Faites ce que vous aimez et vous serez heureux.

Mais à partir des années 2000, on commence à s’inquiéter de « workaholism », de sportifs amateurs qui s’épuisent à l’entraînement. On comprend que dans tous les secteurs d’activité, certains poussent la machine trop loin au point de détruire leur santé et se couper de leur entourage.

R. Vallerand conçoit un « modèle dualistique » qui oppose deux types de passion : l’harmonieuse et l’obsessionnelle. Ce modèle dualistique a fait l’objet de nombreuses enquêtes dans le domaine du sport et du travail.

Quand on aime, on ne compte pas… C’est le propre de la passion : Amélie ne comptait ni ses heures, ni son énergie qui semblait inépuisable. Mais un moment est venu où son travail a tout envahi : son sommeil, ses loisirs et ses relations avec son compagnon… À partir de ce moment, la passion s’est retransformée en son contraire. Et son rêve en cauchemar.

Laisser un commentaire

Copy link